Dans les études occidentales, entre 15 et 25% des personnes mariées déclarent avoir déjà trompé leur partenaire, même dans des relations qu’elles décrivent comme « plutôt satisfaisantes ». Derrière ces chiffres, on retrouve régulièrement certains traits de personnalité et des mécanismes psychologiques qui augmentent le risque d’infidélité, sans pour autant permettre de « prédire » avec certitude qui trompera qui.
Ce que l’on sait des traits de personnalité infidèles
Les recherches récentes convergent sur un point : certains profils de personnalité rendent plus vulnérable à la tentation d’être infidèle, surtout lorsque la relation est déjà fragilisée. Il ne s’agit pas d’une fatalité, mais d’un terrain psychologique propice quand d’autres facteurs s’ajoutent (insatisfaction, opportunités, manque de régulation émotionnelle).
Narcissisme, égocentrisme et besoin d’admiration
Le narcissisme est l’un des traits les plus régulièrement associés à l’intention d’être infidèle. Les personnes fortement narcissiques ont tendance à se percevoir comme « exceptionnelles », à rechercher l’admiration et à se lasser plus vite des relations stables qui ne nourrissent plus suffisamment leur ego.
Une étude portant sur de jeunes adultes a montré que plus le niveau de narcissisme est élevé, plus l’intention déclarée d’être infidèle augmente, surtout lorsque la personne est peu satisfaite de sa relation. Des travaux plus récents menés auprès de couples ont retrouvé ce lien : des traits narcissiques grandioses ou vulnérables sont associés à des attitudes plus permissives envers l’infidélité et à un engagement plus faible dans la relation.
Concrètement, cela peut se manifester par un partenaire qui minimise la blessure qu’il inflige, se focalise sur ses propres besoins et rationalise ses écarts par des pensées du type : « J’y ai droit, avec tout ce que je supporte. » Ce n’est pas l’amour qui manque, mais la capacité à tenir compte à parts égales des besoins de l’autre.
Impulsivité, recherche de sensations et gestion des émotions
Une autre dimension souvent retrouvée chez les personnes infidèles est l’impulsivité et la recherche d’excitation. Dans les modèles de personnalité, une faible conscienciosité (difficulté à planifier, tendance à agir « sur le moment ») et un niveau élevé d’extraversion peuvent favoriser des comportements à risque dans le domaine amoureux.
Des travaux sur le « Dark Triad » (narcissisme, machiavélisme, psychopathie) montrent que ces traits sont liés à une stratégie relationnelle plus opportuniste, avec davantage de partenaires et une plus forte intention d’être infidèle. Ces profils supportent mal l’ennui, craignent la routine et privilégient la gratification immédiate, quitte à ignorer les conséquences à long terme sur la relation.
Sur le terrain, cela ressemble souvent à des flirts « qui vont trop loin » lors de soirées, de déplacements professionnels ou d’échanges sur les réseaux sociaux. La majorité des personnes infidèles ne planifient pas un « projet de double vie » ; elles cèdent plutôt à une impulsion dans un moment de fragilité, sur fond de régulation émotionnelle insuffisante.
Insécurité affective et styles d’attachement
La manière dont on s’attache affectivement joue aussi un rôle important dans la vulnérabilité à l’infidélité. Certaines études montrent que des styles d’attachement dits « insécures » (préoccupé, craintif, détaché) modèrent le lien entre traits narcissiques et intentions d’être infidèle.
Les personnes au style d’attachement anxieux peuvent avoir un besoin intense de validation externe, les conduisant à chercher de la confirmation de leur valeur auprès d’autres partenaires lorsque la relation principale ne les rassure plus. À l’inverse, les profils évitants se protègent de la proximité émotionnelle en maintenant une certaine distance, parfois via des relations parallèles qui leur permettent de ne jamais se sentir « coincés ».
Une recherche menée auprès de femmes hispaniques a montré que la baisse d’intimité émotionnelle et de satisfaction sexuelle est liée à l’augmentation des comportements d’infidélité sur les réseaux sociaux. L’infidélité devient alors une forme de fuite : on s’éloigne de la vulnérabilité du couple pour chercher ailleurs un sentiment de contrôle, de désir ou de liberté.
Traits de personnalité et infidélité : ce que disent les grandes études
Au-delà de quelques profils très caricaturaux, la plupart des recherches s’intéressent aux grands modèles de la personnalité, comme les Big Five (ouverture, conscienciosité, extraversion, agréabilité, neuroticisme). Ces travaux permettent de nuancer les idées reçues et de comprendre pourquoi certaines personnes, sans être « manipulatrices », se retrouvent plus souvent à franchir la ligne.
Big Five et risque d’infidélité
Une étude portant sur plus de 800 adultes a mis en évidence plusieurs tendances : les personnes ayant déjà trompé leur partenaire rapportent en moyenne des scores plus élevés en extraversion et en neuroticisme, et plus faibles en conscienciosité. Ces différences restent modestes, mais elles se retrouvent de manière assez régulière dans la littérature.
L’extraversion est associée à une vie sociale plus riche, davantage d’opportunités de rencontres et une plus grande propension à flirter, même sans intention d’aller plus loin au départ. Le neuroticisme, lui, renvoie à une forte réactivité émotionnelle, une sensibilité au rejet et une tendance à se laisser emporter par ses états internes, ce qui peut favoriser des conduites de compensation comme l’infidélité.
La conscienciosité, au contraire, semble jouer un rôle protecteur, probablement parce qu’elle s’accompagne d’un sens plus fort des responsabilités et de la capacité à tenir un engagement malgré les frustrations du moment. On observe aussi que les personnes qui trompent décrivent souvent leur partenaire comme moins agréables ou moins extravertis qu’elles-mêmes, suggérant qu’un décalage de personnalité dans le couple peut contribuer à un climat de frustration.
Traits « sombres » et stratégies relationnelles
La psychologie de la personnalité s’est également intéressée aux traits dits « sombres » : narcissisme, machiavélisme et psychopathie. Dans une étude par questionnaire, des niveaux plus élevés sur ces trois dimensions étaient associés à des intentions plus fortes de tromper le partenaire et à une vision plus instrumentaliste de la relation.
Les personnes avec un score élevé de psychopathie subclinique rapportent plus de comportements sexuels à risque, dont l’infidélité, et accordent moins de poids aux sentiments de leur partenaire. Le machiavélisme, caractérisé par la manipulation stratégique, peut se traduire par des mensonges répétés, une double vie organisée et l’utilisation de la culpabilité pour détourner les soupçons.
Ces profils restent minoritaires dans la population générale, mais ils expliquent une partie des histoires d’infidélité les plus douloureuses, où l’on retrouve mensonges répétés, absence d’empathie et instrumentalisation de la confiance de l’autre.
Intention d’être infidèle : un indicateur clé
Avant même le passage à l’acte, les chercheurs s’intéressent aux intentions d’infidélité, c’est-à-dire à la disposition à envisager une relation parallèle si l’occasion se présente. Ces intentions sont plus élevées chez les personnes peu satisfaites de leur relation, présentant des traits narcissiques marqués et utilisant intensivement certaines technologies de rencontre.
Une étude sur l’usage des applications de rencontre a ainsi montré que le sentiment de succès sur ces applications est associé à une intention plus forte d’être infidèle, même chez des personnes déjà en couple. Plus la personne a le sentiment que « d’autres options » sont facilement accessibles, plus la fidélité est vécue comme un choix fragile plutôt que comme une évidence.
Dans la pratique, cela se traduit par des comportements qui semblent anodins – garder des profils actifs, entretenir des conversations suggestives – mais qui témoignent déjà d’une mise à distance psychologique de l’engagement initial.
Rôle de la technologie, facteurs relationnels et pistes d’action
L’infidélité ne se réduit jamais à un seul trait de personnalité : elle résulte d’une combinaison de facteurs individuels, relationnels et contextuels. Comprendre ces différents niveaux permet de sortir d’une vision fataliste (« une fois infidèle, toujours infidèle ») et d’identifier des leviers concrets de prévention ou de réparation.
Quand la technologie amplifie les vulnérabilités
L’essor des réseaux sociaux, des messageries chiffrées et des applications de rencontre a profondément modifié le paysage de l’infidélité. Les opportunités de contacts discrets sont plus nombreuses, les frontières entre échange amical et flirt sont floues, et la traçabilité numérique rend à la fois l’infidélité plus facile… et sa découverte plus probable.
Des travaux sur les comportements d’infidélité en ligne montrent que la baisse de satisfaction sexuelle et d’intimité émotionnelle dans le couple est associée à une augmentation des interactions à connotation romantique ou sexuelle sur les réseaux. Une autre étude, centrée sur les applications de rencontre, met en lumière que le fait d’y ressentir du succès (matchs fréquents, conversations engagées) augmente la probabilité d’envisager une infidélité.
Dans la vie quotidienne, cela peut prendre la forme de discussions secrètes avec un ex, d’échanges de messages flirtant avec la limite ou de profils « juste pour voir », qui entretiennent l’idée qu’une issue de secours est toujours disponible.
Insatisfaction relationnelle et vulnérabilité à l’infidélité
Les recherches mettent en avant un autre facteur central : le niveau de satisfaction relationnelle et d’intimité dans le couple. Lorsque la relation est marquée par des conflits non résolus, un manque de reconnaissance ou une sexualité insatisfaisante, le terrain devient plus propice à la recherche de gratifications en dehors du couple.
Une synthèse d’études indiquant que 15 à 25% des personnes mariées rapportent un épisode d’infidélité souligne que ce passage à l’acte s’inscrit souvent dans un contexte de frustration accumulée, mais pas forcément de désamour. On peut aimer son partenaire, souhaiter rester en couple et pourtant, à un moment donné, chercher ailleurs ce que l’on ne parvient plus à obtenir dans la relation principale.
Cette tension intérieure – entre le désir de stabilité et le besoin de nouveauté, de reconnaissance ou de liberté – est l’un des paradoxes humains les plus fréquents dans les consultations de couple. Elle ne justifie pas l’infidélité, mais elle permet de comprendre pourquoi certaines personnes franchissent cette limite sans se reconnaître dans l’image du « menteur invétéré ».
Comment se prémunir de l’infidélité dans un couple sain
Pour les couples qui souhaitent réduire le risque d’infidélité, travailler sur quelques dimensions clés peut jouer un rôle protecteur. La première est la qualité de la communication : la capacité à exprimer ses besoins, ses frustrations et ses désirs sans peur d’être jugé limite le recours à des stratégies de fuite comme la relation parallèle.
La seconde concerne la gestion des frontières numériques : définir ensemble ce qui est acceptable ou non sur les réseaux sociaux, les applications et les messageries, limite les zones grises où chacun interprète à sa manière ce qu’est « tromper ». La troisième touche à l’entretien de l’intimité affective et sexuelle, en ne laissant pas s’installer trop longtemps des distances silencieuses ou une routine qui érode le sentiment de connexion.
Enfin, sur le plan individuel, le travail thérapeutique sur les styles d’attachement, l’estime de soi et la régulation émotionnelle peut réduire la force d’attraction des scénarios d’infidélité, surtout chez les personnes ayant une histoire de trahison, de rejet ou de carences affectives.
[/su_spoiler][/su_accordion]
