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    Accueil » Regretter ses hallucinations auditives : quand aller mieux ressemble à un deuil
    A woman discusses personal issues in a therapy session with a professional counselor.
    Photo de World Sikh Organization of Canada sur Pexels.
    Troubles mentaux

    Regretter ses hallucinations auditives : quand aller mieux ressemble à un deuil

    MarinePar Marine12 août 2026Mise à jour:12 août 2026Aucun commentaire12 Minutes de Lecture

    Quand un traitement antipsychotique réduit une voix, l’entourage entend souvent une bonne nouvelle. Pour la personne concernée, le silence peut aussi ressembler à une rupture.

    Kit Wallis, créatrice de contenu sur les troubles schizo-affectifs et bipolaires, a été diagnostiquée d’un trouble schizo-affectif de type bipolaire à la fin de l’année 2020. Elle décrit des symptômes présents depuis le collège. Certaines voix, dont Orion, lui tenaient compagnie, l’aidaient à étudier et l’encourageaient avant les examens. Après un épisode psychotique qui a nécessité un traitement antipsychotique, ces voix ont diminué. Le mieux-être a alors pris la forme d’une perte.

    Une voix peut menacer, terroriser ou désorganiser la vie quotidienne.
    Elle peut aussi procurer une présence, une structure ou un encouragement vécus comme positifs.
    Le traitement doit tenir ensemble ces deux réalités, sans confondre réconfort ressenti et absence de danger.

    Aller mieux peut faire mal.

    Le silence n’est pas toujours une fête

    A person sitting alone in a corner, evoking themes of solitude and emotion.
    Photo de Pixabay sur Pexels.

    En apparence, la disparition d’hallucinations auditives règle le problème. En réalité, elle peut retirer une relation intérieure devenue familière, une voix qui commentait les journées ou une présence qui atténuait la solitude. Le soulagement et le manque peuvent donc coexister, parfois dans la même heure.

    L’expérience de Kit Wallis interdit un raccourci. Elle ne décrit pas toutes ses voix comme hostiles. La situation est devenue plus préoccupante lorsqu’un épisode psychotique a modifié son rapport à la réalité et a rendu un traitement nécessaire. Le motif du soin ne se résume donc pas au caractère agréable ou désagréable d’une voix.

    Cette distinction compte. Une hallucination peut avoir un contenu rassurant sans devenir une source fiable d’information. Une voix peut encourager une personne à travailler, puis l’inciter à s’isoler, à se méfier d’un proche ou à suivre une consigne dangereuse. L’émotion associée à l’expérience ne suffit pas à en évaluer les conséquences.

    Le deuil porte sur une fonction, pas sur une preuve

    Regretter une voix ne signifie pas que cette voix était extérieure ou qu’il faudrait interrompre le traitement. Le regret peut porter sur ce qu’elle apportait : compagnie, stimulation, sentiment d’être compris, aide pour se concentrer, impression de ne jamais être seul. Le travail psychologique consiste alors à identifier la fonction perdue pour chercher d’autres moyens de la retrouver.

    Une personne peut avoir besoin de relations plus régulières, d’un rituel d’étuded’un dialogue intérieur moins dur ou d’un accompagnement qui donne une place à son histoire. Réduire les symptômes ne suffit pas toujours à reconstruire une journée habitable. Le vide laissé par les voix mérite d’être décrit, pas balayé d’un “vous allez mieux maintenant”.

    Le traitement se discute, il ne se devine pas

    Une diminution des voix peut laisser place à un deuil ou à un sentiment de perte. Toute modification d’un antipsychotique ou d’un autre traitement doit être discutée avec le professionnel qui suit la personne. Des voix menaçantes, des consignes de passage à l’acte, une forte privation de sommeil ou une perte du contact avec la réalité justifient une demande d’aide rapide.

    Le sommeil peut amplifier ce qui était déjà là

    A serene bedroom with a man sleeping, evoking a sense of tranquility and comfort.
    Photo de cottonbro studio sur Pexels.

    Pour rappel, le manque de sommeil n’explique pas à lui seul toutes les hallucinations. Il peut cependant modifier leur intensité ou la manière dont elles sont vécues. Une revue narrative intitulée Towards an Integrative Account of Potential Mechanisms Mediating the Path From Sleep Dysfunction to Hallucinationspubliée dans Schizophrenia Bulletin en 2025, examine ce lien à quatre niveaux : vécu subjectif, psychologie, réseaux neuronaux et neurophysiologie.

    La revue décrit une relation dans les deux sens, avec un lien plus marqué allant des troubles du sommeil vers les expériences hallucinatoires. Le stress apparaît comme un mécanisme plausible. Le manque de sommeil pourrait aussi affecter la surveillance de la source, la résistance mentale et certaines capacités de raisonnement. Le parcours causal complet doit toutefois encore être testé, notamment dans des populations cliniques.

    Les études de manipulation du sommeil menées chez des participants non cliniques soutiennent ce lien. Elles ne transforment pas une insomnie en diagnostic de psychose. Elles indiquent plutôt qu’un sommeil perturbé peut rendre une expérience déjà présente plus envahissante.

    Un relevé simple peut aider à préparer un rendez-vous : heure de coucher, réveils nocturnes, niveau de fatigue, intensité des voix, contenu menaçant ou rassurant, capacité à les mettre à distance. Ce relevé ne remplace pas une évaluation clinique. Il permet de repérer une séquence concrète, par exemple une aggravation après plusieurs nuits fragmentées, au lieu de s’en tenir à l’impression globale que “tout revient”.

    La pleine conscience ne demande pas d’aimer les voix

    Woman meditating in a cozy living room with natural decor, promoting relaxation.
    Photo de Vitaly Gariev sur Pexels.

    La pleine conscience peut aider à prendre de la distance avec les pensées et les perceptions. Face aux hallucinations auditives, cette distance doit rester prudente. Il ne s’agit ni de discuter avec la voix, ni de lui obéir, ni de faire disparaître l’expérience par la force.

    Un essai contrôlé randomisé publié le 11 février 2026 dans Journal of Psychiatric Research a étudié la Mindfulness-Based Auditory Hallucination Management. L’étude a réparti 80 personnes atteintes de schizophrénie en deux groupes de 40. Le groupe d’intervention a suivi des séances de deux heures, deux fois par semaine pendant huit semaines, tandis que le groupe témoin recevait les soins habituels.

    À la fin des huit semaines, le groupe MBAHM présentait une réduction des hallucinations auditives, de l’anxiété et de la dépression, ainsi qu’une amélioration de la qualité de vie par rapport au début de l’étude et au groupe témoin. L’essai évaluait les participants au début et à la fin de l’intervention. Il ne permet donc pas de savoir combien de temps ces effets se maintiennent.

    Une pratique prudente peut commencer par une observation limitée : “J’entends une voix et je remarque ce qu’elle provoque dans mon corps.” Revenir ensuite à un repère extérieur, comme la sensation des pieds au sol, la description de la pièce ou une conversation avec une personne de confiance, peut aider à distinguer l’expérience de l’action. Si cette attention augmente la peur, l’absorption ou l’intensité des voix, il faut interrompre l’exercice et en parler à un professionnel.

    Reconstruire ce que la voix apportait

    Close-up of hands writing in a notebook on an office desk with keyboard.
    Photo de cottonbro studio sur Pexels.

    Surtout, le manque ne doit pas rester une énigme. Une question précise ouvre souvent davantage de portes qu’un jugement global : qu’est-ce que cette voix faisait pour moi? La réponse peut concerner la solitude, la confiance, la motivation, la créativité, l’organisation ou le sentiment d’être accompagné.

    1. Nommer l’ambivalence. Dire “je suis soulagé et triste” décrit mieux la situation que choisir entre “c’était bien” et “c’était forcément mauvais”.
    2. Distinguer la fonction du symptôme. Le besoin de compagnie peut conduire vers un proche, un groupe de parole ou un suivi régulier. Le besoin d’encouragement peut être travaillé avec des phrases écrites, des messages vocaux ou un rituel avant une tâche difficile.
    3. Évaluer le contrôle et le risque. Il est utile de noter si les voix donnent des ordres, menacent, empêchent de dormir, imposent des conduites ou rendent les autres suspects. Ces éléments doivent être transmis au soignant, même si certaines voix sont aussi réconfortantes.
    4. Redéfinir les objectifs du soin. La question ne se limite pas à faire disparaître les voix. Elle concerne aussi le sommeil, la sécurité, la capacité à décider, les relations, les effets indésirables et la possibilité de mener une vie choisie.

    Cette précision donne au rendez-vous une matière plus concrète. Une personne n’a pas à choisir entre glorifier ses hallucinations et les décrire comme un mal uniforme. Elle peut parler de leur utilité ressentie, de leur coût, de la peur de les perdre et de la nécessité d’un traitement. Le professionnel dispose alors d’informations plus fines pour ajuster l’accompagnement.

    Une approche positive sans romantiser la psychose

    A therapy session with a black woman patient and a psychologist discussing mental health.
    Photo de Polina Tankilevitch sur Pexels.

    La psychologie positive ne consiste pas à repeindre chaque symptôme en expérience bénéfique. Elle cherche plutôt à repérer les ressources, les relations et les formes d’autonomie qui peuvent soutenir une personne, y compris lorsque son traitement réduit une expérience à laquelle elle était attachée.

    Cette nuance protège contre deux erreurs. La première consiste à nier le deuil : “les voix sont parties, donc tout va bien”. La seconde consiste à transformer une expérience subjective positive en argument contre les soins. Entre les deux, il existe un espace clinique et humain : écouter ce qui a été perdu, repérer ce qui mettait en danger, puis reconstruire des sources de présence et de sens qui ne dépendent pas d’une perception incontrôlable.

    Le soin doit entendre toute l’histoire.

    Sources et références scientifiques
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    29. Podcast: Why I Miss My Hallucinations with Kit Wallis aka SchizoKitzo.
    30. Why I Miss My Hallucinations w… – Inside Mental Health – Apple Podcasts.
    31. Why I Miss My Hallucinations with Kit Wallis aka SchizoKitzo – Inside Mental Health | iHeart.
    32. Why I Miss My Hallucinations with Kit Wallis aka SchizoKitzo – Inside Mental Health | Podcast on Spotify.
    Table des matières afficher
    1 Le silence n’est pas toujours une fête
    2 Le sommeil peut amplifier ce qui était déjà là
    3 La pleine conscience ne demande pas d’aimer les voix
    4 Reconstruire ce que la voix apportait
    5 Une approche positive sans romantiser la psychose

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