La plupart des troubles psychiques apparaissent avant l’âge de 25 ans. Les problèmes de santé mentale chez les enfants et les adolescents ont augmenté depuis environ deux décennies, puis la pandémie de Covid-19 a aggravé cette tendance.
Cette hausse n’a pas une cause unique.
La pandémie a ajouté des stress à des vulnérabilités antérieures.
Une réponse utile combine prévention, traitements fondés sur des preuves et soutien autour du jeune.
La culpabilité ne soigne personne.
Une crise réelle, des courbes inégales

Une revue narrative parue en 2024 dans Frontiers in Psychiatry décrit une hausse des problèmes de santé mentale chez les adolescents et les jeunes adultes sur les deux dernières décennies. Elle indique que cette progression ne s’explique pas seulement par une meilleure sensibilisation ou par un dépistage plus fréquent. Ces deux facteurs peuvent améliorer le repérage sans suffire à expliquer l’évolution observée.
Une autre revue narrative, publiée le 24 octobre 2024 dans The Primary Care Companion for CNS Disordersmentionne le repère d’un enfant sur cinq concerné par un trouble de santé mentale. Ce chiffre donne une mesure de l’ampleur du problème, pas une explication des parcours individuels.
Les publications convergent sur une augmentation des difficultés psychiques, mais elles ne justifient pas une cause unique ni une réponse identique pour tous. L’âge, le contexte familial, les conditions sociales et l’accès aux soins modifient la manière dont une souffrance apparaît et se prolonge.
Le Covid n’a pas créé le problème

Une revue publiée en juillet 2025 dans Neurobiology of Stress décrit une aggravation des problèmes de santé mentale chez les enfants et les adolescents pendant la pandémie, alors que la tendance à la hausse précédait déjà la crise sanitaire.
Les auteurs présentent le stress et les traumatismes comme des prédicteurs importants des problèmes psychiques chez les jeunes. Ils soulignent aussi que la plupart des enfants et des adolescents exposés à ces expériences ne développent pas nécessairement un trouble. La vulnérabilité dépend notamment de la période du développement, de la répétition et de l’intensité des événements, ainsi que des ressources disponibles autour du jeune.
Les expériences de la pandémie ont été hétérogènes. Les pertes d’emploi, l’anxiété liée à l’avenir, l’incertitude sanitaire et la réduction des contacts sociaux n’ont pas touché toutes les familles de la même manière. La simultanéité entre la pandémie et l’aggravation des symptômes ne permet donc pas d’attribuer chaque dépression, chaque anxiété ou chaque conduite d’automutilation à un facteur isolé.
Quand l’incertitude devient une charge mentale
Le 28 juillet 2023, Schweizer, Lawson et Blakemore ont publié dans Current Opinion in Psychology une revue consacrée au rôle de l’incertitude dans la crise de santé mentale des jeunes. Ils relient la hausse de la dépression et de l’anxiété à une incertitude accrue concernant les relations sociales, les études, l’emploi et la santé.
Les recherches cognitives et neuroscientifiques de développement examinées par les auteurs associent une faible tolérance de l’incertitude à un risque plus élevé de problèmes psychiques chez les adolescents. Il s’agit d’une hypothèse explicative étayée par plusieurs résultats de recherche, pas d’une étiquette à coller sur chaque jeune anxieux.
Au quotidien, on peut traduire cette idée en trois questions : qu’est-ce qui est déjà connu, qu’est-ce qui échappe au contrôle et quelle est la prochaine action possible? La méthode ne supprime pas l’incertitude. Elle évite qu’elle transforme chaque choix d’orientation, silence dans une conversation ou difficulté scolaire en problème impossible à découper.
Les pressions ne s’additionnent pas gentiment

Les travaux consacrés à la crise citent les tensions familiales, la pression scolaire, les inquiétudes liées au changement climatique, l’isolement social, les réseaux sociaux et les inégalités économiques. Ces facteurs peuvent se renforcer lorsqu’un jeune manque de soutien ou ne sait pas vers quel adulte se tourner.
La revue publiée en octobre 2024 mentionne aussi les biais raciaux qui touchent certains élèves, les inégalités de revenus, l’augmentation du temps d’écran et des tendances à la hausse des décès par overdose, particulièrement chez les adolescents. Elle rapporte également une association entre la consommation de cannabis et des conséquences défavorables. Une association ne suffit pas à établir une cause unique pour chaque situation.
Cette accumulation explique pourquoi la prévention ne peut pas demander aux jeunes de gérer seuls leurs émotions. Elle doit aussi agir sur les conditions de vie, les relations, l’école, le sommeil, l’activité physique et l’accès aux traitements. La résilience ne consiste pas à nier la difficulté pour afficher une attitude positive.
Agir tôt, sans jouer au détective

À la maison, partir des faits observables
Les signes à prendre au sérieux incluent une humeur dépressive, une anxiété inhabituelle, l’automutilation ou des propos suicidaires. Un parent n’a pas besoin de poser un diagnostic pour ouvrir une conversation.
- Décrire ce qui a été observé, sans étiquette : « Je remarque que tu sembles très anxieux et que tu ne fais plus certaines activités. »
- Poser une question ouverte, puis laisser un silence : « Qu’est-ce qui te pèse le plus en ce moment? »
- Demander ce qui aiderait maintenant, sans promettre de régler toute la situation en une soirée.
- Proposer un rendez-vous avec un professionnel si la souffrance persiste, si le quotidien se dégrade ou si le jeune le demande.
Cette manière de faire évite le faux choix entre minimiser et dramatiser. Un jeune peut avoir besoin d’aide avant d’accepter un diagnostic ou le vocabulaire qui l’accompagne.
À l’école, réduire le délai
La revue publiée en octobre 2024 recommande des interventions en milieu scolaire, une identification plus précoce des troubles du développement et un renforcement de la prévention du suicide. Elle cite aussi des actions portant sur le sommeil, l’activité physique, la nutrition et l’usage des réseaux sociaux.
L’école ne remplace pas le soin. Elle peut toutefois organiser un relais entre un adulte référent, la famille et les professionnels de santé, avec une procédure claire lorsque l’humeur, le comportement ou les résultats changent nettement.
Dans les soins, rendre l’aide accessible
L’accès à des traitements fondés sur des preuves fait partie des mesures proposées par les revues de 2024. Une orientation précoce devient inutile si la famille ne sait pas où s’adresser ou si le suivi s’interrompt dès la première difficulté administrative.
Le parcours doit être ajusté à l’âge, aux symptômes, aux ressources et à la réponse au traitement. À 13 ans, à 17 ans ou à 23 ans, le jeune n’a pas le même degré d’autonomie et ne rencontre pas les mêmes interlocuteurs. La coordination entre famille, école et professionnels évite que chacun ne détienne qu’un fragment de la situation.
La résilience n’est pas un sourire obligatoire

La revue publiée en juillet 2025 rappelle que la plupart des jeunes restent en bonne santé psychique malgré une exposition au stress ou au traumatisme. Cette observation ne justifie pas l’inaction. Elle invite à étudier les facteurs qui permettent de récupérer, de demander du soutien et de retrouver une marge de choix.
Un adulte fiable, des relations avec les pairs, un cadre scolaire sécurisant et un accès simple aux soins peuvent offrir des appuis concrets. La psychologie positive gagne à les regarder en même temps que les compétences individuelles. Le soutien ne fait pas disparaître l’épreuve; il réduit la probabilité qu’un jeune la porte seul.
La santé mentale des jeunes se joue dans la relation quotidienne, l’école, les soins et les décisions publiques. Chercher un coupable unique rassure parfois les adultes. Organiser une réponse coordonnée aide davantage les jeunes.
La prévention commence avant le diagnostic.
Sources et références scientifiques
- The youth mental health crisis: analysis and solutions – PMC. Frontiers in psychiatry. DOI: 10.3389/fpsyt.2024.1517533 · PMID: 39906686.
- 1. Rutter M, Smith DJ. Psychosocial disorders in young people: time trends and their causes. Chichester, West Sussex: John Wiley & Sons Ltd; (1995). [Google Scholar].
- 2. GBD 2019 Adolescent Mortality Collaborators. Global, regional, and national mortality among young people aged 10-24 years, 1950-2019: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2019. Lancet. (2021) 398:1593-618. doi: 10.1016/S0140-6736(21)01546-4 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/S0140-6736(21)01546-4.
- 3. Canuto A, Weber K, Baertschi M, Andreas S, Volkert J, Dehoust MC, et al. Anxiety disorders in old age: psychiatric comorbidities, quality of life, and prevalence according to age, gender, and country. Am J Geriatric Psychiatry. (2018) 26:174-85. doi: 10.1016/j.jagp.2017.08.015 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.jagp.2017.08.015.
- 4. Gautam M, Tripathi A, Deshmukh D, Gaur M. Cognitive behavioral therapy for depression. Indian J Psychiatry. (2020) 62:S223-S9. doi: 10.4103/psychiatry.IndianJPsychiatry_772_19 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.4103/psychiatry.IndianJPsychiatry_772_19.
- 5. Kim Y, Hagquist C. Trends in adolescent mental health during economic upturns and downturns: a multilevel analysis of Swedish data 1988-2008. J Epidemiol Community Health. (2018) 72:101-8. doi: 10.1136/jech-2017-209784 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1136/jech-2017-209784.
- 6. Coley RL, O’Brien M, Spielvogel B. Secular trends in adolescent depressive symptoms: growing disparities between advantaged and disadvantaged schools. J Youth Adolesc. (2019) 48:2087-98. doi: 10.1007/s10964-019-01084-1 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/s10964-019-01084-1.
- 7. Hafstad GS, Sætren SS, Wentzel-Larsen T, Augusti E-M. Adolescents’ symptoms of anxiety and depression before and during the Covid-19 outbreak – a prospective population-based study of teenagers in Norway. Lancet Regional Health Europe. (2021) 5:100093. doi: 10.1016/j.lanepe.2021.100093 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.lanepe.2021.100093.
- 8. Martin J, Hadwin JA. The roles of sex and gender in child and adolescent mental health. JCPP Adv. (2022) 2:e12059. doi: 10.1002/jcv2.12059 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1002/jcv2.12059.
- 9. Shim R, Szilagyi M, Perrin JM. Epidemic rates of child and adolescent mental health disorders require an urgent response. Pediatrics. (2022) 149:e2022056611. doi: 10.1542/peds.2022-056611 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1542/peds.2022-056611.
- 10. Worthman CM, Trang K. Dynamics of body time, social time and life history at adolescence. Nature. (2018) 554:451-7. doi: 10.1038/nature25750 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1038/nature25750.
- 11. Caspi A, Houts RM, Ambler A, Danese A, Elliott ML, Hariri A, et al. Longitudinal assessment of mental health disorders and comorbidities across 4 decades among participants in the Dunedin birth cohort study. JAMA Network Open. (2020) 3:e203221. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2020.3221 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1001/jamanetworkopen.2020.3221.
- 12. Productivity Commission. Mental health, Report no. 95. Canberra: Productivity Commission; (2020). [Google Scholar].
- Youth mental health crisis: A translational view of the COVID-19 pandemic – PMC. Neurobiology of stress. DOI: 10.1016/j.ynstr.2025.100738 · PMID: 40607173.
- Ahrens K.F., Neumann R.J., von Werthern N.M., et al. Association of polygenic risk scores and hair cortisol with mental health trajectories during COVID lockdown. Transl. Psychiatry. 2022;12:396. doi: 10.1038/s41398-022-02165-9. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1038/s41398-022-02165-9.
- Akingbuwa W.A., Hammerschlag A.R., Bartels M., Middeldorp C.M. Systematic review: molecular studies of common genetic variation in child and adolescent psychiatric disorders. J. Am. Acad. Child Adolesc. Psychiatr. 2022;61:227-242. doi: 10.1016/j.jaac.2021.03.020. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.jaac.2021.03.020.
- Alho J., Gutvilig M., Niemi R., et al. Transmission of mental disorders in adolescent peer networks. JAMA Psychiatr. 2024;81:882-888. doi: 10.1001/jamapsychiatry.2024.1126. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1001/jamapsychiatry.2024.1126.
- Aristizabal M.J., Anreiter I., Halldorsdottir T., et al. Biological embedding of experience: a primer on epigenetics. Proc. Natl. Acad. Sci. USA. 2019 doi: 10.1073/pnas.1820838116. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1073/pnas.1820838116.
- Auerbach R.P., Mortier P., Bruffaerts R., et al. WHO world mental health surveys international college student project: prevalence and distribution of mental disorders. J. Abnorm. Psychol. 2018;127:623. doi: 10.1037/abn0000362. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1037/abn0000362.
- Barbieri V.P.G., Mahlknecht A., et al. Adolescent Mental Health during the COVID-19 Pandemic: The Interplay of Age, Gender, and Mental Health Outcomes in Two Consecutive Cross-Sectional Surveys in Northern Italy. 2023;13 doi: 10.3390/bs13080643. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.3390/bs13080643.
- Bellis M.A., Hughes K., Ford K., Rodriguez G.R., Sethi D., Passmore J. Life course health consequences and associated annual costs of adverse childhood experiences across Europe and North America: a systematic review and meta-analysis. Lancet Public Health. 2019;4:e517-e528. doi: 10.1016/S2468-2667(19)30145-8. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/S2468-2667(19)30145-8.
- Belsky J. The differential susceptibility hypothesis: sensitivity to the environment for better and for worse. JAMA Pediatr. 2016;170:321-322. doi: 10.1001/jamapediatrics.2015.4263. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1001/jamapediatrics.2015.4263.
- Belsky J., Pluess M. Beyond diathesis stress: differential susceptibility to environmental influences. Psychol. Bull. 2009;135:885-908. doi: 10.1037/a0017376. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1037/a0017376.
- Belsky J., Zhang X., Sayler K. Differential susceptibility 2.0: are the same children affected by different experiences and exposures? Dev. Psychopathol. 2021:1-9. doi: 10.1017/S0954579420002205. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1017/S0954579420002205.
- Bould H., Mars B., Moran P., Biddle L., Gunnell D. Rising suicide rates among adolescents in England and Wales. The Lancet. 2019;394:116-117. doi: 10.1016/S0140-6736(19)31102-X. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/S0140-6736(19)31102-X.
- Bruining H., Bartels M., Polderman T.J.C., Popma A. COVID-19 and child and adolescent psychiatry: an unexpected blessing for part of our population? Eur Child Adolesc Psychiatry. 2020 doi: 10.1007/s00787-020-01578-5. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/s00787-020-01578-5.
- Schweizer S, Lawson RP, Blakemore SJ.. Uncertainty as a driver of the youth mental health crisis.. Current opinion in psychology. 2023. DOI: 10.1016/j.copsyc.2023.101657 · PMID: 37517166. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Gupta M, Ladegard K, Gupta N, Khurana P, Krasner A.. Antecedents and Trajectories of the Child and Adolescent Mental Health Crisis: Assimilating Empirically Guided Pathways for Stakeholders.. The primary care companion for CNS disorders. 2024. DOI: 10.4088/pcc.24nr03747 · PMID: 39480159. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Podcast: Governor John Kasich on Youth Mental Health Crisis.
- Governor John Kasich on Youth Mental Health Crisis – PodcastHealth.
- Governor John Kasich on Youth Mental Health Crisis – Inside Mental Health | iHeart.
- marcuscouch. Future Of Mental Health #59: A Conversation with Governor John Kasich. 2022.
