Dans le même temps, les travaux de la psychologue belge **Isabelle Roskam** indiquent qu’en Europe entre **5 et 8 %** des parents présentent un burn-out parental avéré, avec des conséquences lourdes sur leur santé mentale et sur les enfants.[6] Ces deux chiffres plantent le décor : être parent donne du sens à l’existence, tout en exposant à une pression rarement vue dans l’histoire récente.

La génération actuelle de parents se retrouve prise entre des discours d’experts très abondants, des injonctions à la « parfaite bienveillance » et des conditions de vie marquées par la précarité de l’emploi, le coût du logement et la charge mentale.[8][12] Cette accumulation crée un fossé entre le parent que l’on rêve d’être et celui que l’on arrive à être au quotidien. Ce fossé nourrit la question qui revient dans les consultations, les groupes de parole, les podcasts et les réseaux sociaux : « Quel sens je donne à ma façon d’être parent ? ».

Cet article plonge au cœur de ce débat. Il s’appuie sur des enquêtes récentes de l’Unaf et des Udaf, sur les travaux de chercheurs comme **Gérard Neyrand**, **Isabelle Roskam** ou **Boris Cyrulnik**, ainsi que sur des programmes de soutien à la parentalité évalués scientifiquement.[1][2][3][6][8][9][11][12][14] L’objectif est clair : éclairer ce qui se joue derrière cette « recherche de sens », sans langue de bois, avec des exemples précis et des pistes concrètes pour les parents.
Devenir parent change le sens de la vie beaucoup plus qu’on ne l’admet
La sociologie de la famille rappelle une évidence que l’on sous-estime souvent : devenir parent ne se réduit pas à l’arrivée d’un enfant. Le sociologue **Gérard Neyrand** décrit la parentalité comme un long chemin psychique et relationnel qui commence bien avant la naissance et se poursuit tout au long de la vie de l’enfant.[8][11] Ce chemin touche à l’identité, à l’histoire familiale, aux valeurs morales et au rapport au temps.
Pour beaucoup d’adultes, la venue d’un enfant réorganise brutalement les priorités. Des parents interrogés par l’Unaf parlent d’un « avant » et d’un « après » très net dans leur façon de voir leur travail, leur couple, leurs loisirs et leurs engagements.[3] Le jour où l’on devient parent, la question « Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? » se transforme souvent en : « Quelle vie je veux offrir à mon enfant ? ».

La revue Sciences et Actions Sociales publie des travaux qui insistent sur cette mutation interne : être parent demande une réorganisation profonde de la place que l’on s’accorde, de la place que l’on accorde aux autres et du rôle que l’on accepte de tenir dans la famille.[11] Les parents décrivent un mélange d’élévation et de perte de repères : sentiment d’accomplissement, mais aussi impression de ne plus se reconnaître, d’avoir mis entre parenthèses des pans entiers de leur identité.
Cette bascule identitaire s’accentue dans les sociétés occidentales où la parentalité ne repose plus sur un script unique. Les normes éducatives varient selon les classes sociales, les quartiers, les cultures d’origine, l’accès à l’information. Les parents jonglent entre discours de psychologie positive, recommandations institutionnelles et souvenirs de leur propre enfance.[7][8] Ce mélange donne une immense liberté, et en même temps une pression supplémentaire : chacun doit « inventer » sa façon d’être parent, avec un risque permanent de se sentir en échec.
Ce que les parents disent du sens de leur rôle aujourd’hui
L’enquête « Être parent aujourd’hui » conduite par l’Unaf et OpinionWay apporte un éclairage massif. Elle interroge 2 700 parents ayant au moins un enfant de moins de vingt ans au foyer, sur la manière dont ils perçoivent leur rôle, leurs forces et leurs besoins.[3] Les réponses convergent sur plusieurs points.
Quand on leur demande ce qui donne le plus de sens à leur parentalité, les parents mettent en avant quatre grandes priorités :
- Ils veulent assurer la sécurité matérielle et affective de leurs enfants, avec une obsession pour la stabilité du logement et des revenus.
- Ils accordent une grande valeur à la transmission de repères moraux, comme le respect, l’honnêteté et la solidarité.[3][9]
- Ils souhaitent que leurs enfants « s’épanouissent » à l’école, dans leurs loisirs et dans leurs relations.
- Ils aspirent à une relation chaleureuse avec leurs enfants, fondée sur le dialogue plus que sur l’autorité verticale.
L’Observatoire des familles de l’Udaf du Tarn, qui a interrogé des parents en 2024, retrouve les mêmes priorités.[9] Les parents parlent d’un rôle à la fois « exigeant » et « épanouissant ». Beaucoup mentionnent la fierté ressentie quand l’enfant franchit un cap : premiers pas, réussite scolaire, engagement dans une activité. Ces événements donnent de la cohérence à des journées pourtant épuisantes.
Mais les enquêtes de terrain montrent aussi des failles. Une partie des parents dit ne plus savoir s’ils « font bien » ou non. Ils se jugent en permanence : sur les réseaux sociaux, dans les conversations à la sortie de l’école, en lisant les recommandations d’experts.[9][12] Le sens de la parentalité semble alors suspendu à un verdict extérieur, parfois implicite, qui classe les parents entre « bons », « suffisants » et « toxiques ». Ce système de comparaison permanente est une machine à fabriquer du malaise.
| Ce qui donne du sens | Ce qui fait perdre le sens |
|---|---|
| Voir l’enfant progresser dans sa vie quotidienne | Se sentir jugé par les proches ou les professionnels |
| Partager des moments de jeu, de rires, de discussions | Avoir l’impression de crier tout le temps |
| Transmettre des valeurs auxquelles on tient | Ne pas avoir le temps d’écouter vraiment l’enfant |
| Se sentir soutenu par son conjoint ou sa conjointe | Se sentir seul face aux décisions éducatives |
Au centre, il y a un point névralgique : la cohérence entre les valeurs et les gestes du quotidien. Dès que le parent a le sentiment de trahir ses propres valeurs avec son enfant, le sens se fissure. Ce décalage revient souvent dans les enquêtes sur la parentalité et nourrit la culpabilité.[2][3]
Une parentalité sous pression : injonctions, burn-out et perte de repères
La chercheuse **Isabelle Roskam**, spécialiste du burn-out parental à l’Université de Louvain, décrit une explosion des demandes autour de l’épuisement parental depuis le début des années 2010.[6] Ses travaux montrent que le burn-out parental ne touche pas uniquement des parents « en difficulté ». Il guette aussi des parents très investis, très informés, qui s’imposent un idéal presque impossible à tenir.
Dans une conférence donnée en France, Isabelle Roskam évoque des chiffres préoccupants : entre 5 et 8 pour cent des parents présentent un burn-out parental caractérisé, avec un épuisement émotionnel massif, une prise de distance affective avec l’enfant et un sentiment de décalage entre le parent qu’ils sont et celui qu’ils voudraient être.[6] Ce décalage frappe en plein cœur la question du sens. Quand un parent se surprend à fuir son enfant ou à le rejeter, il ne se reconnaît plus.
Une enquête réalisée pour l’émission « Parentalité : quand l’avalanche de conseils mène à l’épuisement » met la lumière sur un facteur aggravant : la surabondance d’avis, de livres, de podcasts, de comptes Instagram et TikTok consacrés à l’éducation.[12] Les parents interrogés décrivent une impression de noyade : chaque expert propose une méthode différente, chaque influenceur défend sa manière de faire, chaque média annonce une nouvelle « clé » éducative. Le parent ne sait plus à qui se fier.
Cette surcharge d’informations crée un climat de soupçon vis-à-vis de soi-même. Un enfant qui fait une crise au supermarché ne devient plus une scène banale, mais le signe que l’on a « raté quelque chose ». Le moindre écart par rapport aux recommandations lues sur la parentalité positive se transforme en motif de honte. C’est une erreur. Ce niveau d’exigence ne tient pas dans une vie réelle avec fatigue, contraintes matérielles et histoires personnelles parfois lourdes.
Les institutions commencent à reconnaître cette réalité. La **Chaire “Enfance, bien-être et parentalité”** portée par l’EHESP analyse le lien entre politiques publiques, conditions de vie et santé mentale des parents.[7] Elle insiste sur un point très concret : le burn-out parental ne vient pas d’un manque d’amour, mais d’un excès de charges, d’injonctions et d’isolement. Autrement dit, ce n’est pas le parent qui est « défaillant », c’est le cadre qui le pousse au-delà de ses limites.
Les travaux de la Drees sur les trajectoires de parentalité montrent que la parentalité s’inscrit dans des parcours de vie souvent heurtés : études longues, périodes de chômage, emplois fragmentés, recomposition familiale.[8] Les naissances n’arrivent plus dans un scénario linéaire. Elles surgissent parfois au milieu d’une instabilité professionnelle ou d’un déménagement, parfois après plusieurs années de précarité. Cela pèse lourd sur la façon dont les parents se représentent leur rôle.
Un parent qui peine à payer son loyer ou qui enchaîne les contrats courts ne vit pas la parentalité de la même manière qu’un parent en CDI avec un réseau familial solide. Les études menées dans le cadre de la Chaire « Enfance, bien-être et parentalité » montrent un lien net entre insécurité socio-économique, stress parental et difficultés à se projeter dans l’avenir des enfants.[7] Quand l’essentiel consiste à boucler le mois, la recherche de sens passe souvent au second plan. On tient, jour après jour.
Les politiques publiques tentent de compenser cette fragilité avec des dispositifs de soutien à la parentalité, des allocations, des congés parentaux et des offres d’accueil de la petite enfance.[7][8] Mais les recherches montrent un accès très inégal à ces ressources. Les familles les plus éloignées des institutions, en situation de précarité ou de migration, utilisent moins ces services que les familles déjà insérées dans les réseaux associatifs ou scolaires.[7][14] Le résultat est mécanique : celles qui auraient le plus besoin de soutien sont parfois celles qui en bénéficient le moins.
Le sens de la parentalité se heurte alors à des obstacles très concrets : horaires de travail décalés, temps de trajet longue distance, logements exigus, absence de relais familiaux. Certains parents expriment une forme de désillusion : ils voulaient offrir une « vie meilleure » à leurs enfants et se retrouvent pris dans un quotidien où ils courent du matin au soir. Le risque est de glisser vers une parentalité purement gestionnaire, sans place pour la réflexion ou le plaisir partagé.
Nouvelles parentalités, nouvelles questions de sens
Les sciences sociales parlent de « nouvelles parentalités » pour désigner l’essor des familles homoparentales, des coparentalités choisies, des familles recomposées ou encore des parentalités trans.[4][10] Derrière ces termes se jouent des questions très concrètes de reconnaissance, de filiation et de genre.
Le dossier « Le genre à l’épreuve des nouvelles parentalités », publié sur la plateforme HAL-SHS, étudie la manière dont ces configurations bousculent la répartition traditionnelle des rôles entre mères et pères.[4] Dans des couples de même sexe par exemple, la question n’est plus « qui est la mère et qui est le père » mais « comment chaque adulte se situe comme parent et quelles tâches chacun prend en charge ». Ce déplacement change le sens de la parentalité : le genre ne suffit plus à distribuer les rôles, le couple doit inventer ses repères.
Une autre recherche, publiée sur la plateforme Érudit, s’intéresse à l’expérience de la parentalité en situation migratoire.[14] Les mères interrogées parlent d’un tiraillement entre le modèle éducatif de leur pays d’origine et les normes en vigueur dans le pays d’accueil. Elles disent parfois se sentir « jugées deux fois » : par leur famille restée au pays qui les trouve trop laxistes, et par les institutions du pays d’accueil qui les jugent trop autoritaires. Ce tiraillement pèse directement sur la recherche de sens. Elles ne savent plus toujours à quel modèle se référer.
Les familles recomposées posent d’autres questions : qui décide pour l’éducation ? Comment un beau-parent trouve sa place sans écraser le parent biologique ? Comment maintenir un lien avec les enfants après une séparation supplémentaire ? Les études sur les nouvelles formes de parentalité rappellent que ces configurations exigent une forte dose de négociation, de clarification et de dialogue.[10] Quand cette clarification n’a pas lieu, les malentendus se multiplient et le sens du rôle de chacun se brouille.
“Les nouvelles parentalités ne détruisent pas la famille. Elles mettent à nu ce qui, depuis toujours, fait tenir une famille : des liens choisis, des engagements discutés, des négociations sans cesse reprises.”
Refuser ces mutations au nom d’un modèle unique serait une impasse. La question pertinente n’est pas de savoir si une configuration est « légitime » ou non, mais de regarder comment chaque adulte parvient à se reconnaître comme parent et à être reconnu comme tel par l’enfant et par l’entourage. C’est là que se joue le sens, bien plus que dans la conformité à un modèle.
Quand le soutien extérieur redonne du sens au rôle de parent
Les recherches récentes montrent que le soutien à la parentalité ne se résume pas à un service social de plus. C’est un levier direct sur le sentiment de compétence parentale, sur la cohérence entre les valeurs et les actes et sur la santé mentale des parents.[1][2][7] Plusieurs dispositifs français ont été évalués avec sérieux ces dernières années.
Le programme « Vivre et Grandir Ensemble », créé par la psychologue **Catherine Dumonteil-Kremer**, a fait l’objet d’une étude scientifique relayée par le média « Les Pros de la Petite Enfance ».[2] Cette étude montre que les parents ayant suivi le cycle d’ateliers rapportent une baisse nette de leur stress, un sentiment plus fort de compétence parentale et une augmentation des comportements empathiques envers l’enfant. Les comportements violents ou abusifs diminuent. Les parents décrivent aussi une meilleure cohérence entre leurs valeurs éducatives et leurs gestes du quotidien.[2]
L’Institut de la Parentalité, basé près de Bordeaux, a mené ses propres études sur les effets de ses accompagnements.[1] Les données recueillies auprès des parents montrent :
- Une diminution du stress lié au rôle parental.
- Une régulation émotionnelle plus solide, pour les parents comme pour les enfants.
- Une qualité de lien parent-enfant renforcée, avec davantage d’écoute et de jeu partagé.[1]
Ces résultats rejoignent ceux de la Chaire « Enfance, bien-être et parentalité » qui observe un impact positif des espaces de parole et de soutien sur le bien-être des parents.[7] Quand un parent peut raconter ses doutes, ses colères et ses ambivalences sans se faire juger, le sens de son rôle se réorganise. Il sort du fantasme du parent parfait pour retrouver une parentalité plus humaine, faite de bons jours et de jours ratés.

Les associations familiales, les centres sociaux, les PMI, les réseaux d’Udaf et de Caf proposent un paysage de services très large : cafés des parents, ateliers thématiques, médiation familiale, accompagnement à domicile, groupes de parole.[3][7][9] Le problème n’est pas toujours l’absence d’offre, mais la méconnaissance de ces ressources ou la peur d’être jugé si l’on franchit la porte. Là encore, il faut le dire clairement : demander du soutien pour sa parentalité n’est pas une marque de faiblesse, c’est une mesure de protection pour toute la famille.
Pistes concrètes pour les parents en quête de sens
La recherche de sens en parentalité ne se joue pas seulement dans les livres ou les études. Elle se joue dans les gestes du quotidien, dans la manière de se parler à soi-même et dans la façon d’organiser sa vie. Les pistes qui suivent ne sont ni des recettes ni des dogmes. Ce sont des leviers concrets, issus de la clinique et des recherches, que beaucoup de parents trouvent utiles pour sortir de l’ornière.[1][2][6][11]
1. Clarifier ses propres valeurs, sans copier les autres
Avant de chercher « la bonne méthode éducative », il est plus utile de se demander : quelles sont les trois ou quatre valeurs qui comptent le plus pour moi dans l’éducation de mes enfants ? La loyauté ? L’autonomie ? Le respect ? La curiosité ? Cette clarification réduit le brouillard. Elle sert de boussole quand les avis des proches ou des experts partent dans tous les sens.
Un exercice simple consiste à écrire une courte phrase qui décrit ce que l’on veut transmettre. Par exemple : « Dans cette famille, on a le droit de se tromper et on cherche toujours à réparer. » Ou : « La parole de chacun compte, même quand on n’est pas d’accord. » Ce type de phrase donne un socle concret. Ensuite, on peut vérifier régulièrement si les gestes du quotidien restent alignés avec ce socle.
2. Baisser d’un cran l’idéal de parent parfait
Les travaux d’Isabelle Roskam sur le burn-out parental montrent que la poursuite d’un idéal irréaliste est un facteur de risque majeur.[6] Un parent qui se fixe comme objectif de ne jamais crier, de toujours rester disponible et de gérer chaque conflit avec calme finit par exploser. C’est mécanique. La frustration s’accumule, puis un jour tout sort d’un coup, sous une forme souvent violente.
Accepter d’être un parent « suffisamment bon », pour reprendre l’expression du pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott, est une mesure de santé mentale. Cela ne veut pas dire se désintéresser de la qualité de la relation avec l’enfant. Cela signifie admettre que l’on va parfois crier, parfois se tromper, parfois avoir besoin de s’isoler. Et ensuite, revenir, parler, réparer.
3. Réintroduire des moments gratuits, sans objectif caché
La quête de sens en parentalité se réduit souvent, à tort, à la réussite scolaire, à la gestion des écrans ou aux activités extrascolaires. Les recherches sur le bien-être des enfants et des parents rappellent pourtant l’impact de moments de jeu et de détente qui n’ont aucun objectif éducatif direct.[1][2][7] Lire une histoire en rigolant, cuisiner ensemble, se promener sans but particulier, inventer un jeu débile dans le salon : ces moments nourrissent la relation autant, voire davantage, que les grandes discussions sur la vie.
Dans les ateliers de soutien à la parentalité, beaucoup de parents découvrent qu’ils n’osent plus jouer avec leurs enfants par peur de « perdre du temps » ou de ne pas faire assez de choses « stimulantes » pour le développement cognitif.[1][2] C’est une dérive. Le jeu gratuit restaure un lien direct, sans enjeu de performance, qui redonne du souffle aux deux côtés.
4. Chercher du soutien avant le point de rupture
Attendre d’être au bord de l’implosion pour demander de l’aide est un piège fréquent. Les recherches sur la parentalité montrent que plus le soutien arrive tôt, plus il est simple à mettre en place.[1][2][7] Parler à un proche de confiance, à un professionnel de PMI, à un psychologue, à un médiateur familial ou à un groupe de parents peut éviter une escalade vers le burn-out.
Beaucoup de parents craignent d’être jugés ou étiquetés comme « défaillants » s’ils franchissent la porte d’un dispositif de soutien. C’est un malentendu qui fait des ravages. Les données recueillies auprès des usagers de programmes comme « Vivre et Grandir Ensemble » montrent au contraire que les parents qui viennent sont souvent les plus investis, ceux qui se posent des questions et qui veulent comprendre ce qui coince.[2] Ce sont des parents engagés, pas des parents « en échec ».
Questions fréquentes sur la parentalité et la recherche de sens
La parentalité devrait-elle donner du sens à la vie de tout le monde ?
Non. Cette idée fait beaucoup de dégâts. Certaines personnes trouvent un sens profond à leur vie dans la parentalité. D’autres trouvent ce sens dans leur travail, leurs engagements, leurs liens amicaux ou créatifs. Confondre parentalité et sens de la vie revient à faire peser sur l’enfant une charge écrasante : il devient le garant du bonheur de ses parents. C’est trop lourd. Les recherches en psychologie familiale insistent sur la nécessité de préserver, pour les parents, des espaces de sens en dehors des enfants.[11]
Est-il normal de regretter certains aspects de la parentalité ?
Oui. Des études qualitatives montrent que des parents peuvent aimer profondément leurs enfants et, en même temps, regretter la perte de liberté, la fatigue chronique ou la charge mentale associées à la parentalité.[8][11] Dire ces regrets ne veut pas dire regretter l’enfant lui-même. Cela ouvre la porte à des ajustements : négocier une autre organisation du temps avec le conjoint, chercher un relais familial, revoir certaines exigences professionnelles. C’est précisément là que la recherche de sens devient active.
Comment parler de cette quête de sens à ses enfants ?
Tout dépend de l’âge. Avec les jeunes enfants, il suffit souvent de phrases simples : « Je suis fatigué en ce moment, j’ai du mal à rester patient, mais je t’aime très fort et je cherche comment faire pour que ce soit plus doux pour nous deux. » Avec les adolescents, la discussion peut être plus directe : expliquer les tensions entre le travail, les soucis d’argent, les attentes familiales. L’enjeu consiste à partager sans faire porter à l’enfant la responsabilité de réparer le parent.
La religion ou la spiritualité jouent-elles encore un rôle dans le sens de la parentalité ?
Oui pour une partie des familles. Des enquêtes en sociologie de la religion montrent que pour certains parents, la foi ou une pratique spirituelle donne un cadre de valeurs, des rituels, une vision de la transmission et de la solidarité qui soutiennent la parentalité. Pour d’autres, la référence reste davantage philosophique ou humaniste, sans cadre religieux explicite. L’essentiel est de pouvoir formuler, pour soi-même, ce qui guide les choix éducatifs, qu’il s’agisse d’une foi, d’une tradition familiale, d’un engagement citoyen ou d’une éthique personnelle.
Conclusion
La parentalité n’est pas un chemin linéaire qui irait d’un projet parfaitement pensé à une réalisation sans fissures. Les travaux de recherche, les témoignages et les programmes évalués dessinent plutôt un paysage fait de détours, de remises en question, de réajustements permanents.[1][2][3][6][8][11] La quête de sens ne se joue pas une fois pour toutes à la naissance de l’enfant. Elle se rejoue à chaque grande étape : entrée à l’école, adolescence, départ du foyer, recomposition familiale.
Ce qui ressort des données les plus solides tient en quelques points simples. Les parents qui gardent un sentiment de sens sont ceux qui parviennent à aligner, autant que possible, leurs gestes sur leurs valeurs. Ceux qui acceptent d’être imparfaits et qui savent réparer quand ils débordent. Ceux qui ne restent pas seuls avec leurs questions et qui osent s’appuyer sur des ressources extérieures. Ceux qui reconnaissent que leur vie ne se réduit pas à leur rôle parental.
À l’inverse, une chose ne fonctionne pas : faire de la parentalité un examen permanent, avec l’illusion qu’il existerait une manière « juste » d’éduquer ses enfants qui annulerait tous les risques. Les études sur le burn-out parental et les nouvelles parentalités montrent qu’un tel idéal conduit tout droit à l’épuisement.[4][6][10][12] La bonne nouvelle, c’est qu’il existe aujourd’hui des espaces, des outils et des discours plus nuancés qui redonnent aux parents le droit d’être faillibles. Ce droit-là ne retire rien aux enfants. Il leur offre des adultes plus vrais, donc plus fiables.
Sources et références (14)
▼
- [1] Institut-parentalite (institut-parentalite.fr)
- [2] Lesprosdelapetiteenfance (lesprosdelapetiteenfance.fr)
- [3] Unaf (unaf.fr)
- [4] Shs.hal.science (shs.hal.science)
- [5] Youtube (youtube.com)
- [6] Youtube (youtube.com)
- [7] Ehesp (ehesp.fr)
- [8] Drees.solidarites-sante.gouv (drees.solidarites-sante.gouv.fr)
- [9] Udaf81 (udaf81.fr)
- [10] Semaines-sante-mentale (semaines-sante-mentale.fr)
- [11] Journals.openedition (journals.openedition.org)
- [12] Youtube (youtube.com)
- [13] Lacellule (lacellule.net)
- [14] Erudit (erudit.org)
