Une voix entendue dans la schizophrénie peut s’imposer comme une présence concrète, sans être accessible aux autres.
Les publications de juillet et août 2025 examinent une thérapie immersive en réalité virtuelle et une stimulation theta burst.
Pour les comprendre, il faut distinguer le vécu décrit, le protocole testé et les résultats mesurés.
La prudence reste de mise.
Quand la voix brouille la frontière du soi
En réalité, le mot « hallucination » ne suffit pas à décrire ce que vit une personne. La définition classique évoque une expérience proche de la perception, alors que la voix peut être vécue comme un dialogue, une présence ou une expérience située dans l’espace. La réduire à une simple imagination déforme donc le phénomène.
Une étude de Löfs et Rasmussen, publiée le 4 novembre 2025 dans Psychopathologya examiné cette expérience chez 20 personnes présentant une psychose du spectre de la schizophrénie et des hallucinations. Les chercheurs ont mené des entretiens semi-structurés centrés sur le vécu, complétés par une évaluation psychopathologique plus large.
La plupart des participants décrivaient leurs hallucinations comme distinctes d’une perception ordinaire, avec une modification de la structure habituelle de l’expérience sensorielle. L’étude portait sur les hallucinations auditives verbales et les hallucinations visuelles persistantes. Les deux phénomènes étaient liés aux troubles du soi et à d’autres expériences subjectives pathologiques. Les hallucinations auditives comportaient aussi des modifications de la perception de l’espace et étaient vécues comme privées, c’est-à-dire inaccessibles aux autres.
L’échantillon ne permet pas de décrire toutes les hallucinations ni toutes les personnes concernées. Il rappelle toutefois une règle clinique précise : une voix ne se comprend pas correctement si on l’extrait du contexte psychique dans lequel elle apparaît.
Une hypothèse sur le sentiment d’être soi
Une revue publiée dans PCN Reports en juin 2023 a revisité le modèle théorique de la schizophrénie proposé par Hiroshi Yasunaga. Sa « Phantom Space Theory » décrit une perturbation du rapport entre le soi et l’altérité. Elle propose un espace expérientiel composé de deux systèmes, dont le déséquilibre pourrait contribuer aux troubles du soi, aux hallucinations auditives et à d’autres symptômes.
Ce cadre ne constitue ni un essai thérapeutique ni une démonstration causale. La publication le présente comme une lecture non stigmatisante, qui n’attribue pas la psychose à une cause personnelle ou existentielle. Son intérêt est de chercher des mots plus précis pour décrire une expérience difficile à transmettre.
Deux essais, deux façons d’agir sur les voix

Les études publiées en 2025 ne testent pas la même intervention. L’une travaille la relation avec la voix dans un environnement virtuel. L’autre stimule les régions temporo-pariétales par une forme de stimulation magnétique transcrânienne répétitive. Les deux protocoles concernent des adultes confrontés à des hallucinations persistantes malgré une réponse insuffisante aux prises en charge habituelles.
La réalité virtuelle met la voix en face
Dans l’essai Challenge, publié le 3 juillet 2025 dans The Lancet PsychiatrySmith et ses collègues ont recruté des patients dans des services psychiatriques ambulatoires de trois régions danoises. Les participants devaient avoir au moins 18 ans, entendre des voix depuis trois mois ou davantage et présenter une réponse insuffisante au traitement antipsychotique. L’étude excluait notamment les personnes incapables d’identifier une voix dominante, celles présentant une dépendance actuelle à une substance ou un trouble cérébral organique.
Les participants ont été répartis au hasard entre une thérapie immersive de réalité virtuelle et une prise en charge habituelle renforcée. Les deux interventions étaient programmées avec une fréquence et une durée comparables. Les évaluateurs ne connaissaient pas la répartition des participants.
Le protocole comprenait sept séances hebdomadaires de Challenge-VRT, puis deux séances de rappel. La thérapie avait été élaborée avec des personnes ayant vécu des hallucinations auditives. Le critère principal était la sévérité des hallucinations auditives à douze semaines, mesurée avec le score PSYRATS-AH. Les critères secondaires portaient notamment sur la fréquence, la détresse, le rapport de pouvoir avec la voix, l’acceptation, l’action et la performance personnelle et sociale.
Le theta burst cible les régions temporo-pariétales
Le second essai, publié le 4 août 2025 dans The Lancet Psychiatry par Plewnia et ses collègues, a été mené dans sept hôpitaux psychiatriques universitaires allemands. Cet essai de phase 3, multicentrique, randomisé, contrôlé par stimulation factice et conduit en triple aveugle évaluait une stimulation theta burst continue et bilatérale.
Les 138 participants avaient entre 18 et 65 ans. Ils entendaient des voix au moins une fois par semaine depuis trois mois ou davantage et obtenaient un score d’au moins 3 sur l’item P3 de l’échelle PANSS, consacré aux comportements hallucinatoires. Ils ont reçu quinze séances sur trois semaines : une stimulation active ou factice, appliquée successivement à gauche puis à droite sur les régions temporo-pariétales, avec 600 impulsions de chaque côté.
Le critère principal était l’évolution du score PSYRATS-AH entre le début de l’étude et la fin des trois semaines de traitement. Les chercheurs avaient prévu des évaluations à un, trois et six mois afin d’examiner la persistance des effets. Le protocole précise aussi qu’aucune personne ayant une expérience vécue n’a participé à l’étude.
Comparer sans faire parler les chiffres

Surtout, aucun de ces essais ne compare directement la réalité virtuelle à la stimulation theta burst. Les interventions, les groupes témoins, la durée des séances et le moment de l’évaluation ne sont pas identiques. On ne peut donc pas classer les deux techniques à partir de leurs seuls protocoles.
La comparaison des critères apporte une autre distinction. Challenge mesure la sévérité à douze semaines et prévoit plusieurs dimensions du vécu parmi ses critères secondaires. L’essai allemand mesure l’évolution du score à la fin d’un programme de trois semaines, puis prévoit un suivi à moyen terme. Même lorsque deux études utilisent la même échelle, le calendrier de mesure modifie ce que le chiffre permet d’interpréter.
Une baisse de la fréquence, une diminution de la détresse, une relation différente avec la voix et une reprise des activités ne désignent pas la même amélioration. Une évaluation sérieuse doit demander ce qui a changé dans la journée, dans le sommeil, dans les relations, dans la capacité à choisir et dans le sentiment de contrôle.
Répondre à une voix sans humilier la personne
Le vécu varie d’une personne à l’autre. Une hallucination peut être terrifiante, épuisante ou vécue comme neutre à certains moments. Le proche n’a pas besoin de trancher la question de son existence extérieure pour être utile. Il peut reconnaître l’expérience sans confirmer que la voix vient réellement de l’extérieur.
Une phrase comme « Je ne perçois pas cette voix, mais je comprends qu’elle soit présente pour toi » garde un repère commun sans nier le vécu. Dire « tout est dans ta tête » ferme souvent l’échange et ajoute une dimension de honte à la confusion.
- Décrire ce qui se passe. Demander quand les voix apparaissent, combien de temps elles durent, ce qui les rend plus fortes ou plus faibles et quelle détresse elles provoquent.
- Vérifier la sécurité. Demander directement si les voix donnent des ordres, si la personne craint de se faire du mal ou de blesser quelqu’un, ou si elle ne parvient plus à dormir et à s’alimenter. En cas de danger immédiat, contacter les urgences médicales.
- Réduire la pression du moment. Proposer un lieu moins stimulant, une présence connue et une activité simple. Il ne s’agit pas de traiter le trouble à domicile, mais de traverser une période de surcharge sans ajouter de confrontation.
- Transmettre des faits précis au professionnel. Noter la fréquence, la détresse, les changements de sommeil, les modifications de traitement et les événements inhabituels permet au psychiatre ou au médecin d’évaluer la situation avec davantage de précision.
Le progrès ne se mesure pas au silence absolu

La psychologie positive ne consiste pas à demander une pensée optimiste face à une expérience douloureuse. Dans ce contexte, elle peut s’intéresser à la marge de manœuvre retrouvée : choisir de répondre ou non, identifier les moments de vulnérabilité, préserver une relation fiable et reprendre une activité qui compte pour soi.
Cette approche reste compatible avec une évaluation médicale rigoureuse. Les essais de 2025 examinent des interventions ciblées, des critères mesurables et des conditions précises de traitement. Ils ne permettent pas de transformer une technique en solution générale ni de réduire le vécu à un seul score.
Le score ne résume pas le vécu.
Sources et références scientifiques
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- Plewnia C, Brendel B, Schwippel T, Becker-Sadzio J, Hajiyev I, Pross B, Strube W, Hasan A, Campana M, Padberg F, Mayer P, Kujovic M, Lorenz S, Schönfeldt-Lecuona C, Otte ML, Wolf RC, Höppner-Buchmann. Theta burst stimulation of temporo-parietal cortex regions for the treatment of persistent auditory hallucinations: a multicentre, randomised, sham-controlled, triple-blind phase 3 trial in Germany.. The lancet. Psychiatry. 2025. DOI: 10.1016/s2215-0366(25)00202-0 · PMID: 40774272. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
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- Podcast: Schizophrenia Hallucinations, Explained by Those Who Live It.
- Schizophrenia Hallucinations, Explained by Those Who Live It – Inside Mental Health | iHeart.
