Trois points clés
- Le pardon n’est pas un tout ou rien.
- Un lâcher‑prise partiel constitue déjà un progrès significatif.
- Chaque pas loin du ressentiment rapproche d’un sentiment de liberté.
Vous savez sans doute que le pardon compte, mais savoir comment pardonner est une autre affaire.
Peu de personnes, en effet, apprennent une méthode claire pour pardonner.
Comment pardonner quelqu’un qui ne s’excuse jamais ?
Cela paraît injuste, pourtant il existe des démarches pratiques que l’on peut entreprendre pas à pas.
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Le pardon : un choix ou un sentiment ?
Force est de constater que le pardon prend souvent du temps. Certaines personnes attendent “d’être prêtes”. Mais attendre seul peut piéger, car, d’après Luskin (2003) et Enright (2001), le pardon est davantage une décision et une pratique volontaire qu’une émotion subite.
Autrement dit, on peut décider aujourd’hui d’entamer ce chemin, même si la paix intérieure n’est pas encore là — la paix est le fruit du processus, pas son point de départ.
Considérez ceci : dans ma pratique, beaucoup choisissent d’agir avant de “se sentir prêts”. Et souvent, cette décision déclenche un mouvement réel vers l’apaisement.
Qu’est‑ce qui freine le pardon ?
Prendre conscience des obstacles internes aide à comprendre pourquoi pardonner paraît si difficile.
Attendre une excuse
Beaucoup pensent que pardonner suppose une reconnaissance de l’autre. Or, cette attente transfère le pouvoir de votre guérison à la personne qui vous a blessé. Et cela bloque le processus, surtout si l’autre ne reviendra jamais sur son geste.
Prenons un exemple : une patiente, trahie par un collègue, a attendu six mois qu’il admette sa faute. Elle est restée figée ; quand enfin elle a engagé le travail sans son pardon, elle a regagné du temps et de l’énergie.
Confondre pardon et confiance
Pardonner ne signifie pas retrouver immédiatement confiance. La confiance se reconstruit — si elle se reconstruit — par des comportements répétés au fil du temps. Le pardon, lui, relève d’un lâcher‑prise intérieur, indépendant des actes futurs de l’autre.
La honte empêche l’auto‑pardon
La honte, selon Tangney et Dearing (2003), dit « Je suis mauvais », alors que la culpabilité dit « J’ai fait quelque chose de mal » et pousse à réparer. La honte isole, paralyse; elle fait croire qu’on ne mérite pas le pardon. Il faut la nommer, l’interroger, parfois avec un professionnel.
Comment pardonner quelqu’un qui vous a blessé
J’ai condensé ici des éléments tirés des modèles de Luskin (2003) et d’Enright (2001), proposés de façon pragmatique.
1. Savoir précisément ce que vous pardonnez
Soyez précis : décrivez l’événement, vos émotions et le prix payé. La rancœur vague est plus tenace ; la définir la rend libérable. Écrire, ou en parler à une personne de confiance, clarifie et fonde le travail.
2. Vous engager à pardonner pour vous‑même
Rappelez‑vous la raison : il ne s’agit pas d’excuser l’acte, mais de récupérer votre énergie et votre paix — des bénéfices pour votre santé physique et mentale (Luskin, 2003). Cela aide à soutenir l’effort quand la route devient ardue.
3. Séparer la personne de l’acte
La personne qui vous a blessé reste plus vaste que son pire acte — cela n’excuse rien, mais change la perspective ; ce déplacement active des circuits d’empathie dans le cerveau et facilite le pardon (Ricciardi et al., 2013).
Imaginons que votre frère ait trahi votre confiance : comprendre ses limites, son histoire, ne justifie pas son geste, mais aide à désamorcer la colère qui vous ronge.
4. Lâcher prise sur les règles impossibles à faire respecter
« Il/elle aurait dû… » : ces injonctions créent un écart permanent entre la réalité et vos attentes. Cesser d’exiger l’impossible permet d’arrêter les ruminations et de récupérer de l’énergie ; ce n’est pas renoncer à l’exigence de respect, mais choisir où investir sa force.
5. Rediriger votre énergie vers votre vie
Le pardon devient alors un mouvement vers l’avant : clarifier vos objectifs, investir vos ressources émotionnelles dans des projets qui vous portent. De passif, le pardon devient un acte actif — on se remet à vivre.
Quand le pardon paraît impossible
Parfois le pardon semble non seulement difficile, mais inapproprié — après un traumatisme grave, par exemple. Il n’y a pas de calendrier : on ne « doit » pas pardonner.
Souvent, le sol n’est pas prêt ; il manque la sécurité, l’espace pour le deuil. Dans ces situations, un accompagnement professionnel peut être déterminant pour éviter l’enlisement.
Et si vous ne parvenez pas au pardon total, sachez que le progrès partiel compte : choisir d’arrêter la rumination, déjà, est un pas vers la liberté.
Message à retenir
Savoir pardonner est une compétence précieuse — non pour que l’autre soit disculpé, mais pour que vous retrouviez de la légèreté. Le pardon se construit par des décisions répétées, pas par un éclair de bonne volonté.
Commencez petit. Vous n’avez pas besoin d’être “prêt”. Vous avez juste à accepter le premier geste, même modeste, et poursuivre ensuite.
Références
- Tangney, J. P., & Dearing, R. L. (2003). Shame and guilt. Guilford Press.
- Luskin, F. (2003). Forgive for good: A proven prescription for health and happiness. HarperOne.
- Ricciardi, E., Rota, G., Sani, L., et al. (2013). How the brain heals emotional wounds: The functional neuroanatomy of forgiveness. Frontiers in Human Neuroscience, 7, Article 839.
- Ho, M. Y., Worthington, E. L., Jr., Cowden, R. G., et al. (2024). International REACH forgiveness intervention: A multisite randomised controlled trial. BMJ Public Health, 2, e000072.
- Enright, R. D. (2001). Forgiveness is a choice: A step-by-step process for resolving anger and restoring hope. American Psychological Association.
- Molinero, A., Serrano, M. Á., & López, F. (2024). Effectiveness of forgiveness training programs in university contexts: A systematic review and meta‑analysis. Cogent Education, 11(1), Article 2378242.
