Entre 1 et 5 ans, le picky eating, ou sélectivité alimentaire, fait souvent partie du développement ordinaire.
Une restriction qui persiste au-delà de cette période, ou qui apparaît après 5 ans, mérite une attention différente.
L’ARFID se définit par une alimentation restrictive associée à des conséquences médicales, nutritionnelles ou psychosociales.
Le problème dépasse alors l’assiette.
Le picky eating commence souvent par une phase ordinaire

Un enfant peut refuser les aliments nouveaux, écarter certaines textures ou accepter un plat uniquement s’il est présenté d’une manière précise. La sélectivité alimentaire atteint souvent un pic entre 1 et 5 ans, puis tend à s’atténuer avec le temps. Selon la définition retenue, les estimations du picky eating rapporté par les parents vont de 6 % à 50 % des enfants.
La sélection devient plus préoccupante lorsqu’elle ne concerne plus seulement quelques aliments. Le répertoire alimentaire peut rester très étroit, exclure des groupes entiers ou changer après une expérience négative, comme une fausse route ou une réaction allergique.
La durée et le moment d’apparition donnent des indices, pas un diagnostic. Une étude rétrospective publiée en 2024 dans Eating Behaviors a recueilli les réponses des parents de 437 enfants âgés de 6 à 17 ans. Les chercheurs ont réparti les enfants entre quatre groupes : absence de picky eating, sélectivité apparue dans la période habituelle, sélectivité persistante et sélectivité apparue après 5 ans.
Les sélectivités persistantes ou apparues tardivement étaient associées à davantage de symptômes d’ARFID que la sélectivité considérée comme normative ou l’absence de picky eating. Cette association ne prouve pas qu’un picky eating prolongé cause un ARFID. Elle indique qu’une restriction qui ne s’atténue pas avec l’âge mérite une évaluation plus précise.
Le seuil se trouve dans les conséquences

L’ARFID, ou trouble de l’alimentation évitante/restrictive, figure dans le DSM-5-TR. Il se caractérise par une alimentation très limitée qui n’est pas motivée par une préoccupation du poids ou de la silhouette. La restriction peut venir des propriétés sensorielles des aliments, d’un faible intérêt pour le fait de manger ou d’une peur des conséquences négatives liées à l’alimentation.
Pour envisager un ARFID, la restriction entraîne au moins l’une de ces conséquences :
- une perte de poids importante, une prise de poids insuffisante ou un ralentissement de la croissance attendu pour l’enfant;
- une carence ou une déficience nutritionnelle;
- le recours à des compléments nutritionnels ou à une alimentation par sonde;
- une perturbation marquée des repas familiaux, de l’école, des sorties ou des relations sociales.
Un enfant peut refuser la cantine parce qu’il ne sait pas si un aliment accepté sera disponible, éviter les anniversaires ou ne plus pouvoir manger hors de chez lui. Dans ces situations, la restriction modifie concrètement sa participation à la vie quotidienne.
Trois mécanismes peuvent réduire l’alimentation
Chez certains enfants, la restriction repose sur l’odeur, le goût, la texture, la température ou l’apparence des aliments. Chez d’autres, l’appétit est très faible et les repas suscitent peu d’intérêt. Une troisième situation repose sur la peur : l’enfant redoute une fausse route, une réaction allergique ou une autre conséquence désagréable et limite alors ce qu’il mange.
Ces mécanismes peuvent se combiner. Une difficulté sensorielle peut réduire le répertoire alimentaire, puis une expérience inquiétante peut ajouter une peur de manger. La présence d’une peur ne suffit pas à établir un ARFID : son intensité, sa durée et ses effets sur la santé ou la vie quotidienne orientent l’évaluation.
La courbe de croissance ne raconte pas toute l’histoire

La croissance fournit un repère concretmais elle doit être interprétée dans son contexte. Une analyse secondaire de données recueillies avant traitement, publiée en 2024 dans le Journal of Eating Disordersa étudié 60 patients pédiatriques diagnostiqués avec un ARFID. Les mesures issues des dossiers médicaux ont été converties en scores Z selon l’âge et le sexe, à partir des courbes de croissance pédiatrique des Centers for Disease Control and Prevention.
Les scores moyens étaient de -0,35 pour la taille, -0,58 pour le poids et -0,56 pour l’IMC. Une taille inférieure à deux écarts-types sous la moyenne concernait 8 % des patients. Le même seuil concernait 20 % des patients pour le poids et 17 % pour l’IMC.
Dans cet échantillon, la taille était aussi corrélée au poids et à la consommation de nutriments associés à la santé osseuse, notamment le calcium et la vitamine D. Ces résultats décrivent des associations transversales dans un groupe clinique précis. Ils ne permettent pas d’affirmer qu’une alimentation restrictive a causé une taille plus faible ni de généraliser ces chiffres à tous les enfants présentant un ARFID.
Une courbe de croissance qui ralentit demande une attention médicale. Une courbe préservée ne rend pas les carences ou l’isolement social invisibles.

Une étude prospective contrôlée publiée le 1er juillet 2026 dans Pediatric Allergy and Immunology a comparé 117 enfants ayant une allergie alimentaire diagnostiquée par un médecin à 117 témoins du même âge et du même sexe. Les enfants avaient entre 2 et 9 ans. Le questionnaire NIAS-PR, rempli par les parents, évaluait la sélectivité, la peur et l’appétit.
Le score total médian était de 17 chez les enfants allergiques, contre 12 chez les témoins. Ce résultat signale davantage de comportements alimentaires évitants ou restrictifs dans ce groupe. Il ne signifie pas que toute allergie alimentaire provoque un ARFID et un score de dépistage ne vaut pas diagnostic. Les régimes d’éviction et la peur d’une réaction peuvent toutefois compliquer la relation à l’alimentation.
Consulter en partant des conséquences

Une consultation devient pertinente lorsque la restriction affecte la courbe de croissance, les apports nutritionnels ou les activités habituelles de l’enfant. Elle l’est aussi lorsque le répertoire alimentaire se rétrécit, que les repas déclenchent une peur marquée ou que l’enfant évite les situations sociales associées à la nourriture.
Le pédiatre peut vérifier le poids, la taille, l’évolution de la courbe et les signes de carence. Une évaluation nutritionnelle permet d’examiner les aliments réellement consommés et les apports en énergie, protéines, vitamines et minéraux. Dans les situations complexes, la prise en charge peut réunir des compétences médicales, nutritionnelles, psychologiques et alimentaires.
Dans un article publié le 1er décembre 2023 dans The Nurse PractitionerSilvers et Erlich rappellent l’intérêt du suivi des étapes ordinaires du développement alimentaire. Repérer tôt une difficulté ne consiste pas à coller une étiquette au premier refus. Il s’agit de voir quand la sélection commence à menacer la santé, la croissance ou la participation à la vie de l’enfant.
La bonne question n’est pas seulement : « Combien d’aliments refuse-t-il? » Il faut aussi regarder ce que cette restriction empêche, ce qu’elle coûte et depuis quand elle s’installe. La sélectivité se mesure à ses conséquences.
Sources et références scientifiques
- Relation between ARFID symptomatology and picky eating onset and duration – PMC. Eating behaviors. DOI: 10.1016/j.eatbeh.2024.101900 · PMID: 38941675.
- American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). 10.1176/appi.books.9780890425596 [DOI]. doi:10.1176/appi.books.9780890425596.
- Becker KR, Mancuso C, Dreier MJ, Asanza E, Breithaupt L, Slattery M, Plessow F, Micali N, Thomas JJ, Eddy KT, Misra M, & Lawson EA (2021). Ghrelin and PYY in low-weight females with avoidant/restrictive food intake disorder compared to anorexia nervosa and healthy controls. Psychoneuroendocrinology, 129, 105243. 10.1016/j.psyneuen.2021.105243 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.psyneuen.2021.105243.
- Billman Miller MG, Zickgraf HF, Murray HB, Essayli JH, & Lane-Loney SE (2023). Validation of the youth-nine item avoidant/restrictive food intake disorder screen. European Eating Disorders Review, 1-12. 10.1002/erv.3017 [DOI] [PMC free article] [PubMed]. doi:10.1002/erv.3017.
- Birch LL, Gunder L, Grimm-Thomas K, & Laing DG (1998). Infants’ consumption of a new food enhances acceptance of similar foods. Appetite, 30(3), 283-295. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Bourne L, Bryant-Waugh R, Mandy W, & Solmi F. (2023). Investigating the prevalence and risk factors of picky eating in a birth cohort study. Eating behaviors, 50, 101780. Advance online publication. 10.1016/j.eatbeh.2023.101780 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.eatbeh.2023.101780.
- Brown TA, Menzel JE, Reilly EE, Luo T, & Zickgraf H. (2022). Exploring the role of disgust sensitivity and propensity in selective eating. Appetite, 174, 106018. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Burton Murray H, Becker KR, Breithaupt L, Dreier MJ, Eddy KT, & Thomas JJ (2022a). Food neophobia as a mechanism of change in video-delivered cognitive-behavioral therapy for avoidant/restrictive food intake disorder: A case study. International Journal of Eating Disorders, 55(8), 1156-1161. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
- Burton Murray H, Becker KR, Harshman S, Breithaupt L, Kuhnle M, Dreier MJ, Hauser K, Freizinger M, Eddy KT, Misra M, Kuo B, Micali N, Thomas JJ, & Lawson EA (2022b). Elevated fasting satiety-promoting cholecystokinin (CCK) in avoidant/restrictive food intake disorder compared to healthy controls. The Journal of Clinical Psychiatry, 83(5), 21m14111. 10.4088/JCP.21m14111 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.4088/JCP.21m14111.
- Burton Murray H, Dreier MJ, Zickgraf HF, Becker KR, Breithaupt L, Eddy KT, & Thomas JJ (2021). Validation of the nine item ARFID screen (NIAS) subscales for distinguishing ARFID presentations and screening for ARFID. The International Journal of Eating Disorders, 54(10), 1782-1792. 10.1002/eat.23520 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1002/eat.23520.
- Cardona Cano S, Tiemeier H, Van Hoeken D, Tharner A, Jaddoe VW, Hofman A, Verhulst FC, & Hoek HW (2015). Trajectories of picky eating during childhood: A general population study. The International journal of eating disorders, 48(6), 570-579. 10.1002/eat.22384 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1002/eat.22384.
- Carruth BR, Ziegler PJ, Gordon A, & Barr SI (2004). Prevalence of picky eaters among infants and toddlers and their caregivers’ decisions about offering a new food. Journal of the American Dietetic Association, 104(1 Suppl 1), s57-s64. 10.1016/j.jada.2003.10.024 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.jada.2003.10.024.
- Cole NC, An R, Lee SY, & Donovan SM (2017). Correlates of picky eating and food neophobia in young children: a systematic review and meta-analysis. Nutrition Reviews, 75(7), 516-532. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- The relationship between food selectivity and stature in pediatric patients with avoidant-restrictive food intake disorder – an electronic medical record review – PMC. Journal of eating disorders. DOI: 10.1186/s40337-024-01020-0 · PMID: 38773584.
- 1.American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. 5th – Text Revision ed. 2022..
- 2.Sharp WG, Stubbs KH. Avoidant/restrictive food intake disorder: a diagnosis at theintersection of feeding and eating disorders necessitating subtype differentiation. Int J Eat Disord. 2019;52(4):398-401. doi: 10.1002/eat.22987. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1002/eat.22987.
- 3.Cooney M, Lieberman M, Guimond T, Katzman DK. Clinical and psychological features of children and adolescents diagnosed with avoidant/restrictive food intake disorder in a pediatric tertiary care eating disorder program: a descriptive study. J Eat Disorders. 2018;6(1):7. doi: 10.1186/s40337-018-0193-3. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1186/s40337-018-0193-3.
- 4.Thomas JJ, Lawson EA, Micali N, Misra M, Deckersbach T, Eddy KT. Avoidant/restrictive food intake disorder: a three-dimensional model of neurobiology with implications for etiology and treatment. Curr Psychiatry Rep. 2017;19(8):1-9. doi: 10.1007/s11920-017-0795-5. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/s11920-017-0795-5.
- 5.Harshman SG, Wons O, Rogers MS, et al. A Diet High in Processed Foods, Total Carbohydrates and added sugars, and low in vegetables and protein is characteristic of youth with Avoidant/Restrictive food intake disorder. Nutrients. 2019;11(9):2013. doi: 10.3390/nu11092013. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.3390/nu11092013.
- 6.Alberts Z, Fewtrell M, Nicholls D, Biassoni L, Easty M, Hudson L. Bone mineral density in anorexia nervosa versus avoidant restrictive food intake disorder. Bone. 2020;134:115307. doi: 10.1016/j.bone.2020.115307. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.bone.2020.115307.
- 7.Sudfeld CR, Charles McCoy D, Danaei G, et al. Linear growth and child development in low-and middle-income countries: a meta-analysis. Pediatrics. 2015;135(5):e1266-75. doi: 10.1542/peds.2014-3111. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1542/peds.2014-3111.
- 8.Proctor KB, Rodrick E, Belcher S, Sharp WG, Kindler JM. Bone health in avoidant/restrictive food intake disorder. Department of Pediatrics, Emory University and Department of Nutritional Sciences, University of Georgia; 2022..
- 9.Sella AC, Becker KR, Slattery M, et al. Low bone mineral density is found in low weight female youth with avoidant/restrictive food intake disorder and associated with higher PYY levels. J Eat Disorders. 2023;11(1):106. doi: 10.1186/s40337-023-00822-y. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1186/s40337-023-00822-y.
- 10.Zimmerman J, Fisher M. Avoidant/restrictive food intake disorder (ARFID) Curr Probl Pediatr Adolesc Health Care. 2017;47(4):95-103. doi: 10.1016/j.cppeds.2017.02.005. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.cppeds.2017.02.005.
- 11.Fisher MM, Rosen DS, Ornstein RM, Mammel KA, Katzman DK, Rome ES, Walsh BT. Characteristics of avoidant/restrictive food intake disorder in children and adolescents: a new disorder in DSM-5. J Adolesc Health. 2014;55(1):49-52. doi: 10.1016/j.jadohealth.2013.11.013. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.jadohealth.2013.11.013.
- 12.Zickgraf HF, Murray HB, Kratz HE, Franklin ME. Characteristics of outpatients diagnosed with the selective/neophobic presentation of avoidant/restrictive food intake disorder. Int J Eat Disord. 2019;52(4):367-77. doi: 10.1002/eat.23013. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1002/eat.23013.
- Silvers E, Erlich K.. Picky eating or something more? Differentiating ARFID from typical childhood development.. The Nurse practitioner. 2023. DOI: 10.1097/01.npr.0000000000000119 · PMID: 37991514. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Karaca Şahin M, Çalışkan N, Şarman HT, Öztürk Turan Ç, Yıldırım G, Güzeloğlu E, Güngör H, Topçak AB, Boloğur H, Papağan Ş, Ulutaş ÖY, Erbay MF, Kökcü Karadağ Şİ, Özçeker D.. Fear and picky eating-related ARFID behaviors in children with food allergy.. Pediatric allergy and immunology : official publication of the European Society of Pediatric Allergy and Immunology. 2026. DOI: 10.1111/pai.70403 · PMID: 42418251. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Podcast: When Is Picky Eating a Disorder? Understanding ARFID.
- When Is Picky Eating a Disorder? Understanding ARFID (Avoidant Restrictive Food Intake Disorder) – PodcastHealth.
- Is It Picky Eating or Avoidant… – Mental Note – Apple Podcasts.
