En 2019, la revue Gestion publie un article au titre évocateur, « Besoins et motivations : une nouvelle pyramide de Maslow ? », et rappelle une phrase qui secoue des décennies de slides PowerPoint : « La pyramide des besoins de Maslow n’a jamais existé ».[9] L’auteur souligne que Maslow n’a jamais dessiné de pyramide et que le fameux triangle coloré qui hante les formations en management vient de manuels de management et non des écrits originaux du psychologue.
Dans ses derniers textes, Abraham Maslow ajoute pourtant quelque chose d’encore plus dérangeant pour les powerpointistes : au-dessus de l’auto-réalisation, il décrit un niveau supérieur, le besoin de self-transcendence, ou auto-transcendance.[1][13] Ce sixième étage, quasiment absent des manuels de management, parle de dépassement du moi, de service, de valeurs, de quête de sens. Bref, exactement ce dont parlent aujourd’hui les salariés en quête de « travail qui compte », les patients en soins palliatifs, ou les personnes qui sortent transformées d’une épreuve.
Cet article plonge dans ce sommet oublié de la fameuse pyramide. On va regarder ce que Maslow a réellement écrit, ce que la recherche actuelle dit de l’auto-transcendance, comment ce concept éclaire le travail, la santé, la spiritualité, et surtout comment le vivre au quotidien sans tomber dans le jargon de coaching vide.
Maslow revisité : ce que l’on oublie quand on parle de sa pyramide
Avant de parler d’auto-transcendance, il faut remettre Maslow à l’endroit. En 1943, Abraham Maslow publie dans la revue Psychological Review son article devenu classique, A Theory of Human Motivation, où il décrit une hiérarchie de besoins humains, des plus basiques aux plus élevés.[10] Il parle de besoins physiologiques, de sécurité, d’amour et d’appartenance, d’estime, puis d’auto-actualisation (auto-réalisation).[3][5][10][12] Nulle part il ne dessine une pyramide.
La forme pyramidale arrive plus tard, par la main de pédagogues et de consultants, qui trouvent ce schéma pratique pour résumer l’idée de hiérarchie.[9][12] Le modèle simplifié que l’on retrouve dans les contenus RH décrit :

- à la base, les besoins physiologiques : nourriture, eau, sommeil, respiration, sexualité.[3][5][10]
- au-dessus, les besoins de sécurité : protection, stabilité, environnement prévisible.[3][5][7]
- puis les besoins d’appartenance : liens familiaux, amitié, intimité, sentiment de faire partie d’un groupe.[3][5][7]
- encore au-dessus, les besoins d’estime : respect, reconnaissance, confiance en soi.[3][5][7]
- enfin, les besoins d’auto-réalisation : déploiement des talents, créativité, cohérence avec sa « vraie nature ».[3][5][7][12]
Ce schéma a un mérite : il donne une image simple de la motivation humaine. Il a aussi un défaut massif : il fige une théorie vivante, il fait croire que tout le monde suit la même progression stricte, et il efface les développements tardifs de Maslow sur l’auto-transcendance. Des auteurs en gestion rappellent aujourd’hui que cette pyramide a servi d’outil pratique, mais qu’elle trahit la pensée réelle de Maslow et qu’elle a besoin d’une mise à jour.[9]
C’est une erreur de réduire Maslow à un triangle rigide en cinq cases. Sa pensée évolue jusqu’à sa mort en 1970, et ses textes tardifs ouvrent une porte sur quelque chose de plus radical : l’idée que le sommet de la croissance humaine ne se limite pas à « devenir soi », mais passe par un dépassement du moi.
Auto-transcendance : la définition que Maslow n’a presque pas eu le temps de diffuser
Dans des notes et des textes de la fin de sa vie, Maslow décrit une motivation qui dépasse l’auto-réalisation. Le philosophe et médecin Pascal Ide cite un passage où Maslow écrit que l’individu « pleinement développé (et très chanceux) qui travaille dans les meilleures conditions tend à être motivé par des valeurs qui transcendent son ‘moi’ ».[1] Maslow parle de self-transcendence, terme souvent traduit par auto-transcendance.
Des psychologues de la positive psychology, comme l’équipe de PositivePsychology.com, définissent l’auto-transcendance comme le fait de « s’élever au-dessus du soi et de se relier à quelque chose de plus grand que soi ».[6][13] Cela peut prendre des formes très différentes :

- engagement au service d’une cause qui dépasse l’intérêt personnel direct ;
- ancrage dans des valeurs éthiques ou spirituelles vécues au quotidien ;
- sentiment d’unité avec les autres, la nature, l’humanité, Dieu ou une réalité perçue comme supérieure.[6][13]
L’auto-transcendance ne nie pas le moi, ne demande pas de se dissoudre. Elle invite à sortir du cercle étroit des préoccupations centrées sur soi. Elle apparaît souvent lors de ce que Maslow appelle des peak experiences, ces moments de plénitude intense, mais aussi dans des formes plus calmes, qu’il nomme plateau experiences, où l’on voit la vie sous un angle plus large, plus contemplatif.[13]
Des auteurs comme Viktor Frankl, fondateur de la logothérapie, parlent eux aussi de dépassement de soi comme voie d’accès au sens. Frankl écrit dans Découvrir un sens à sa vie que l’être humain se réalise lorsqu’il se tourne vers une tâche, une cause ou une personne à aimer, et non lorsqu’il se regarde en permanence lui-même. Cette idée rejoint l’intuition de Maslow sur l’auto-transcendance, même si les deux hommes n’ont pas tout à fait le même vocabulaire.
De l’auto-réalisation à l’auto-transcendance : le sixième niveau de la pyramide
Lorsqu’il décrit la hiérarchie des besoins, Maslow place d’abord l’auto-réalisation au sommet.[10][12] Avec ses recherches ultérieures sur les personnes « auto-actualisées », il découvre pourtant que certaines d’entre elles se tournent vers quelque chose qui dépasse leur simple accomplissement personnel : engagement social, mission, action désintéressée, quête spirituelle.[13] C’est là qu’apparaît l’idée d’auto-transcendance comme niveau distinct.
Des commentateurs proposent aujourd’hui de représenter la fameuse pyramide non pas avec cinq niveaux, mais avec un sixième étage, au-dessus de l’auto-réalisation, consacré à l’auto-transcendance.[1][11][13] Plusieurs entreprises et cabinets de conseil ont même commencé à intégrer ce niveau dans des versions actualisées du modèle, par exemple dans des schémas sur l’engagement au travail qui ajoutent « transcendance » tout en haut.[11]
Pour bien comprendre la différence, il est utile de placer côte à côte auto-réalisation et auto-transcendance.
| Auto-réalisation | Auto-transcendance |
|---|---|
| Centrage sur le développement de ses talents, de sa créativité, de sa « nature propre ».[3][5][7][12] | Centrage sur une cause, des valeurs, une réalité qui dépasse le moi.[1][6][13] |
| Question clé : « Comment devenir tout ce que je peux être ? » | Question clé : « À quoi, à qui est-ce que je consacre ma vie ? » |
| Focalisation sur l’accomplissement personnel, la cohérence interne. | Focalisation sur l’impact pour les autres, le sens global de l’existence. |
| Expérience fréquente : sentiment de réalisation, de fierté alignée. | Expérience fréquente : sentiment d’unité, de gratitude, de service. |
Le théoricien du management Douglas McGregor, proche de Maslow, rapporte que Maslow se méfiait d’une interprétation narcissique de l’auto-réalisation, centrée sur la seule performance individuelle. Maslow insiste sur les B-values (valeurs de l’être) comme la vérité, la justice, la beauté, l’unité, auxquelles la personne auto-réalisée se consacre.[13] L’auto-transcendance pousse encore plus loin ce mouvement vers des valeurs qui dépassent l’ego.
Pourquoi ce sixième niveau a-t-il été quasi effacé des manuels ? Une raison tient à la simplification commerciale : cinq niveaux, c’est plus facile à retenir qu’un modèle évolutif avec des nuances. Une autre raison touche au monde de l’entreprise : parler de sens, de mission, de dépassement de soi gêne quand la priorité reste le court terme financier. Résultat : on garde les quatre ou cinq premiers niveaux, utiles pour parler de salaire, de sécurité, de reconnaissance, et on laisse le sommet dans l’ombre.
Les différentes formes d’auto-transcendance décrites par la recherche
Dans les années 1980, la chercheuse américaine en sciences infirmières Pamela Reed développe une théorie de l’auto-transcendance qui a beaucoup inspiré les équipes de soins.[2][4] Elle décrit l’auto-transcendance comme une expansion des frontières du soi, dans plusieurs directions : vers l’intérieur, vers les autres, vers le temps, vers le « transpersonnel ».[4][8]

Les travaux de Reed et d’autres chercheurs parlent de plusieurs dimensions :
- Intrapersonnelle : meilleure connaissance de soi, acceptation de ses limites, conscience de sa finitude.[4][8]
- Interpersonnelle : ouverture accrue aux autres, empathie, sentiment de lien avec la communauté humaine.[2][4]
- Temporelle : manière de relier son passé, son présent et son futur, intégration de son histoire de vie.[4][8]
- Transpersonnelle : orientation vers une réalité perçue comme plus large que l’humain individuel, qu’elle soit religieuse ou non.[4][8]
Dans un travail mené en Suisse sur l’accompagnement en fin de vie, des infirmières utilisent des outils comme la Self-Transcendence Scale et la Spiritual Perspective Scale pour mesurer ces dimensions chez les patients.[4][8] Elles observent que les personnes qui se sentent reliées à quelque chose de plus vaste gèrent différemment la douleur, la solitude, la peur de la mort.
Une étude sur des patients hémodialysés montre que les croyances spirituelles et l’auto-transcendance améliorent la qualité de vie, en particulier quand des groupes de soutien entre pairs sont mis en place.[2] Les participants expriment un sens plus fort de leur existence et une capacité accrue à donner du sens à l’épreuve médicale.
Ces recherches déplacent l’auto-transcendance du seul terrain psychologique ou mystique vers des terrains très concrets : service infirmier, accompagnement des personnes âgées, soins palliatifs. Maslow avait ouvert la porte ; la recherche clinique l’a franchie.
Ce que l’auto-transcendance change pour la santé mentale et physique
Des équipes de psychologie positive se sont penchées sur l’auto-transcendance et sur des concepts proches comme la quête de sens, la spiritualité, l’engagement altruiste. Le site PositivePsychology.com synthétise plusieurs travaux qui lient auto-transcendance et bien-être subjectif.[6][13]
On retrouve des associations entre auto-transcendance et :
- plus grande satisfaction de vie ;
- réduction des symptômes dépressifs ;
- meilleure résilience après un traumatisme ;
- augmentation des comportements prosociaux : bénévolat, entraide, engagement communautaire.[6][13]
Dans le champ médical, plusieurs études en soins infirmiers indiquent que des niveaux élevés d’auto-transcendance sont liés à une meilleure qualité de vie chez des patients âgés ou atteints de maladies chroniques.[2][4][8] Pamela Reed relève que ces personnes trouvent plus facilement des sources de sens dans des activités simples : transmettre des souvenirs, prier, jardiner, rester en lien avec un voisin. L’auto-transcendance ne passe pas forcément par de grands exploits héroïques.
Sur le plan de la santé mentale, l’auto-transcendance apparaît comme un facteur protecteur. Des travaux cités par PositivePsychology.com montrent que des pratiques orientées vers l’auto-transcendance, comme la méditation de compassion, la gratitude ou certaines formes de prière, réduisent les ruminations et l’anxiété, en déplaçant l’attention vers autre chose que le petit théâtre intérieur.[6][13]
Maslow parlait déjà de ce mélange de lucidité et de dépassement dans ses descriptions de personnes auto-actualisées puis auto-transcendantes : elles voient les problèmes, sans optimisme naïf, mais elles les inscrivent dans une vision plus large de la vie.[13] Ce n’est pas de l’auto-anesthésie ; c’est un déplacement du centre de gravité.
L’auto-transcendance au travail : quand le sens dépasse la réussite personnelle
La pyramide de Maslow a été massivement utilisée en management, parfois jusqu’à la caricature. Un article de la revue Gestion souligne qu’elle reste une référence en psychologie organisationnelle, même si sa version pyramidale rigide est contestée.[9] Les niveaux classiques servent à parler de salaire (physiologique), de stabilité d’emploi (sécurité), de cohésion d’équipe (appartenance), de reconnaissance (estime), de développement de carrière (auto-réalisation).[9][11]

Des acteurs récents de la HR tech comme Swile rappellent que Maslow évoque aussi un besoin de transcendance, qu’ils définissent comme recherche de sens, de contribution à quelque chose de plus grand que soi au travail.[11] La question n’est plus seulement : « Suis-je bien payé, protégé, reconnu, épanoui ? », mais aussi : « Ce que je fais a-t-il un sens pour moi et pour les autres ? »
Les enquêtes internationales sur l’engagement au travail vont dans ce sens. Les rapports Gallup sur l’engagement montrent, année après année, qu’une proportion importante de salariés se déclare « désengagée » ou « activement désengagée ». Gallup insiste sur le rôle du sentiment de contribution et du sens vécu dans le travail, au-delà des seules conditions matérielles. Cela rejoint, même si les mots diffèrent, l’intuition de Maslow sur l’auto-transcendance comme moteur.
Dans les entreprises qui prennent ce sujet au sérieux, on observe plusieurs leviers :
- mise en avant claire de l’utilité sociale des produits ou services, au-delà du chiffre d’affaires ;[9][11]
- possibilité pour les salariés de s’engager sur des projets solidaires, de mécénat de compétences ou d’initiatives internes à impact ;
- espaces de discussion sur le sens du travail, qui ne se limitent pas aux questionnaires anonymes annuels ;
- styles de management qui reconnaissent les valeurs personnelles des collaborateurs, leur besoin de cohérence entre vie professionnelle et convictions.[9][11]
Quand des entreprises se contentent de coller une pyramide de Maslow sur un slide pour justifier une politique de motivation basique, ça ne marche pas. Quand elles acceptent d’aborder le sommet oublié, celui de l’auto-transcendance, elles se frottent à des questions plus difficiles : quels compromis éthiques assumons-nous ? Quelle trace voulons-nous laisser ? Quel type d’organisation voulons-nous être pour la société ?
Comment cultiver l’auto-transcendance au quotidien
L’auto-transcendance peut sembler abstraite. La recherche la décrit pourtant à travers des gestes concrets. PositivePsychology.com recense plusieurs pratiques ancrées dans des études empiriques qui aident à renforcer ce sentiment de lien avec quelque chose de plus vaste.[6][13]
On peut citer, entre autres :
- Le bénévolat régulier : engagement dans une association, soutien scolaire, visites en maison de retraite. Des études relient ce type d’engagement à une meilleure santé mentale et à un sentiment de sens renforcé.[6][13]
- Les pratiques contemplatives : méditation, prière, marches en nature, qui élargissent le champ de conscience au-delà des ruminations égocentrées.[6][13]
- La narration de vie : écrire son histoire, identifier des fils conducteurs, voir comment des épreuves ont ouvert des chemins inattendus. Les recherches en gérontologie montrent l’intérêt de ce travail pour les personnes âgées.[4][8]
- La gratitude active : tenir un journal de gratitude, dire merci explicitement, relever chaque jour un geste reçu. Plusieurs études de psychologie positive lient ces pratiques à une hausse du bien-être.[6][13]
- Le mentorat : transmettre à des plus jeunes, accompagner un collègue, enseigner. Des études sur le generativity chez les adultes d’âge mûr montrent l’impact de ce type d’engagement sur le sentiment d’utilité.
Le point commun de ces activités tient à un déplacement du centre d’attention : moins de focalisation sur sa propre image, davantage d’énergie tournée vers les autres, la nature, une mission, une réalité plus large. Ce déplacement ne nie pas les besoins personnels décrits par Maslow ; il les inscrit dans un horizon plus vaste.
“Plus l’homme s’oublie lui-même – en se mettant au service d’une cause ou d’une autre personne – plus il devient humain.”
Dans la vie quotidienne, l’auto-transcendance ne se réduit pas à de grandes décisions. Elle s’incarne dans des gestes très modestes : un parent qui renonce à une promotion pour rester présent auprès de son enfant malade ; un salarié qui défend un collègue en difficulté ; un retraité qui consacre du temps à l’accueil de migrants ; un étudiant qui se lance dans un projet écologique plutôt que dans la carrière la plus rémunératrice.
Pourquoi ce sommet reste oublié… et pourquoi il revient dans le débat
Si l’auto-transcendance est si centrale dans les textes tardifs de Maslow, pourquoi la plupart des gens n’en ont jamais entendu parler ? Plusieurs raisons se cumulent.
D’abord, l’inertie des manuels. Les premières vulgarisations de Maslow ont figé sa théorie en une pyramide à cinq niveaux.[9][10][12] Les éditions successives ont répété ce schéma sans intégrer les travaux ultérieurs. Quand des écoles de commerce enseignent ce modèle sur un cours de deux heures, elles se contentent souvent du triangle basique, parce qu’il tient sur un slide.
Ensuite, une certaine gêne avec tout ce qui touche à la spiritualité ou au sens profond dans les milieux de management. Pendant longtemps, la psychologie organisationnelle dominante a préféré parler de motivation, de performances, de compétences, plutôt que de transcendance ou de quête de sens.[9] Parler d’auto-transcendance ouvre des questions qui débordent largement le cadre du contrat de travail.
Enfin, une confusion entre auto-réalisation et auto-transcendance. Le discours contemporain sur le « développement personnel » mélange les deux en un cocktail souvent centré sur le « moi » : mieux se connaître, mieux réussir, se réaliser, se « booster ». L’auto-transcendance, elle, parle de ce qui dépasse le moi. C’est moins vendeur qu’une promesse de performance individuelle.
Ce sommet oublié revient pourtant dans le débat. La multiplication des crises (sanitaires, climatiques, géopolitiques) pousse beaucoup de personnes à chercher un sens plus large à leur vie. Les études sur la quête de sens, la spiritualité, l’engagement altruiste, explosent dans la littérature scientifique. Des acteurs du monde du travail, comme Swile ou des auteurs publiés dans la revue Gestion, réintroduisent le langage de la transcendance dans la réflexion sur les besoins au travail.[9][11]
À l’échelle individuelle, ce retour se voit dans la manière dont beaucoup de personnes reformulent leurs priorités : démissions pour cohérence éthique, reconversions vers des métiers « qui ont du sens », refus de certaines pratiques jugées contraires à leurs valeurs. Sans le dire avec les mots de Maslow, elles posent des questions d’auto-transcendance.
FAQ sur l’auto-transcendance et la pyramide de Maslow
L’auto-transcendance fait-elle vraiment partie de la théorie de Maslow, ou est-ce une invention récente ?
Non, ce n’est pas une invention récente. Maslow parle explicitement de self-transcendence dans ses écrits tardifs, en particulier dans des textes rassemblés après sa mort, comme The Farther Reaches of Human Nature.[1][13] Pascal Ide et plusieurs psychologues de la positive psychology citent ces passages et décrivent l’auto-transcendance comme un niveau au-delà de l’auto-réalisation.[1][6][13] La nouveauté vient plutôt de l’attention que lui accordent les chercheurs et praticiens actuels, qui la sortent de l’ombre de la pyramide à cinq niveaux.
Faut-il absolument avoir satisfait tous les autres besoins de Maslow pour viser l’auto-transcendance ?
Non. Maslow lui-même écrit que la hiérarchie de besoins décrit une tendance, pas une règle mécanique.[10][12][13] Des personnes en situation de grande précarité peuvent vivre une forme profonde d’auto-transcendance, par exemple des résistants, des soignants en zone de guerre, des bénévoles dans des bidonvilles. À l’inverse, des personnes très favorisées, avec des besoins de base plus que satisfaits, peuvent rester enfermées dans une quête d’ego sans jamais toucher à ce niveau. Les études en soins palliatifs et en gériatrie montrent que des personnes fragiles physiquement vivent des expériences d’auto-transcendance très intenses.[2][4][8]
L’auto-transcendance suppose-t-elle forcément la foi religieuse ?
Non. Pamela Reed distingue clairement dimension spirituelle et affiliation religieuse.[2][4] L’auto-transcendance peut passer par une foi explicite, par une vision philosophique non religieuse, par un engagement écologique, par l’art, par un sens profond de la solidarité humaine. Des études sur l’auto-transcendance mesurent des dimensions transpersonnelles sans lier automatiquement celles-ci à une religion précise.[4][8] La question clé reste : « À quoi suis-je relié qui dépasse mon intérêt immédiat ? »
Quel lien entre auto-transcendance et santé mentale ?
Plusieurs études synthétisées par PositivePsychology.com indiquent que des niveaux plus élevés d’auto-transcendance vont de pair avec une meilleure satisfaction de vie, une baisse de certains symptômes dépressifs et une plus grande résilience, en particulier après des événements traumatiques.[6][13] Dans le champ médical, des travaux en néphrologie et en soins palliatifs montrent que l’auto-transcendance et la perspective spirituelle améliorent la qualité de vie des patients, par exemple chez des personnes hémodialysées.[2][4][8] Il ne s’agit pas d’une baguette magique, mais d’un ressort psychique puissant.
Comment un manager peut-il encourager l’auto-transcendance dans son équipe sans tomber dans la manipulation ?
Un manager ne « fabrique » pas l’auto-transcendance de ses collaborateurs. En revanche, il peut cesser de la saboter. Cela passe par quelques gestes concrets : donner une vision claire de l’utilité du travail pour les clients et la société ; éviter les injonctions cyniques du type « on change le monde » quand ce n’est pas vrai ; laisser de la place à des engagements solidaires réels (jours de bénévolat, mécénat de compétences) ; ouvrir des espaces où les questions de valeurs et de cohérence peuvent être discutées sans sanction.[9][11] Quand le discours officiel sur le sens reste très éloigné des pratiques réelles, les salariés repèrent vite la dissonance. Là, l’auto-transcendance se transforme en désillusion.
L’oubli de l’auto-transcendance a réduit Maslow à une pyramide pratique pour les slides de formation. Le remettre à sa place, au sommet de la hiérarchie, change la lecture : la question n’est plus seulement « comment répondre aux besoins des individus », mais aussi « vers quoi orientons-nous nos vies, nos organisations, nos sociétés ». Maslow, Frankl, Reed et tous ceux qui travaillent sur ce sujet posent la même interrogation, assez dérangeante au fond : une vie centrée sur soi, même confortable, suffit-elle ? Pour beaucoup, la réponse est déjà non. Le vocabulaire manque parfois, mais l’intuition de dépassement, elle, est bien là.
Sources et références (13)
▼
- [1] Pascalide (pascalide.fr)
- [2] Folia.unifr.ch (folia.unifr.ch)
- [3] Businesscoachingitalia (businesscoachingitalia.com)
- [4] Sonar.rero.ch (sonar.rero.ch)
- [5] Pratika (pratika.net)
- [6] Positivepsychology (positivepsychology.com)
- [7] Youtube (youtube.com)
- [8] Patrinum.ch (patrinum.ch)
- [9] Revuegestion.ca (revuegestion.ca)
- [10] It.wikipedia (it.wikipedia.org)
- [11] Thedaily.swile.co (thedaily.swile.co)
- [12] Unobravo (unobravo.com)
- [13] Positivepsychology (positivepsychology.com)
