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    Accueil » Anhédonie et trouble bipolaire : quand le plaisir ne répond plus
    An elderly man enjoys a quiet meal alone in a dimly lit cafe, creating a serene atmosphere.
    Photo de Gian Tripodoro sur Pexels.
    Troubles mentaux

    Anhédonie et trouble bipolaire : quand le plaisir ne répond plus

    MarinePar Marine12 août 2026Aucun commentaire17 Minutes de Lecture

    Un film attendu, un repas apprécié, un message d’un proche : tout peut rester agréable et pourtant ne provoquer presque aucune réaction. Dans le trouble bipolairecette extinction du plaisir apparaît fréquemment pendant les épisodes dépressifs. Elle ne se confond ni avec la paresse ni avec un simple changement de goûts.

    En apparence, la personne continue sa journée. Elle répond, travaille, mange, parfois même plaisante. En réalité, les activités demandent un effort disproportionné et procurent peu de satisfaction. L’anhédonie désigne cette diminution de la capacité à éprouver ou à anticiper le plaisir.

    Elle peut concerner l’envie de commencer une activité, le plaisir ressenti pendant celle-ci, la motivation nécessaire pour la poursuivre ou les bénéfices attendus d’une relation. Ces dimensions ne s’éteignent pas toujours ensemble.

    Le plaisir peut devenir inaccessible.

    Ce qui disparaît ne se résume pas à la bonne humeur

    A diverse group seated in a movie theater, watching seriously.
    Photo de Tima Miroshnichenko sur Pexels.

    Pour rappel, l’anhédonie est un symptôme, pas un diagnostic autonome. Elle s’inscrit souvent dans une dépression, y compris pendant la phase dépressive d’un trouble bipolaire. Une personne peut être triste, ralentie et pessimiste sans présenter une anhédonie marquée. À l’inverse, elle peut décrire un grand vide affectif alors que sa tristesse reste discrète.

    La distinction avec l’ennui repose sur l’étendue et la durée du changement. Se désintéresser d’un groupe de musique, d’un loisir ou d’une série après plusieurs années relève souvent de l’évolution normale des goûts. L’anhédonie devient plus préoccupante lorsque plusieurs domaines sont touchés : loisirs, nourriture, sexualité, conversations, projets et contacts sociaux.

    Surtout, le contraste avec le fonctionnement habituel compte. Une activité qui apportait spontanément du réconfort devient une corvée. La personne sait parfois qu’elle devrait apprécier ce moment, mais cette connaissance ne produit pas l’émotion attendue. Le décalage entre « je devrais être content » et « je ne ressens rien » nourrit souvent la culpabilité.

    Le plaisir a plusieurs interrupteurs

    Back view of faceless female in casual clothes holding hangers with various garments while choosing outfit
    Photo de Liza Summer sur Pexels.

    Anticiper, ressentir, recommencer

    Les travaux sur le traitement de la récompense distinguent plusieurs moments : l’envie avant l’activité, l’effort accepté pour l’atteindre, le plaisir ressenti pendant ou après, puis l’envie de recommencer. L’anhédonie peut toucher un seul de ces moments ou plusieurs.

    Une personne peut donc dire « je n’ai envie de rien » sans que toutes les formes de plaisir aient disparu. Elle peut encore apprécier un repas une fois commencé, mais ne plus parvenir à le désirer. Elle peut aussi avoir envie de voir un proche, puis ne rien ressentir pendant la rencontre. La différence entre plaisir anticipé et plaisir ressenti donne des indications plus précises qu’une question générale sur le bonheur.

    Une étude transdiagnostique publiée en 2025 dans Cognitive, Affective & Behavioral Neuroscience a examiné 227 personnes âgées de 18 à 65 ans : 44 avec une schizophrénie, 47 avec un trouble bipolaire56 avec un trouble dépressif majeur et 80 témoins. Les participants ont réalisé une tâche d’incitation monétaire pendant une IRM fonctionnelle. Dans cet échantillon, l’anhédonie était associée à une activation striatale plus faible pendant l’anticipation d’une récompense chez les personnes dépressives, mais pas chez celles présentant un trouble bipolaire ou une schizophrénie.

    Ce résultat ne signifie pas que les personnes bipolaires seraient épargnées ni qu’une zone cérébrale permettrait de confirmer un diagnostic. Il indique que le lien entre anhédonie et circuits de la récompense varie selon les troubles et peut dépendre de l’état de l’humeur. L’étude a été acceptée le 19 décembre 2024 et ses résultats restent ceux d’une association, pas la preuve d’une causalité.

    Une IRM ne suffit pas à mesurer l’anhédonie. L’évaluation repose sur l’entretien clinique, l’histoire des épisodes, le sommeil, l’énergie, la motivation et les variations de l’humeur.

    Le social peut se fermer avant le reste

    L’anhédonie sociale correspond à une diminution du plaisir tiré des interactions. Elle ne signifie pas forcément que la personne n’aime plus ses proches. Elle peut ne plus ressentir la chaleur d’une conversation, éviter les invitations parce qu’elles semblent coûteuses ou ne pas éprouver de soulagement après avoir parlé.

    Un article publié en 2026 dans BMC Psychiatry a porté sur 201 personnes ayant un trouble bipolaire de type I et un épisode dépressif en cours. Les chercheurs ont mesuré les traumatismes de l’enfance, les symptômes dépressifs, l’anhédonie sociale et l’anhédonie physique. Leur analyse a trouvé un effet indirect de l’anhédonie sociale dans l’association entre les traumatismes de l’enfance et la sévérité dépressive, particulièrement pour les maltraitances émotionnelles.

    Cette étude était transversale. Elle ne permet donc pas d’affirmer qu’une maltraitance émotionnelle provoque une anhédonie sociale ni que celle-ci entraîne à elle seule une dépression. Elle désigne une piste à examiner chez certaines personnes bipolaires pendant un épisode dépressif.

    Pourquoi l’anhédonie ne permet pas, seule, de distinguer bipolarité et dépression

    La dépression unipolaire et la dépression bipolaire partagent de nombreux symptômes. La fatigue, le retrait, les troubles du sommeil, le ralentissement et la perte de plaisir peuvent apparaître dans les deux situations. La différence diagnostique repose sur l’histoire complète des épisodes, notamment la présence passée d’une hypomanie ou d’une manie, et non sur un seul symptôme.

    Une étude publiée en 2021 dans BMC Psychiatry illustre cette difficulté. Elle a comparé 98 personnes présentant un trouble dépressif majeur et 66 personnes présentant un trouble bipolaire de type II, toutes sans traitement médicamenteux au moment de l’évaluation et âgées de 18 à 50 ans. Le groupe bipolaire obtenait des scores d’anhédonie plus élevés à la Snaith-Hamilton Pleasure Scale.

    La mesure distinguait les groupes avec une aire sous la courbe de 0,655. Avec un seuil de 26, la sensibilité atteignait 0,788 et la spécificité 0,520. Ces valeurs peuvent alimenter une réflexion clinique, mais elles ne transforment pas l’échelle en outil diagnostique autonome. Une spécificité de 0,520 signifie que de nombreuses personnes sans trouble bipolaire pourraient être mal classées si l’outil était utilisé seul.

    Un article de synthèse consacré à l’anhédonie dans la dépression et le trouble bipolaire décrit aussi des mécanismes qui ne sont pas nécessairement identiques. Dans la dépression unipolaire, les travaux d’imagerie convergent davantage vers une faible activation liée à l’anticipation d’une récompense dans le striatum ventral. Pour le trouble bipolaire, les résultats varient selon l’état de l’humeur et les caractéristiques du trouble.

    Repérer un épisode sans transformer chaque baisse d’envie en symptôme

    A person in a coat writes in a notebook in a warm, indoor environment, focused on creativity and thought.
    Photo de cottonbro studio sur Pexels.

    À ce stade, une observation structurée vaut mieux qu’une étiquette posée dans l’urgence. Plusieurs éléments peuvent être notés en même temps :

    • les activités qui procuraient habituellement du plaisir et celles qui en procurent encore un peu;
    • la différence entre l’envie avant l’activité et le plaisir ressenti pendant celle-ci;
    • la fréquence du retrait social, la difficulté à répondre et l’impression que les échanges coûtent trop cher;
    • les changements de sommeil, d’énergie, d’appétit, de rythme et de concentration;
    • la présence d’idées de culpabilité, de désespoir ou de mort.

    Un journal simple peut suffire : activité prévue, envie de 0 à 10, plaisir après l’activité de 0 à 10, sommeil de la nuit précédente et niveau d’énergie. Le but n’est pas de se surveiller comme une machine. Ces repères donnent au psychiatre ou au médecin des éléments concrets, surtout lorsque la mémoire des épisodes devient imprécise.

    Quand le plaisir s’éteint, quelles premières mesures prendre?

    Asian woman in office clothes making a phone call while gazing outside a large window.
    Photo de Thirdman sur Pexels.

    La première étape consiste à signaler le changement au professionnel qui suit le trouble bipolaire. Une anhédonie nouvelle, qui s’étend à plusieurs domaines ou s’accompagne d’une forte baisse d’énergie, peut correspondre à une évolution de l’épisode dépressif. Elle peut aussi apparaître avec d’autres facteurs : manque de sommeil, effets indésirables, consommation d’alcool ou modification d’un traitement.

    Il ne faut pas arrêter ou modifier seul un médicament pour retrouver des sensations. Dans le trouble bipolaire, les ajustements thérapeutiques dépendent de l’ensemble du cycle de l’humeur, des antécédents de manie ou d’hypomanie et des traitements déjà utilisés.

    En attendant le rendez-vous, une action courte et prévisible permet d’observer le niveau d’effort et la capacité à ressentir quelque chose, même de faible intensité. Une douche, dix minutes dehors, un repas simple ou un appel programmé peuvent constituer des points de départ. Le but n’est pas de fabriquer de la joie à coups de volonté, mais de conserver quelques repères liés au corps, au rythme quotidien et aux autres.

    Le retrait complet peut donner l’impression de protéger, mais il prive aussi la personne des occasions de recevoir un soutien. Les réseaux de soutien social ne remplacent pas un traitement. Ils peuvent aider un proche à repérer une aggravation, accompagner un rendez-vous ou prendre le relais pour une tâche concrète.

    Décrire le vide avec des exemples précis

    Au lieu de dire seulement « je vais mal », notez ce qui a changé : ne plus anticiper un repas, ne rien ressentir après une visite, abandonner une activité appréciée ou devoir se forcer pour répondre à un message. Ces exemples aident à distinguer l’anhédonie, la fatigue, l’ennui et le retrait lié à l’anxiété.

    Une perte de plaisir accompagnée d’idées suicidaires, d’un sentiment de danger immédiat ou de l’impossibilité de rester en sécurité demande une aide urgente auprès des services d’urgence.

    L’absence de plaisir mérite d’être décrite, jamais reprochée.

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    53. When Joy Goes Missing: Understanding Anhedonia in Bipolar Podcast.
    54. When Joy Goes Missing: Understanding Anhedonia in Bipolar Disorder – Inside Bipolar | iHeart.
    55. Inside Bipolar: When Joy Goes Missing: Understanding Anhedonia in Bipolar Disorder.
    56. When Joy Goes Missing: Understanding Anhedonia in Bipolar Disorder – Inside Bipolar – Podcast on iVoox.
    Table des matières afficher
    1 Ce qui disparaît ne se résume pas à la bonne humeur
    2 Le plaisir a plusieurs interrupteurs
    3 Pourquoi l’anhédonie ne permet pas, seule, de distinguer bipolarité et dépression
    4 Repérer un épisode sans transformer chaque baisse d’envie en symptôme
    5 Quand le plaisir s’éteint, quelles premières mesures prendre?

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    bien-être émotionnel bipolarité dépression santé mentale symptômes
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    Marine
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    Une passionnée de psychologie qui observe les comportements humains au quotidien et s’efforce d’apporter plus de positivité dans la vie des autres grâce à la psychologie.

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