Un parent ou un proche peut falsifier les symptômes d’un enfant, exagérer une maladie réelle ou provoquer des signes physiques pour obtenir l’attention et la sympathie des soignants. Le trouble factice imposé à autrui désigne cette situation lorsqu’il existe une tromperie intentionnelle et une recherche de bénéfice psychologique. L’expression « syndrome de Münchausen par procuration » reste utilisée, mais les classifications médicales privilégient désormais un terme centré sur la victime.
Le sujet oblige à tenir deux idées ensemble. La première concerne la sécurité de l’enfant, exposé à des examens ou à des traitements inutiles. La seconde concerne la prudence, car une maladie rare, une erreur de communication ou une inquiétude parentale sincère ne suffisent pas à poser ce diagnostic.
Le trouble factice imposé à autrui associe une falsification volontaire et une prise en charge médicale répétée.
La victime peut subir des dommages physiques, psychologiques et comportementaux, ainsi qu’un parcours de soins inutile.
Le repérage repose sur des faits croisés, jamais sur une impression isolée ou un profil familial.
Le récit peut alors blesser.
Un trouble qui porte plusieurs noms

Le DSM-5-TR retient le terme « trouble factice imposé à autrui ». Le diagnostic concerne la personne qui fabrique ou induit les symptômes, pas l’enfant présenté comme malade. Dans les services de pédiatrie et de protection de l’enfance, l’expression « maltraitance médicale » est aussi utilisée, car elle décrit d’abord le dommage subi par la victime.
L’ancien nom de syndrome de Münchausen par procuration reste courant dans les médias et dans certains échanges cliniques. Il renvoie à la même famille de comportements, mais il ne constitue plus le terme privilégié dans les classifications récentes. La différence de vocabulaire replace l’enfant, la personne âgée ou l’adulte dépendant au centre de l’évaluation.
Le trouble factice imposé à autrui se distingue de la simulation par procuration. Dans la simulation, la personne cherche un avantage extérieur clairement identifiable, par exemple une indemnisation ou l’évitement d’une responsabilité. Dans le trouble factice, le bénéfice recherché est plutôt psychologique : obtenir de l’attention, être reconnu comme un proche indispensable ou recevoir la validation des professionnels. Dans les deux situations, la victime peut subir des soins inutiles.
Quand la maladie devient un scénario médical
En réalité, la falsification peut prendre plusieurs formes. Le proche peut rapporter des symptômes qui n’ont pas été observés, modifier l’histoire médicale, présenter de faux résultats ou aggraver les signes d’une maladie déjà présente. Il peut aussi provoquer directement certains symptômes. L’enfant est alors entraîné dans un parcours de soins construit autour d’informations fausses ou manipulées.
Les publications décrivent des atteintes physiques variées. Une revue publiée en octobre 2024 dans Cureus s’est concentrée sur les manifestations dermatologiques du syndrome de Münchausen par procuration, notamment les blessures auto-infligées et les affections cutanées fabriquées. Une maladie de peau authentique peut toutefois présenter un aspect inhabituel. Une suspicion doit donc conduire à vérifier, pas à conclure.
Le système de soins peut involontairement prolonger le mécanisme. Un service observe un épisode bref, un spécialiste examine un seul aspect du problème et une autre équipe reçoit une version différente de l’histoire. Si les dossiers ne sont pas rapprochés, chaque professionnel répond à une partie du récit. L’enfant peut alors recevoir de nouveaux examens, des médicaments, des restrictions alimentaires, des interventions ou des dispositifs médicaux dont le bénéfice n’est pas établi.
Les signes forment un faisceau, pas une preuve
Certains éléments méritent une vérification coordonnée : des symptômes qui ne concordent pas avec les résultats disponibles, des épisodes observés surtout en présence du proche, des récits qui changent selon les interlocuteurs ou des consultations multiples pour des problèmes difficiles à relier. La présence très active d’un parent, son vocabulaire médical ou son insistance ne prouvent rien. Des familles confrontées à une maladie rare peuvent, elles aussi, tenir des chronologies détaillées et demander des examens supplémentaires.
La coexistence d’une maladie réelle et d’une falsification complique encore l’analyse. Un enfant peut présenter une affection authentique, puis être exposé à des symptômes inventés ou exagérés. La question pertinente n’est donc pas seulement « l’enfant est-il malade? », mais « quels symptômes ont été constatés, par qui, à quel moment et avec quelles données indépendantes? »
Ce que les études permettent de mesurer

Les chiffres disponibles décrivent surtout des cas repérés ou publiés. Ils ne donnent donc pas un profil permettant d’identifier une personne dans la vie courante. Une revue systématique publiée dans Frontiers in Public Health en 2025 a rassemblé 314 études portant sur 455 auteurs présumés et 469 victimes. La recherche couvrait les publications disponibles jusqu’au 20 août 2024.
Dans cet ensemble, les enfants représentaient 28,36 % des victimes et les adolescents 27,93 %. Les auteurs recensés étaient des femmes dans 92,75 % des cas. Cette proportion peut aussi refléter la place souvent occupée par les femmes dans les soins quotidiens aux enfants. Elle ne permet pas d’affirmer que le trouble serait propre aux mères : des pères et d’autres aidants peuvent aussi être concernés.
La même revue rapporte que le traitement médical constituait l’intervention la plus souvent recensée, concernant 40,51 % des victimes et 25,49 % des auteurs dans les dossiers analysés. Les issues documentées comprenaient notamment un placement auprès de la famille d’accueil ou des services sociaux pour 14,50 % des victimes, ainsi qu’une mise en accusation pénale pour 29,67 % des auteurs. Ces taux décrivent les dossiers retenus par la revue, pas le devenir de toutes les situations existantes.
Une revue publiée en 2020 dans CNS Spectrums a examiné 108 articles, dont 81 études de cas. Dans ces publications, une induction des symptômes apparaissait dans 74 % des cas et une récidive dans plus des trois quarts des situations décrites. La sélection de cas publiés peut favoriser les formes les plus graves ou les plus inhabituelles. Elle rappelle pourquoi un épisode isolé doit être replacé dans une chronologie complète.
Pourquoi le repérage échoue si souvent

Le proche peut paraître disponible, précis et préoccupé. Il connaît les dates, les médicaments, les noms des spécialistes et les réactions attendues. Cette apparence de compétence peut rassurer l’équipe, alors qu’elle ne permet pas de distinguer une défense énergique des intérêts de l’enfant d’une manipulation. À l’inverse, un parent désorganisé ou peu à l’aise avec le vocabulaire médical n’est pas plus suspect.
L’enfant peut reprendre les mots de l’adulte et intégrer progressivement une identité de malade. Les revues consacrées au trouble décrivent des conséquences physiques, psychologiques et comportementales. Le fait d’être entraîné dans des examens, des traitements ou des interventions inutiles peut aussi modifier son rapport aux soins et aux adultes qui l’entourent.
La dépendance affective renforce le piège. Contredire le proche peut sembler dangereux, surtout lorsque l’enfant associe l’attention, les soins et la sécurité au fait de se montrer malade. Les rendez-vous médicaux, les hospitalisations et le récit familial peuvent finir par organiser toute la vie de l’enfant.
Une revue publiée en 2026 dans Italian Journal of Pediatrics rappelle que la fréquence exacte reste difficile à établir, notamment à cause de la dissimulation et du sous-diagnostic. Les estimations disponibles sont faibles, mais cette rareté statistique ne justifie ni la banalisation ni la chasse aux parents anxieux.
Que faire face à une inquiétude concrète
Surtout, il ne revient pas à un proche, à un enseignant ou à un professionnel isolé de mener un interrogatoire. La priorité consiste à protéger l’enfant tout en laissant les équipes vérifier les maladies possibles. Une démarche prudente suit généralement plusieurs étapes :
- Évaluer le danger immédiat. Si l’enfant semble exposé à une atteinte en cours ou à un risque vital, contactez les services d’urgence. La suspicion de trouble factice ne doit jamais retarder la prise en charge d’un symptôme grave.
- Décrire les faits. Notez les dates, les mots exacts employés, les symptômes observés directement, les consultations et les résultats disponibles. Séparez ce que vous avez vu de ce que quelqu’un vous a raconté.
- Comparer les informations. Les pédiatres, spécialistes, infirmiers, travailleurs sociaux et psychologues peuvent avoir chacun une pièce du dossier. Une chronologie partagée réduit les contradictions et les examens répétés.
- Transmettre l’inquiétude au bon interlocuteur. Un médecin, une équipe de protection de l’enfance ou le dispositif prévu par l’établissement peut organiser une évaluation. Les obligations de signalement varient selon le pays, le métier et la situation; les professionnels doivent suivre les procédures applicables à leur cadre.
- Éviter la confrontation improvisée. Accuser directement le proche peut l’inciter à changer d’établissement, à interrompre le suivi ou à isoler davantage l’enfant. La stratégie doit être coordonnée par les équipes compétentes, avec les services de protection et, si nécessaire, la justice.
Après le repérage, le soin continue

Retirer l’enfant d’un parcours médical abusif ne suffit pas toujours à réparer ses effets. Il peut avoir peur des consultations, se croire responsable de l’état du proche ou chercher à maintenir le rôle de malade qui lui procurait de l’attention. L’accompagnement doit tenir compte de son âge, de son histoire médicale, de ses liens familiaux et de son niveau de compréhension.
La prise en charge demande souvent plusieurs compétences : soins pédiatriques, évaluation psychologique, protection de l’enfance et, lorsque les faits le justifient, intervention judiciaire. Le traitement du proche ne remplace pas la protection de la victime. La bonne question reste celle qui permet de réduire le risque dès maintenant, sans transformer une hypothèse en verdict.
La sécurité de l’enfant précède l’étiquette diagnostique.
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- Podcast: Unmasking Munchausen by Proxy: The Parent Next Door.
- Unmasking Munchausen by Proxy: The Parent Next Door – Inside Mental Health | iHeart.
- Munchausen by Proxy Podcast: The Parent Next Door.
