Donald Trump a qualifié Kamala Harris de “personne à faible QI” lors d’un meeting en octobre 2024 , perpétuant une rhétorique qu’il utilise depuis des décennies. Cette obsession pour les tests d’intelligence soulève des questions psychologiques et scientifiques qui dépassent largement le simple cadre politique. Entre narcissisme documenté, débat sur la validité des tests de QI, et utilisation stratégique de l’intelligence comme argument d’autorité, l’attitude de Trump révèle des mécanismes psychologiques fascinants.
La rhétorique de l’intelligence comme arme politique
Trump utilise systématiquement le QI comme outil de valorisation personnelle et de disqualification de ses adversaires. Cette stratégie s’inscrit dans une rivalité narcissique, un trait caractéristique du trouble de la personnalité narcissique . Les personnes narcissiques ont tendance à exagérer leurs propres réalisations tout en sous-estimant implicitement les contributions des autres . Une étude publiée dans Personality and Individual Differences en 2023 a révélé que les narcissiques avec un QI moins élevé sont davantage portés sur la dévalorisation d’autrui pour renforcer leur ego .
Les participants narcissiques ayant des scores plus faibles aux tests d’intelligence présentaient des traits de rivalité narcissique plus prononcés . Paradoxalement, ces mêmes personnes avaient tendance à surestimer leurs propres capacités intellectuelles, même lorsque leurs scores réels étaient inférieurs . Cette dynamique psychologique correspond parfaitement aux déclarations répétées de Trump affirmant posséder “l’un des QI les plus élevés” sans jamais fournir de preuve concrète.
Ce que mesurent réellement les tests de QI
Les tests de quotient intellectuel modernes comme le WAIS-IV évaluent plusieurs dimensions cognitives : la compréhension verbale, le raisonnement perceptif, la mémoire de travail et la vitesse de traitement . Contrairement à l’idée d’une intelligence unique, ces tests reconnaissent la multiplicité des capacités cognitives. Cependant, le psychologue Stefan Dombrowski affirme que les tests de QI restent des mesures valides de l’intelligence lorsqu’ils sont interprétés correctement .
La théorie des intelligences multiples d’Howard Gardner, développée en 1983, propose l’existence de huit types d’intelligence distincts : linguistique, musicale, logicomathématique, spatiale, kinesthésique, intrapersonnelle, interpersonnelle et naturaliste . Cette approche critique la vision réductrice des tests de QI traditionnels, qui valorisent principalement les capacités linguistiques et logicomathématiques . Pourtant, cette théorie ne repose pas sur des preuves scientifiques solides, les intelligences n’étant pas réellement indépendantes comme Gardner le supposait .
Le déclin contemporain du QI
L’effet Flynn, qui désignait l’augmentation progressive des scores de QI au fil des générations, s’est inversé depuis les années 1990 . Une étude norvégienne menée en 2023 sur 750 000 jeunes conscrits a révélé un recul moyen de 2,5 points de QI par décennie depuis 1995 . Cette tendance s’explique par plusieurs facteurs convergents : l’évolution des systèmes éducatifs, l’omniprésence des écrans, l’appauvrissement de la lecture et la pollution environnementale .
Ce phénomène interroge la nature même de l’intelligence mesurée. Les sciences cognitives contemporaines questionnent moins l’intelligence pure que la capacité à se conformer à des normes culturelles fluctuantes . Une méta-analyse de Trahan et Stuebing en 2014 a montré que l’effet Flynn était plus ample dans les études utilisant des tests modernes, suggérant que le vieillissement des instruments de mesure influence les résultats .
QI et réussite professionnelle : corrélations nuancées
Selon une étude de l’Université de Cambridge, les individus avec un QI supérieur à 115 ont environ 50% de chances de réussir dans des postes de direction, contre moins pour ceux ayant un QI inférieur . Une analyse de LinkedIn a révélé que les professionnels à QI élevé atteignent des postes élevés en moyenne 2,5 fois plus vite que leurs pairs . Ces données suggèrent une corrélation positive entre QI et progression de carrière.
Toutefois, la relation reste nuancée. Le chercheur Jay Zagorsky a découvert que les personnes ayant un QI de 130 gagnaient environ 20 à 55% de plus que la moyenne nationale, mais il a souligné que beaucoup de personnes avec un QI moyen ou bas avaient des salaires similaires . Une enquête de McKinsey a démontré que les entreprises investissant dans l’intelligence émotionnelle de leurs employés observaient une augmentation de 20% de leur productivité globale , suggérant que d’autres formes d’intelligence jouent un rôle crucial dans la réussite professionnelle.
La dimension narcissique de l’auto-célébration intellectuelle
Les narcissiques très intelligents ont moins tendance à dévaloriser leur entourage, mais ils surestiment systématiquement leurs propres capacités . Cette caractéristique psychologique éclaire le comportement de personnalités publiques qui font constamment référence à leur intelligence supposément supérieure. Le trouble de la personnalité narcissique se manifeste par un sens exagéré de sa propre importance, un fort besoin d’admiration et une tendance à exagérer ses capacités .
Ces personnes sont souvent préoccupées par des fantasmes de succès sans limite, de puissance et d’éclat . Elles ruminent sur l’admiration qu’elles devraient recevoir et se placent au même niveau que des personnes célèbres ou haut placées . Cette dynamique psychologique explique pourquoi certains leaders politiques instrumentalisent systématiquement leur intelligence prétendue comme argument d’autorité, même en l’absence de preuves objectives.
