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    Accueil » Psychologie des objectifs : faut-il choisir SMART ou des objectifs basés sur les valeurs ?
    Focused businessman multitasking at desk, engaged in a phone call and working on a laptop.
    Blog sur la psychologie

    Psychologie des objectifs : faut-il choisir SMART ou des objectifs basés sur les valeurs ?

    MarinePar Marine9 juin 2026Aucun commentaire22 Minutes de Lecture

    En 2002, le psychologue américain Edwin Locke a compilé plus de 400 études sur les objectifs de performance. Sa conclusion est nette. Des buts clairs et difficiles augmentent la performance d’environ 10 à 25 % dans le travail et le sport. Ce chiffre circule encore dans les écoles de management et dans les formations aux managers.

    Problème. Dans la vie réelle, des millions de personnes abandonnent leurs objectifs. Le psychologue John Norcross, de l’université de Scranton, a observé que près de 80 % des résolutions du Nouvel An sont laissées de côté avant la fin de l’année. Ce décalage entre la théorie et la réalité vient rarement d’un manque de volonté. Il tient beaucoup à la manière dont les objectifs sont choisis et formulés.

    Person writing goals in a notebook with a focused planning mindset
    Photo : Ahmed ؜ / Pexels

    La méthode SMART domine les entreprises, les fiches de poste et une part croissante du coaching. En parallèle, les psychologues de la motivation insistent de plus en plus sur les objectifs basés sur les valeurs personnelles. Ce duel traverse aujourd’hui les pratiques de management et de développement personnel. Cet article plonge dans la psychologie des objectifs, montre ce que SMART fait bien, ce qu’il laisse de côté, et explique comment le relier à vos valeurs pour arrêter de saboter vos projets.

    1. Les objectifs, affaire de cerveau avant d’être affaire de carnet

    Quand une personne se fixe un objectif, son cerveau ne voit pas une phrase écrite sur une feuille. Il voit un écart entre un état actuel et un état futur. Locke et son collègue Gary Latham parlent de « régulation par buts ». Le cerveau surveille cet écart et déclenche des ajustements de comportement. Tant que l’objectif reste vivant, ce système interne consomme de l’énergie, oriente l’attention et influence l’humeur.

    Cette tension n’a rien d’abstrait. Des travaux d’imagerie cérébrale montrent que des zones liées à la récompense, comme le striatum ventral, s’activent dès que l’on pense à un objectif désirable. Quand la personne se rapproche de ce but, ces zones s’illuminent à nouveau. Quand elle échoue, des réseaux associés à la douleur sociale et à la rumination prennent le relais. C’est pour cela qu’un objectif mal aligné peut épuiser autant qu’un marathon.

    La psychologie de la motivation distingue au moins trois questions, souvent confondues dans les discours simplistes sur les objectifs. Première question. Quel contenu la personne poursuit-elle, c’est-à-dire quel type de but. Deuxième question. Comment ce but est formulé, ce qui inclut la clarté, la précision, la mesure. Troisième question. Pourquoi elle le poursuit, donc le lien avec ses valeurs, son identité, ses besoins psychologiques. La méthode SMART s’attaque surtout à la deuxième. Les objectifs basés sur les valeurs jouent sur la première et la troisième. C’est là que la tension commence.

    2. La méthode SMART : d’une revue de management aux check-lists de performance

    L’acronyme SMART apparaît en 1981 sous la plume de George T. Doran dans la revue Management Review avec un article titré « There’s a S.M.A.R.T. way to write management’s goals and objectives ».[1][5] Doran cherche alors à rendre les objectifs de management moins vagues et plus utilisables au quotidien par les cadres. Le mot SMART signifie « intelligent » en anglais, ce qui donne à la méthode un côté intuitif.[3]

    Depuis les années 1980, la plupart des déclinaisons modernes convergent vers la même grille. Un objectif doit être Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réalisable ou Réaliste, et Temporel, avec une date ou une période définie.[1][3][5][7][11][13] Le gouvernement du Canada, dans ses guides pour les projets environnementaux, reprend ce cadre pour encadrer les objectifs opérationnels de ses programmes.[13] Des sites de management comme Manager GO!, ACSOE ou Organisologie passent en revue ces cinq lettres avec des exemples chiffrés pour le marketing, la vente ou la gestion de projet.[3][7][11]

    Un document de l’Organisation mondiale de la santé sur la planification d’actions explique que la méthode SMART a été élaborée par des psychologues pour aider les individus à se fixer et atteindre des objectifs. Le texte décrit chaque lettre en anglais, de Specific à Realistic, et recommande ce cadre pour structurer des plans d’action dans les laboratoires de santé publique.[15] Des acteurs comme Tableau ou des éditeurs RH rappellent que SMART sert ensuite à choisir des indicateurs et à suivre les progrès, avec des points réguliers.[2][3][5][11]

    En quarante ans, SMART s’est donc imposé dans les entreprises privées, les administrations, les ONG, les formations universitaires et une grande partie du coaching. On l’utilise pour rédiger un plan d’affaires, une fiche de poste, un plan climat comme le décret tertiaire en France, ou une simple to-do-list de manager.[1][3][4][5][7] Cette diffusion massive crée une illusion. Beaucoup de professionnels pensent qu’appliquer SMART suffit à maîtriser la psychologie des objectifs. C’est faux.

    Business team reviewing performance metrics on a dashboard
    Photo : RDNE Stock project / Pexels

    3. Ce que SMART fait bien pour le cerveau et la performance

    La popularité de SMART ne tient pas seulement à un effet de mode. Une partie de ses principes colle aux résultats solides de la psychologie de la performance. Trois contributions méritent d’être gardées.

    3.1. La précision réduit l’ambiguïté et la procrastination

    Quand un objectif est vague, le cerveau ne sait pas quand le traiter. La consigne « faire plus de sport » reste en arrière-plan. La version SMART « courir trente minutes trois fois par semaine pendant trois mois » donne des repères. La dimension Spécifique réduit l’ambiguïté, ce que des sites comme Manager GO! ou ACSOE mettent en avant avec des exemples chiffrés.[3][7] L’OMS insiste sur cette précision dans ses guides, en parlant d’objectifs « précis » et « observables ».[15]

    Sur le terrain, des entreprises qui appliquent SMART à leurs objectifs commerciaux constatent une baisse des malentendus entre managers et équipes. Une fiche d’évaluation de performance bien rédigée, avec des objectifs mensuels réalistes, limite les interprétations contradictoires et les frustrations.[2][3] Cette clarté joue directement sur la motivation, car un salarié comprend mieux ce qu’on attend de lui.

    3.2. La mesure structure le feedback

    La lettre Mesurable occupe une place centrale. Canada.ca parle d’objectifs « quantifiables » avec des indicateurs attachés à chaque but.[13] Manager GO! insiste sur l’ajout d’un seuil ou d’une valeur à atteindre, sans quoi il devient impossible d’ajuster les moyens et de suivre les progrès.[3] Organisologie explique que dès qu’un objectif reçoit un chiffre, il devient « divisible » et se fragmente en jalons plus courts.[11]

    Sur le plan psychologique, la mesure régule le feedback. Un objectif mesuré par un indicateur précis autorise des retours factuels. Une vidéo d’analyse critique de SMART, très consultée sur YouTube, rappelle que la mesurabilité simplifie le suivi de l’avancement et l’ajustement des plans d’action.[9] Cela colle aux travaux de Locke et Latham. Sans indicateur de progrès, les individus sous-estiment parfois leur avancée, se découragent trop tôt ou, au contraire, se croient plus proches de la cible qu’ils ne le sont.

    3.3. Le temps cadre l’effort et évite l’errance

    La dimension temporelle répond à un biais classique. Un objectif sans délai provoque un effet d’« horizon infini ». Il peut toujours attendre. Les guides de Tableau, d’ACSOE ou de Manager GO! insistent sur la présence d’une date limite, voire de dates intermédiaires pour des projets longs.[3][5][7][11] L’OMS parle de calendrier, et rappelle que ce cadre temporel pousse à hiérarchiser, en choisissant ce qui passe avant le reste.[15]

    Dans la psychologie de la motivation, fixer une échéance agit comme un déclencheur. Le cerveau relie la date à un niveau d’urgence. Plus la date se rapproche, plus la tâche remonte dans la pile mentale. Sans cet ancrage temporel, des objectifs légitimes restent au stade de vœux pieux. Sur ce point, SMART rend service.

    Essentiel : La méthode SMART aide surtout sur la forme de l’objectif : clarté, mesure, échéance. Elle ne dit presque rien sur le sens du but pour la personne ni sur la cohérence avec ses valeurs.

    4. Les angles morts de SMART : quand la check-list déraille

    Dire que SMART a des qualités ne suffit pas. Prétendre que SMART répond à toutes les questions sur les objectifs est une erreur. Sur le terrain, on observe quatre pièges récurrents.

    4.1. SMART n’interroge pas le « pourquoi »

    Un objectif peut être parfaitement SMART et parfaitement vide sur le plan existentiel. « Augmenter le chiffre d’affaires de 15 % sur ce segment d’ici décembre » coche toutes les cases. Spécifique, mesurable, daté. La question « pour quoi » reste pourtant ouverte. Pour la direction, la réponse semble évidente. Pour la personne qui exécute, ce but peut ne rien évoquer, ou entrer en conflit avec ses valeurs.

    Les psychologues de la motivation autonome, comme Edward Deci et Richard Ryan, montrent depuis les années 1980 que des objectifs alignés sur des besoins psychologiques de base (autonomie, compétence, lien social) tiennent mieux dans le temps et génèrent plus de bien-être. Quand un objectif n’a de sens que pour l’organisation, la motivation extrinsèque domine. On obtient de l’obéissance à court terme, pas un engagement durable.

    SMART n’intègre pas ce sujet. Ni Doran en 1981, ni les guides managériaux récents ne demandent au rédacteur d’un objectif de vérifier le lien avec les valeurs du salarié ou du chef de projet.[1][3][5][7][11] Un décret sur l’énergie ou un plan d’action RH peuvent suivre SMART à la lettre et ignorer totalement le vécu psychologique des acteurs.[2][4]

    4.2. Le culte du chiffre peut déformer la réalité

    Le M de Mesurable pousse à quantifier. Cette tendance a des bénéfices, mais elle dérive parfois. Certains objectifs se prêtent mal à un indicateur simple. Une relation de confiance avec un client, un climat d’équipe plus sain, une meilleure capacité à dire non sont difficiles à capturer dans un seul chiffre. Canada.ca rappelle d’ailleurs que des objectifs décrivent parfois des activités ou des productions plutôt que des effets à long terme, et qu’il faut rester prudent dans la traduction chiffrée.[13]

    Quand le chiffre prend toute la place, le risque de « gaming » augmente. Des équipes focalisées sur un indicateur unique trouvent vite des moyens de l’atteindre sans créer de valeur réelle. Des managers rapportent ce phénomène dans les évaluations de performance. Certains employés soignent leurs KPI au détriment d’effets plus larges, par exemple en maximisant la quantité de dossiers traités, avec une chute de la qualité.[2][3][9]

    4.3. L’obsession du réalisme finit par réduire l’ambition

    La lettre R, souvent traduite par Réaliste ou Réalisable, crée un paradoxe. À force de vouloir des objectifs « réalistes », on passe sous silence une fonction essentielle des objectifs. Un but sert aussi à élargir le champ du possible, tant que l’écart reste atteignable pour une personne donnée. Certains guides le reconnaissent. Manager GO! parle d’objectifs « suffisamment ambitieux pour être motivants, mais pas trop non plus ».[3] ACSOE évoque des objectifs « simples » mais reliés à un plan plus long terme.[7]

    Dans la pratique, beaucoup de managers interprètent Réaliste comme « sans risque ». Ils réduisent l’ambition pour limiter les tensions dans les évaluations. On se retrouve avec des objectifs fades, localement rassurants, mais incapables d’ouvrir de nouvelles pistes. À l’inverse, d’autres directions surchargent leurs équipes avec une avalanche d’objectifs SMART, ce qui brouille les priorités. Manager GO! conseille de se limiter à trois à cinq objectifs par période, justement pour éviter ce débordement.[3]

    4.4. SMART laisse de côté la dimension identitaire

    Enfin, SMART ne parle pas de la question « qui je deviens en poursuivant ce but ». Pourtant, la recherche montre que cette dimension pèse lourd. Le psychologue Kennon Sheldon parle d’objectifs « auto-concordants », c’est-à-dire des buts qui reflètent les valeurs profondes de la personne. Ses travaux indiquent que quand les objectifs sont auto-concordants, les individus persévèrent plus, ressentent moins de conflit interne et plus de satisfaction une fois le but atteint.

    Une personne peut donc cumuler des objectifs SMART imposés, tout en se sentant à côté de sa vie. La forme est parfaite, le fond sonne creux. C’est ce fossé que les objectifs basés sur les valeurs cherchent à combler.

    5. Objectifs basés sur les valeurs : quand le « qui je suis » guide le « ce que je fais »

    Les objectifs basés sur les valeurs partent d’une idée simple. Avant de poser un but, la personne clarifie ce qui compte vraiment pour elle. Une valeur décrit une qualité de vie ou une direction, pas un résultat ponctuel. Par exemple, « être un parent présent », « contribuer à la justice sociale », « cultiver la curiosité intellectuelle ». Un objectif basé sur les valeurs traduit ensuite cette direction dans une action concrète. « Bloquer deux soirées par semaine avec mes enfants sans écran » découle de la valeur « parentalité présente ».

    Person reflecting outdoors on personal values and life direction
    Photo : Chinmay Singh / Pexels

    Cette manière de faire inspire plusieurs courants. La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), développée par Steven Hayes et ses collègues, place les valeurs au centre de l’engagement comportemental. La personne identifie ses valeurs puis choisit des actions engagées, même en présence d’émotions difficiles. En psychologie de la motivation, la théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan rejoint ce principe. Elle distingue des objectifs plus autonomes, choisis par la personne, et des objectifs contrôlés, dictés par des pressions externes.

    Les travaux de Kennon Sheldon et de son collègue Tim Kasser montrent que des objectifs alignés sur les valeurs intrinsèques, comme la croissance personnelle, les relations proches ou la contribution communautaire, se lient à une augmentation durable du bien-être. À l’inverse, des objectifs centrés sur le statut, l’argent ou l’image sociale se lient à plus d’anxiété et moins de satisfaction de vie, même quand ils sont atteints. Autrement dit, la question « pourquoi ce but » ne relève pas de la philosophie de salon. Elle influence la santé psychique.

    Un objectif basé sur les valeurs se reconnaît à plusieurs indices. Il reste valable sur une longue période, parfois toute la vie. Il ne se résume pas à un chiffre, même si on peut y adosser des indicateurs. Il garde du sens même quand les circonstances changent. Un licenciement peut rendre caduc un objectif SMART précis lié à un poste. La valeur « transmettre » peut continuer à guider vers d’autres formes d’enseignement, de mentorat ou de bénévolat.

    Note : Les objectifs basés sur les valeurs ne rejettent pas les chiffres et les échéances. Ils posent d’abord la question du sens et de l’identité, puis traduisent ces valeurs en actions concrètes.

    6. SMART vs objectifs basés sur les valeurs : comparaison point par point

    Opposer frontalement SMART et les objectifs de valeurs ne rend pas service. Les deux se concentrent sur des étages différents de la motivation. Le tableau suivant résume leurs forces et leurs limites.

    Dimension Objectifs SMART Objectifs basés sur les valeurs
    Question centrale « Quoi, combien, quand » « Pourquoi et vers où »
    Origine principale Management, gestion de projet, évaluation de performance[1][3][5][7] Psychologie de la motivation, ACT, psychologie positive
    Force principale Clarté, suivi des progrès, coordination d’équipe[2][3][5][11][13][15] Alignement identitaire, énergie durable, cohérence de vie
    Risque principal Objectifs vides de sens ou trop centrés sur les chiffres[3][9][13] Manque de concret, dispersion sans plan d’action
    Horizon temporel Plutôt court ou moyen terme, avec dates précises[3][7][11][15] Long terme, directions de vie parfois sans fin
    Usage typique Fixer des objectifs commerciaux, des KPI, des jalons de projet[2][3][5][7][11] Choix de carrière, projets de vie, décisions importantes
    Question à se poser « L’objectif est-il clair, chiffré et daté » « Ce but reflète-t-il la personne que je veux devenir »

    Pris isolément, chacun de ces cadres a ses failles. Des objectifs purement SMART peuvent conduire à une vie efficace mais vide. Des objectifs purement basés sur les valeurs peuvent rester au niveau des grandes intentions, sans traduction concrète. La combinaison des deux change la donne.

    Road sign showing two directions symbolizing a choice between approaches
    Photo : DS stories / Pexels
    Attention : Se contenter de « rendre SMART » un objectif qui ne vient pas de vos valeurs revient à maquiller un problème. La forme progresse, le fond reste bancal. Le risque de burn-out moral augmente.

    7. Comment combiner SMART et valeurs dans la vie personnelle et au travail

    La question n’est donc pas « SMART ou valeurs », mais « dans quel ordre ». L’erreur la plus fréquente consiste à commencer par la grille SMART, puis à chercher ensuite un sens à des objectifs déjà figés. L’ordre inverse fonctionne bien mieux.

    7.1. Clarifier d’abord les valeurs qui comptent

    Ce travail ne se boucle pas en quinze minutes. Il demande un minimum d’honnêteté. Une méthode simple consiste à lister dix valeurs qui comptent dans votre vie. Par exemple, apprentissage, famille, liberté, santé, justice, créativité, sécurité financière, contribution, amitié, spiritualité. Pour chacune, vous pouvez écrire ce que cette valeur signifie pour vous en termes concrets. « Justice » peut renvoyer à un engagement syndical, à un bénévolat juridique ou à un souci d’équité dans votre équipe.

    Des outils issus de l’ACT proposent des questionnaires de valeurs qui couvrent différents domaines de vie : travail, relations, loisirs, croissance personnelle. L’idée n’est pas de se coller une étiquette, mais de repérer les directions qui font vibrer. Une fois ces valeurs clarifiées, vous pouvez repérer les domaines où vos objectifs actuels s’en éloignent le plus.

    7.2. Traduire les valeurs en objectifs concrets

    À partir d’une valeur, vous pouvez ensuite formuler un objectif concret, puis le passer à la moulinette SMART. Exemple. Valeur : santé. Direction : « vie active jusque tard dans la vie ». Objectif brut : « reprendre le sport ». Version SMART alignée sur cette valeur : « m’inscrire dans un club de natation et y aller deux fois par semaine, le mardi et le jeudi, pendant les six prochains mois ».

    La même logique s’applique au travail. Valeur : transmission. Direction : « aider les juniors à progresser ». Objectif SMART aligné : « organiser une session de mentorat d’une heure tous les quinze jours avec deux collègues juniors pendant les six prochains mois, et recueillir leur retour par un court questionnaire anonyme ». Le lien avec la valeur donne du relief au chiffre.

    Exemple : Si votre valeur centrale est la créativité, un objectif purement SMART comme « publier 3 articles LinkedIn par semaine pendant 3 mois » peut devenir étouffant. Un objectif basé sur la valeur, puis formalisé en version SMART, pourrait être : « consacrer 90 minutes le mercredi soir à écrire un article sur un sujet qui me stimule intellectuellement et le publier deux fois par mois pendant 6 mois ».

    7.3. Ajuster en continu selon le ressenti et non seulement selon les chiffres

    La méthode SMART classique invite à suivre les progrès à travers des indicateurs, par exemple des KPI en entreprise.[3][5][11][13] Ce suivi garde tout son intérêt. En parallèle, un travail sur les valeurs invite à écouter deux autres signaux. D’une part, la qualité de l’énergie. Est-ce que l’objectif nourrit ou vide, même quand il demande un effort. D’autre part, la cohérence globale. Est-ce que cet objectif vous rapproche ou vous éloigne de la personne que vous voulez devenir.

    Des points d’étape trimestriels, inspirés des pratiques de gestion de projet décrites par ACSOE ou Manager GO!, peuvent servir à la fois au suivi chiffré et au bilan de sens.[3][7] Une question simple aide à trancher. « Si j’atteins cet objectif dans ces conditions, serai-je fier de la manière dont j’y suis arrivé. » Si la réponse reste régulièrement non, l’objectif mérite d’être réécrit, même s’il est parfaitement SMART sur le papier.

    8. Erreurs fréquentes et idées reçues sur les objectifs

    Le discours courant sur les objectifs mélange beaucoup de demi-vérités. Certaines font perdre des années. Voici celles que je vois le plus en coaching et en accompagnement d’équipes.

    8.1. « Tant que l’objectif est SMART, il est bon »

    Cette phrase circule dans des formations de management. Elle est fausse. Un objectif peut être SMART et toxique. « Perdre 8 kilos en 6 semaines pour rentrer dans les normes de poids du mannequinat » peut répondre aux critères SMART. Il reste destructeur si la motivation vient d’une pression sociale malsaine. La question des valeurs et de la santé mentale ne disparaît pas parce que la phrase contient un chiffre et une date.

    8.2. « Les valeurs, c’est pour la philo, pas pour le business »

    Beaucoup de dirigeants considèrent encore les valeurs comme un sujet de plaquette de communication. Pourtant, des études en psychologie du travail montrent que l’alignement entre valeurs personnelles et valeurs vécues au quotidien dans l’organisation réduit le turnover, l’absentéisme et le cynisme. Quand un commercial qui valorise la transparence doit vendre un produit qu’il juge trompeur, sa motivation s’effondre, même avec un plan de primes très précis.

    Des cabinets comme Folks RH insistent désormais sur l’importance d’une culture qui soutient l’épanouissement personnel, la reconnaissance et le travail d’équipe dans leur discours sur la performance.[2] Ces éléments sont loin d’être anecdotiques. Ils nourrissent directement la motivation autonome, celle qui tient quand les primes évoluent ou que le marché se retourne.

    8.3. « Plus j’ai d’objectifs, plus je suis productif »

    C’est un piège classique. Empiler des objectifs donne une illusion de maîtrise. Dans les faits, l’attention humaine reste limitée. Manager GO! conseille de se limiter à trois à cinq objectifs par période pour garder un minimum de focus.[3] Au-delà, chaque objectif se bat pour un temps de cerveau et de ressources. Les valeurs jouent ici un rôle de filtre. Elles aident à renoncer à des objectifs séduisants, mais secondaires.

    8.4. « Si je veux vraiment quelque chose, je tiendrai »

    Cette phrase fait beaucoup de dégâts. La volonté compte, mais elle ne suffit pas. La qualité de la formulation, le réalisme des délais, le soutien social, la gestion de la fatigue, le lien avec les valeurs influencent fortement la probabilité de succès. Accuser la volonté quand un objectif mal ficelé échoue revient à blâmer la météo quand on part sans manteau en plein hiver.

    “[Les objectifs qui marchent ne sont pas seulement bien écrits. Ce sont surtout ceux que l’on désire assez pour accepter l’inconfort sur la durée.]”
    — Formulation libre inspirée des travaux d’Edwin Locke et Gary Latham

    9. FAQ : questions fréquentes sur SMART et les objectifs basés sur les valeurs

    Faut-il abandonner complètement la méthode SMART pour se concentrer sur les valeurs ?

    Non. Jeter SMART à la poubelle serait une erreur. La méthode apporte un cadre utile pour clarifier des objectifs, suivre des progrès et coordonner des équipes.[1][3][5][7][11][13][15] Ce qui ne marche pas, c’est d’utiliser SMART comme seule boussole. La bonne démarche consiste à partir de vos valeurs, puis à traduire ces valeurs en objectifs concrets, ensuite à les formuler en version SMART. Dans l’autre sens, vous risquez de collectionner des objectifs bien écrits mais déconnectés de votre vie réelle.

    Comment savoir si un objectif est vraiment aligné avec mes valeurs ?

    Un premier test consiste à observer votre ressenti quand vous progressez vers cet objectif. La démarche génère-t-elle un mélange d’effort et de satisfaction, même en l’absence de récompense externe. Si oui, il y a de fortes chances que ce but touche des valeurs de fond. Un autre test consiste à imaginer que personne ne sera informé de votre succès. Est-ce que vous voudriez toujours autant l’atteindre. Si la réponse devient tiède sans public ni récompense, l’objectif risque d’être trop centré sur l’image ou le statut.

    Comment amener la question des valeurs dans une équipe très orientée chiffres ?

    Dans une équipe habituée aux KPI, parler valeurs peut déclencher des regards sceptiques. Le plus simple est de partir des irritants concrets. Par exemple, des écarts entre ce que le discours officiel promet et ce que les clients ou les salariés vivent réellement. À partir de ces écarts, vous pouvez demander : « Qu’est-ce qui compte pour nous dans la manière de travailler » puis relier ces réponses à des valeurs comme la transparence, le respect, l’exigence. Ensuite, il devient plus facile de reformuler certains objectifs SMART pour qu’ils traduisent ces valeurs plutôt que de les contredire.

    Les objectifs basés sur les valeurs ne risquent-ils pas de rester flous ?

    Ce risque existe si l’on se contente de slogans du type « vivre une vie pleine de sens ». Un travail sérieux sur les valeurs ne s’arrête pas là. Il descend jusqu’à des comportements observables. C’est là que la rencontre avec SMART devient utile. Une fois la valeur clarifiée, une formulation SMART vient lui donner une forme concrète, avec une action définie, un volume et une échéance. Sans valeurs, SMART produit des objectifs vides. Sans un minimum de rigueur à la SMART, les valeurs restent au stade d’affirmations inspirantes sans impact réel sur les agendas.

    Comment gérer un objectif SMART imposé qui entre en conflit avec mes valeurs ?

    La situation arrive souvent, en particulier dans des organisations très contraintes par des objectifs financiers ou réglementaires. Première étape. Nommer le conflit pour vous-même. Par exemple : « on me demande de vendre un produit que je juge inutile ou contraire à l’intérêt du client ». Deuxième étape. Explorer les marges de manœuvre. Pouvez-vous adapter la manière d’atteindre le but pour rester en accord avec vos valeurs. Troisième étape. Si le conflit touche une valeur de base et se répète, la question de la place dans cette organisation se pose. Rester en écrasant systématiquement ses valeurs finit rarement bien.

    Au fond, la tension SMART versus objectifs basés sur les valeurs raconte un débat plus large. Vivre sa vie comme une suite de tâches bien gérées ou comme un chemin guidé par ce qui compte vraiment. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas un choix binaire. Vous pouvez garder la puissance de la clarté SMART tout en donnant à vos objectifs un ancrage profond dans vos valeurs. Les chiffres, les dates et les KPI restent alors des outils, pas des maîtres.

    Sources et références (15)
    ▼
    • [1] Eval (eval.fr)
    • [2] Folksrh (folksrh.com)
    • [3] Manager-go (manager-go.com)
    • [4] Advizeo (advizeo.io)
    • [5] Tableau (tableau.com)
    • [6] Strategie-plan.gouv (strategie-plan.gouv.fr)
    • [7] Acsoe (acsoe.com)
    • [8] Webapps.ifad (webapps.ifad.org)
    • [9] Youtube (youtube.com)
    • [10] Carmignac (carmignac.com)
    • [11] Organisologie (organisologie.com)
    • [12] Ey (ey.com)
    • [13] Canada.ca (canada.ca)
    • [14] Labanquepostale (labanquepostale.com)
    • [15] Extranet.who.int (extranet.who.int)
    Table des matières afficher
    1 1. Les objectifs, affaire de cerveau avant d’être affaire de carnet
    2 2. La méthode SMART : d’une revue de management aux check-lists de performance
    3 3. Ce que SMART fait bien pour le cerveau et la performance
    4 4. Les angles morts de SMART : quand la check-list déraille
    5 5. Objectifs basés sur les valeurs : quand le « qui je suis » guide le « ce que je fais »
    6 6. SMART vs objectifs basés sur les valeurs : comparaison point par point
    7 7. Comment combiner SMART et valeurs dans la vie personnelle et au travail
    8 8. Erreurs fréquentes et idées reçues sur les objectifs
    9 9. FAQ : questions fréquentes sur SMART et les objectifs basés sur les valeurs

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    Une passionnée de psychologie qui observe les comportements humains au quotidien et s’efforce d’apporter plus de positivité dans la vie des autres grâce à la psychologie.

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