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    Accueil » Les cinq étapes du deuil ne sont pas un mode d’emploi
    An elderly woman grieving at a gravesite, conveying sorrow and loss in a serene cemetery setting.
    Photo de RDNE Stock project sur Pexels.
    Émotions

    Les cinq étapes du deuil ne sont pas un mode d’emploi

    MarinePar Marine10 septembre 2026Aucun commentaire11 Minutes de Lecture

    Les cinq étapes du deuil sont souvent présentées comme un itinéraire balisé : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation.

    Les recherches consacrées au deuil apportent pourtant un soutien limité à cette progression ordonnée.

    Dans l’étude de Holland et Neimeyer, la construction du sens prédisait plus fortement les manifestations du deuil que le temps écoulé depuis le décès.

    Le deuil n’obéit à personne.

    Le modèle donne des mots, pas un calendrier

    A woman analyzes data on a computer screen in a modern office setup, focusing on technological research.
    Photo de ThisIsEngineering sur Pexels.

    Pour rappel, le modèle de Kübler-Ross décrit cinq états émotionnels : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Elisabeth Kübler-Ross l’a formulé à partir de son travail auprès de personnes en fin de vie, avant que cette grille ne soit largement appliquée au deuil des proches.

    Le problème commence lorsque des mots destinés à décrire deviennent une consigne. Une personne endeuillée devrait-elle être en colère au troisième mois, déprimée au sixième, puis apaisée à la première année? Rien dans le modèle ne permet d’établir un tel calendrier. Une émotion peut apparaître, disparaître, revenir, se mélanger à une autre ou rester difficile à nommer.

    Dans une revue publiée le 23 avril 2013 dans Nature Reviews UrologySmaldone et Uzzo ont utilisé le modèle pour réfléchir à la résistance de médecins confrontés à la publication d’indicateurs de performance. Cet article présente la grille comme un cadre conceptuel appliqué à une situation professionnelle. Il ne démontre pas que les personnes endeuillées traversent cinq étapes fixes.

    Les données préfèrent le sens au chronomètre

    En 2010, James M. Holland et Robert A. Neimeyer ont publié dans Omega une étude portant sur 614 jeunes adultes endeuillés : 441 avaient perdu un proche de cause naturelle et 173 après un décès violent. Les chercheurs ont étudié l’association entre le temps écoulé depuis la perte et cinq indicateurs du deuil : l’incrédulité, la colère, le désir ardent, la dépression et l’acceptation. Ils ont aussi évalué la manière dont les participants donnaient du sens à ce qui leur était arrivé.

    Le résultat apporte un soutien limité à la théorie des étapes. Dans cette étude, la construction de sens était un prédicteur plus fort des manifestations du deuil que le temps écoulé depuis le décès. Cela ne signifie pas que le temps ne change rien. Cela signifie que deux personnes ayant perdu un proche depuis la même durée peuvent vivre des expériences très différentes.

    L’étude a aussi relevé une possible « réaction anniversaire » chez les participants approchant du deuxième anniversaire du décès, avec une détresse plus forte et une acceptation moins marquée. Cette observation ne permet pas de transformer le deuxième anniversaire en échéance universelle, mais elle rappelle qu’une date qui passe ne ferme pas automatiquement une blessure.

    La portée du résultat reste précise. Il s’agit d’une étude observationnelle ou comparative menée auprès de jeunes adultes. Elle décrit des associations dans ce groupe et ne permet pas de conclure que la recherche de sens cause une amélioration, ni d’appliquer une règle à chaque deuil.

    Une étape peut devenir une prison

    Close-up black and white shot focusing on a person's eye, highlighting texture and expression.
    Photo de Cyril Caiazzo sur Pexels.

    En réalité, la force du modèle tient à sa simplicité. Cinq mots donnent une forme à une expérience qui déborde : la colère contre le médecin, le marchandage dans les pensées du type « si seulement », la tristesse qui coupe l’élan, puis une forme d’acceptation. Pour une personne qui ne trouve plus ses repères, ce vocabulaire peut ouvrir une conversation.

    Sauf que la même simplicité peut produire une nouvelle pression. « Je suis encore en colère, donc je vais mal. » « Je souris à nouveau, donc je trahis la personne morte. » « Je ne ressens pas de dépression, donc mon chagrin n’est pas normal. » Ces raisonnements transforment une grille descriptive en examen à réussir.

    Ne prenez pas l’acceptation pour une obligation

    Accepter qu’un décès a eu lieu ne signifie pas être serein, heureux ou débarrassé du manque. Une personne peut reconnaître la réalité de la mort et ressentir encore de la colère, de la culpabilité ou une grande tristesse.

    Surtout, le mot « acceptation » prête à confusion. Dans le langage courant, il évoque parfois la paix ou le fait de tourner la page. Dans un modèle psychologique, il peut désigner une reconnaissance de la réalité. Ces deux idées ne se recouvrent pas. On peut savoir qu’une personne est morte tout en continuant à lui parler intérieurement, à chercher ses gestes dans la maison ou à être surpris par son absence.

    Le deuil avance par vagues, pas par marches

    Male doctor in hospital hallway reviewing medical charts, focused and dedicated.
    Photo de RDNE Stock project sur Pexels.

    Un deuil ne mobilise pas la même énergie chaque jour. Une personne peut régler des démarches administratives le matin, plaisanter avec un proche à midi, puis s’effondrer devant une photographie le soir. Cette alternance ne signale pas forcément un retour en arrière. Elle montre que le fonctionnement quotidien et la douleur peuvent coexister.

    D’où l’intérêt d’observer ce qui se passe dans la vie concrète plutôt que de chercher une étape. La personne dort-elle? Parvient-elle à manger, à travailler, à s’occuper d’un enfant ou à accepter un soutien? Que devient son sentiment de sécurité? Ces questions donnent des informations plus utiles qu’une étiquette comme « colère » ou « dépression » prise isolément.

    L’étude de Holland et Neimeyer a observé une réaction autour du deuxième anniversaire, mais cette temporalité n’est pas une échéance universelle. Une reprise de la douleur à cette période ne suffit donc pas à conclure à un retour en arrière.

    Quand la grille sort du deuil

    En 2023, une étude rétrospective publiée dans International Journal of Environmental Research and Public Health a analysé les publications de Canadiens sur Twitter pendant les six premiers mois de la pandémie de Covid-19 à l’aide de la courbe du changement de Kübler-Ross. Les chercheurs ont combiné analyse des sentiments, analyse thématique et lecture selon cette courbe. Ils ont observé que de nombreux internautes tentaient de s’adapter, tout en exprimant une tonalité majoritairement négative à propos des politiques sanitaires, notamment en raison de leurs conséquences financières et sociales.

    Ce résultat montre l’usage possible du modèle comme outil de lecture d’un changement collectif. Il ne montre pas que chaque Canadien a traversé les mêmes phases, ni que des messages publiés en ligne reproduisent l’expérience intime de leurs auteurs. Une publication sur Twitter reste une trace publique, située dans un contexte précis.

    Un article de Cureus publié en 2020 décrit le cas d’un homme afro-américain de 50 ans atteint de schizophrénie, hospitalisé après la mort de sa mère. Il présentait des symptômes psychotiques et ne reconnaissait pas pleinement la réalité du décès. Son accompagnement a associé soutien, psychoéducation, exploration de ses croyances et travail sur les distorsions cognitives, au cours de 20 séances réparties sur quatre semaines. À la fin de l’hospitalisation, ses scores de symptômes positifs et négatifs avaient diminué et il reconnaissait davantage la réalité de la mort.

    Ce cas ne valide pas un modèle général. Il montre plutôt que le mot « déni » ne suffit pas toujours à comprendre ce qui se passe. Dans cette situation, les symptômes psychotiques nécessitaient des soins psychiatriques. L’amélioration ne peut pas être attribuée au seul modèle de Kübler-Ross, puisque plusieurs interventions ont été menées.

    Aider sans distribuer des étapes

    A person in a pink jacket prepares food in a bright, minimalist kitchen.
    Photo de Ron Lach sur Pexels.

    Pour accompagner une personne endeuillée, mieux vaut partir de son expérience présente que lui demander où elle se situe dans la théorie. Une démarche simple peut s’appuyer sur quatre réflexes :

    1. Poser une question située. « Qu’est-ce qui est le plus difficile aujourd’hui? » ouvre davantage la conversation que « À quelle étape êtes-vous? ».
    2. Accueillir les émotions mélangées. Le soulagement, la colère, l’amour, la culpabilité et la tristesse peuvent se succéder dans la même journée. Leur coexistence ne constitue pas une incohérence.
    3. Proposer une aide concrète. Préparer un repas, accompagner une démarche, garder un enfant ou rappeler une date peut être plus utile qu’une explication générale sur le deuil.
    4. Repérer une rupture avec la réalité. Des symptômes psychotiques, une confusion persistante sur la mort ou une perte du contact avec la réalité appellent un avis professionnel. Il ne s’agit pas d’attendre que la personne « passe » une étape.

    Une approche de psychologie positive peut alors poser une question plus modeste : quelle ressource concrète reste accessible aujourd’hui? Le soutien d’un proche, une démarche accomplie ou un geste qui redonne un peu de prise ne supprime pas la perte. Cela donne simplement un point d’appui sans imposer d’émotion ni de calendrier.

    Un deuil ne se passe pas.

    Sources et références scientifiques
    1. Holland JM, Neimeyer RA.. An examination of stage theory of grief among individuals bereaved by natural and violent causes: a meaning-oriented contribution.. Omega. 2010. DOI: 10.2190/om.61.2.b · PMID: 20712139. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
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    30. Beyond Five Stages: Rethinking…-Inside Mental Health – Apple Podcasts.
    31. Beyond Five Stages: Rethinking Grief with Krista St-Germain Inside Mental Health | iHeart.
    32. Beyond Five Stages: Rethinking Grief with Krista St-Germain – Inside Mental Health – Podcast – Podtail.
    Table des matières afficher
    1 Le modèle donne des mots, pas un calendrier
    2 Les données préfèrent le sens au chronomètre
    3 Une étape peut devenir une prison
    4 Le deuil avance par vagues, pas par marches
    5 Quand la grille sort du deuil
    6 Aider sans distribuer des étapes

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