Un titre peut réduire un trouble mental à quelques mots, surtout lorsqu’un fait violent lui sert de décor. Le diagnostic apparaît alors avant la personne, le contexte et les soins.
Le récit médiatique peut déformer la perception des troubles mentaux.
Cette déformation agit sur la peur, le rejet et la demande d’aide.
Un traitement plus précis peut aussi ouvrir un espace de compréhension.
Le récit agit après l’écran.
Quand le fait divers avale le diagnostic

En apparence, un article cherche une explication rapide. Un acte violent survient, puis le traitement médiatique s’attarde sur un diagnostic supposé, un passé psychiatrique ou une hospitalisation. Le lecteur peut alors croire que le trouble explique à lui seul l’acte, alors que la présence d’un trouble ne démontre pas, en soi, une causalité.
Une revue publiée en 2006 dans CNS Drugs a examiné les représentations dominantes de la maladie mentale, des personnes concernées et des interventions de santé mentale. Elle décrit des images souvent dramatiques et déformées, centrées sur la dangerosité, la criminalité et l’imprévisibilité. Les médias étudiés pouvaient aussi mettre en scène la peur, le rejet, la moquerie ou le ridicule.
Le problème ne tient pas à la couverture d’un acte violent. Les faits doivent être rapportés. Il tient au raccourci qui transforme une information médicale en explication totale, puis une personne en menace générale. Ce raccourci efface les facteurs sociaux, l’histoire de l’événement, les circonstances précises et la diversité des troubles.
Le ton positif ne neutralise pas les clichés

Pour rappel, le problème ne se limite pas aux unes sensationnalistes. Une étude transversale publiée dans l’Indian Journal of Psychiatry en novembre-décembre 2021 a analysé 273 articles en ligne en anglais et en hindi, parus entre septembre 2019 et août 2020 dans des médias locaux et nationaux indiens.
Plus de la moitié des articles, 54,9 %, avaient un ton jugé positif. Pourtant, 30,8 % étaient considérés comme stigmatisants. L’analyse relevait aussi des termes génériques ou dépréciatifs dans 33,3 % des articles, ainsi que des photographies jugées stigmatisantes dans 36,9 % des cas. Ces chiffres décrivent un corpus précis, pas l’ensemble de la presse mondiale. Ils montrent qu’un article peut adopter un ton apparemment favorable tout en conservant des mots ou des images qui réduisent les personnes à leur trouble.
Les chercheurs ont aussi observé une différence entre les supports étudiés. Les articles en hindi obtenaient une meilleure qualité globale de traitement que les articles en anglais, tandis que les médias nationaux présentaient un ton moins négatif et moins stigmatisant que les médias locaux. L’étude reste descriptive et transversale : elle repère des associations dans un ensemble d’articles, sans démontrer que la couverture médiatique a causé, à elle seule, les attitudes du public.
Un mot comme « fou », une photographie d’archive montrant une personne agitée ou l’emploi automatique de « schizophrène » pour désigner une personne produisent un effet concret. Ils remplacent une situation par une étiquette. La précision grammaticale compte ici autant que le choix du sujet.
Le préjudice commence avant la consultation

En réalité, un récit stigmatisant ne s’arrête pas au moment où le lecteur ferme la page. La revue publiée par Stuart en 2006 associe les images négatives à une atteinte de l’estime de soi, à une moindre recherche d’aide, à des difficultés d’adhésion au traitement et à des obstacles sur le chemin du rétablissement. Ces effets ne signifient pas que chaque article produit la même conséquence chez chaque personne. Ils indiquent que la répétition des mêmes images peut peser sur les décisions et les relations.
Une personne décrite comme imprévisible peut redouter d’être reconnue par son voisin, son employeur ou un professionnel de santé. Un proche peut retarder une prise de contact avec un service par peur du jugement. Un patient peut hésiter à parler de ses symptômes si les médias ont associé son diagnostic à la violence ou à l’incapacité. La stigmatisation avance rarement avec une pancarte. Elle se glisse dans une question, une blague, un silence ou une précaution excessive.
La psychologie positive n’a pas besoin de repeindre cette réalité en rose. Elle invite plutôt à regarder ce qui soutient le rétablissement : une information juste, une relation qui ne réduit pas la personne à son diagnostic, un accès aux soins et la possibilité de raconter sa propre expérience. Les récits de maladie peuvent rendre visibles ces dimensions, à condition de ne pas transformer la souffrance en spectacle ou en récit de victoire obligatoire.
Journalistes et soignants ne voient pas le même écran

À ce stade, une question se pose : pourquoi les mêmes articles peuvent-ils sembler équilibrés à certains professionnels et nocifs à d’autres? Une enquête publiée dans The International Journal of Social Psychiatry a comparé les attitudes de journalistes et de professionnels de santé mentale en Russie et dans les pays germanophones, soit l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse.
Les participants comprenaient 106 journalistes germanophones, 78 journalistes russes, 109 professionnels de santé mentale germanophones et 82 professionnels russes. Les journalistes interrogés jugeaient les médias plus équilibrés que ne le faisaient les professionnels de santé mentale. Ces derniers se montraient aussi prudents vis-à-vis de leurs échanges avec les médias. Dans chaque groupe, seule une petite minorité avait déjà suivi une formation spécialisée, mais l’intérêt pour une formation future était présent.
Ces résultats ne donnent pas une mesure de tous les journalistes ni de tous les soignants. L’échantillon était non probabiliste et reposait sur une diffusion en ligne par réseaux professionnels. Ils font cependant apparaître un point pratique : journalistes et cliniciens ne disposent pas toujours des mêmes repères, du même vocabulaire ni de la même perception du risque. Ce constat invite à rapprocher les formations. Les professionnels peuvent apprendre à répondre clairement dans un délai court; les journalistes peuvent mieux distinguer diagnostic établi, hypothèse, témoignage et rumeur.
La même enquête relevait aussi des différences entre les répondants russes et germanophones sur la stigmatisation, la psychothérapie et la place de chacun dans le traitement médiatique de la santé mentale. La culture et les habitudes professionnelles comptent. Une règle de langage n’a donc pas exactement le même effet dans tous les contextes, même si la prudence sur les diagnostics et les images reste transposable.
Réparer la couverture sans maquiller le réel

Côté rédaction, remettre les faits dans le bon ordre
Surtout, un article peut parler de violence sans faire de la maladie mentale son explication automatique. Le journaliste peut commencer par ce qui est établi : les faits, les personnes concernées, la procédure judiciaire ou l’état des connaissances. Le diagnostic, lorsqu’il est confirmé et pertinent, vient ensuite avec son statut précis. Une hypothèse de proche, une information non vérifiée et une évaluation clinique ne sont pas interchangeables.
La rédaction gagne aussi à montrer la vie qui existe en dehors du symptôme. Un traitement, un emploi, une famille, une hospitalisation, une amélioration ou une rechute ont leur place lorsqu’ils éclairent le sujet. Cette approche ne nie ni la souffrance ni le risque. Elle évite de faire d’un épisode l’identité entière d’une personne.
Les formulations méritent une vérification séparée. Il vaut mieux écrire « une personne qui vit avec une schizophrénie » que « un schizophrène » lorsque le diagnostic est pertinent. Il faut éviter les photos de crise choisies uniquement parce qu’elles attirent l’œil, les métaphores de folie et les titres qui promettent une explication avant l’enquête. La revue de 2006 rappelle que les médias peuvent aussi contribuer à réduire les préjugés, à lancer un débat public et à diffuser des récits humains positifs.
Côté lecteur, ralentir avant de partager
Un lecteur n’a pas besoin de devenir psychiatre pour repérer un récit fragile. Il peut examiner la construction de l’article en quelques étapes :
- Vérifier si le diagnostic est établi, qui l’a posé et à quel moment.
- Distinguer les faits rapportés des interprétations et des suppositions.
- Observer si l’article relie automatiquement le trouble à la violence, à l’imprévisibilité ou à la culpabilité.
- Regarder si la personne apparaît autrement que par son dossier médical ou son acte présumé.
Autre valeur : la nuance. Elle ne rend pas un récit moins lisible. Elle indique simplement ce qui est vérifié, ce qui est discuté et ce qui ne peut pas être déduit d’un diagnostic. Dans une période de crise, cette discipline protège les personnes concernées sans empêcher le public de comprendre les faits.
Un média responsable ne gomme pas la violence. Il refuse d’en faire un diagnostic.
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- Podcast: Is Media Reporting on Mental Illness Fair? With Elizabeth Var.
- Is Media Reporting on Mental Illness Fair? With Elizabeth Vargas – PodcastHealth.
- Is Media Reporting on Mental Illness Fair? With Elizabeth Vargas Inside Mental Health | iHeart.
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