En 2004, le psychologue américain Martin Seligman, avec son collègue Christopher Peterson, a publié une classification de 24 forces de caractère humaines après plusieurs années de travail sur des textes de philosophie, de religion et de psychologie. Ce travail sert aujourd’hui de base à une grande partie de la psychologie positive et inspire des programmes scolaires aux États-Unis, en Europe et en Australie.
Depuis, des chercheurs comme Lea Waters, professeure à l’Université de Melbourne, ont montré que le fait de s’appuyer sur les forces des enfants au sein de la famille réduit les symptômes dépressifs et augmente la satisfaction de vie. Selon le VIA Institute on Character, les enfants qui utilisent leurs forces chaque jour se disent plus heureux, plus engagés à l’école et plus confiants dans leurs relations.
La question n’est donc plus de savoir si les forces de caractère ont un impact, mais comment les parents et les éducateurs peuvent les nourrir au quotidien. C’est ce que nous allons voir en détail, avec des exemples concrets, des repères simples pour observer votre enfant et des idées d’activités directement inspirées des travaux en psychologie positive et des guides de Naître et grandir, du CAMH au Canada, du BICE ou encore des jeux pédagogiques sur les forces diffusés par plusieurs agences de santé publique en France.
Comprendre les forces de caractère chez l’enfant
La notion de force de caractère part d’une idée simple, mise en avant par Martin Seligman et Christopher Peterson : chaque enfant possède des qualités naturelles qui le poussent à agir, penser et se relier aux autres d’une certaine façon. Il s’agit de traits positifs comme la curiosité, la persévérance, la gentillesse ou le sens de l’humour, qui restent assez stables au fil du temps.
Selon le VIA Institute on Character, ces forces se distinguent des talents. Un talent renvoie plutôt à ce que l’enfant fait bien, par exemple le football ou les mathématiques. Une force touche ce qu’il apporte à la vie en société : courage, équité, capacité à voir le beau, gratitude. Un enfant peut donc ne pas être le meilleur de sa classe en français et pourtant avoir une forte capacité de persévérance et une grande gentillesse, qui auront un poids énorme dans sa vie d’adulte.
Les forces se repèrent dans les situations du quotidien : un enfant qui pose dix questions par minute manifeste la force de curiosité. Celui qui se relève après un échec en disant « je vais recommencer » manifeste la persévérance. Une petite fille qui se bat pour que chacun ait la même part de gâteau exprime le sens de la justice. Ces traits sont présents chez tous les enfants, mais certains ressortent plus que d’autres.

La psychologue Lea Waters, qui a étudié ce sujet dans des familles australiennes, parle de forces signature. Ce sont les trois à cinq forces qui reviennent le plus souvent chez une personne, qui donnent de l’énergie au lieu d’en consommer et qui la font se sentir « à sa place ». Chez les enfants, ces forces signature apparaissent très tôt, parfois dès la maternelle, sous une forme encore brute mais déjà identifiable.
Les 24 forces de caractère du modèle VIA, version enfant
Le modèle le plus utilisé dans le monde vient du projet VIA (*Values in Action*). Il regroupe 24 forces sous six grandes vertus. Des adaptations pour les enfants existent, par exemple les jeux créés par Guyane Promotion Santé, le Crips Île-de-France ou le CoDES 06, qui transforment ces forces en cartes illustrées.
1. Sagesse et connaissance
- Curiosité : envie de découvrir, poser des questions, explorer.
- Amour de l’apprentissage : plaisir à apprendre une nouvelle compétence ou une nouvelle notion.
- Jugement ou pensée critique : capacité à se faire son opinion, à vérifier les informations.
- Créativité : idées originales, solutions inattendues, imagination forte.
- Perspective : capacité à donner des conseils avisés, à voir les choses avec recul.
2. Courage
- Bravoure : agir même quand l’enfant a peur.
- Persévérance : continuer un effort malgré la difficulté.
- Honnêteté : dire la vérité, être sincère sur ce que l’on pense.
- Vitalité : énergie, enthousiasme, élan dans les activités.
3. Humanité
- Amour : attachement, liens chaleureux, gestes de tendresse.
- Gentillesse : gestes d’aide, attention aux besoins des autres.
- Intelligence sociale : sens des relations, capacité à comprendre les émotions des autres.
4. Justice
- Esprit d’équipe : coopération, sens du collectif.
- Équité : souci que chacun ait sa place et sa part.
- Leadership : capacité à guider un groupe, organiser, trancher.
5. Tempérance
- Capacité de pardon : passer à autre chose après un conflit.
- Humilité : ne pas se croire supérieur, reconnaître ses limites.
- Prudence : réfléchir avant d’agir, évaluer les risques.
- Autorégulation : gérer ses émotions et ses impulsions.
6. Transcendance
- Appréciation de la beauté et de l’excellence : capacité à s’émerveiller.
- Gratitude : dire merci, remarquer les choses positives.
- Espoir : croire que l’avenir peut être meilleur et agir dans ce sens.
- Humour : capacité à faire rire et à prendre du recul.
- Spiritualité ou foi : recherche de sens, liens avec des valeurs fortes.
Le site PapaPositive et des outils comme le jeu « À nous les forces » proposent des versions enfant de ces descriptions, avec un vocabulaire très simple. Le VIA Institute propose aussi un questionnaire jeune accessible à partir de dix ans environ, utile pour les préadolescents et adolescents qui aiment répondre à des questions structurées.
Forces de caractère et résilience : un lien direct
La résilience décrit la capacité à faire face aux difficultés et à rebondir. Le CAMH (Centre for Addiction and Mental Health) au Canada définit la résilience de l’enfant comme la capacité à surmonter les épreuves et à continuer son développement malgré les obstacles. Le site Naître et grandir va dans le même sens : un enfant devient résilient lorsqu’il vit des frustrations, des changements, des échecs et qu’il apprend à les traverser.
Les forces de caractère entrent ici en jeu. La persévérance aide l’enfant à continuer un devoir difficile. L’espoir l’aide à croire que la situation va s’améliorer. L’autorégulation l’aide à calmer sa colère. La gratitude l’aide à voir ce qui reste possible malgré un échec. Chaque force agit comme un outil intérieur qui rend les chocs un peu moins violents.
Une étude publiée par Christopher Peterson et Nansook Park sur des adolescents a montré que les forces de caractère liées au courage, à l’humanité et à la tempérance sont liées à moins de symptômes dépressifs et à plus de satisfaction de vie. Le lien avec la résilience est donc direct : un adolescent qui se connaît et qui sait s’appuyer sur ses forces traverse mieux les périodes de stress scolaire ou relationnel.
Le BICE rappelle dans ses recommandations que la résilience n’est pas réservée aux enfants ayant vécu un traumatisme grave. Elle aide aussi dans la vie quotidienne : déménagement, entrée à l’école, séparation, maladie d’un proche, tensions familiales. Chaque événement demande à l’enfant d’activer ses forces : courage pour affronter la nouveauté, curiosité pour apprivoiser un nouvel environnement, humour pour alléger les tensions.
Des guides comme celui du Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants insistent sur un point : un seul adulte stable, bienveillant, qui voit les forces de l’enfant et lui renvoie une image positive, joue un rôle décisif dans la résilience. Un parent, un grand-parent ou un enseignant peut tenir cette place. Quand cet adulte met des mots sur les forces de l’enfant, il lui donne un ancrage solide pour traverser les tempêtes.
Comment repérer les forces de caractère de son enfant au quotidien
Repérer les forces d’un enfant ne se fait pas en une soirée, ni avec un test isolé. Les psychologues qui travaillent sur le sujet, comme Lea Waters ou le clinicien Ryan Niemiec, recommandent d’observer des indices concrets et répétitifs. L’idée consiste à se demander : dans quelles situations mon enfant se sent-il vivant, concentré, fier ?
Des questions simples à se poser
- Quelles activités mon enfant choisit-il spontanément quand il a du temps libre ?
- Quand est-ce qu’il perd la notion du temps parce qu’il est absorbé ?
- Dans quelles situations ses yeux brillent-ils ?
- Sur quels sujets revient-il souvent dans ses conversations ?
- Quels compliments reviennent souvent dans la bouche des enseignants, grands-parents ou éducateurs ?
Un enfant qui passe des heures à construire des univers imaginaires avec des figurines fait ressortir la créativité. Celui qui se préoccupe sans cesse des plus petits à la cour de récréation fait ressortir la gentillesse ou l’amour. Un autre qui discute longuement des règles de jeu avec ses amis met en avant le sens de la justice ou le leadership.
Attention aux confusions fréquentes
Beaucoup de parents confondent forces et comportements « sages ». C’est une erreur. Un enfant très affirmé, qui discute les consignes, livre parfois une forte pensée critique et un leadership naissant. Un enfant qui rit dans les moments tendus n’est pas nécessairement insolent : il peut utiliser son humour comme un bouclier face au stress.
Le site Naître et grandir invite les parents à prendre aussi en compte les situations difficiles : un enfant qui a du mal à gérer sa colère montre peut-être que la force d’autorégulation demande encore du travail, mais il peut en même temps manifester une forte justice ou une grande sensibilité à l’injustice. L’idée n’est pas d’étiqueter l’enfant, mais de repérer ce que sa réaction dit de ses valeurs et de ses forces.
| Force de caractère | Ce que l’on observe chez l’enfant | Piste concrète pour la nourrir |
|---|---|---|
| Curiosité | Beaucoup de questions, envie de toucher, démonter, explorer. | Prévoir des lectures documentaires, des expériences simples, des sorties découverte. |
| Persévérance | Recommence après un échec, veut finir ce qu’il a commencé. | Fractionner les tâches longues, célébrer l’effort, raconter des histoires de persévérance. |
| Gentillesse | Aide spontanément, console les autres. | Proposer des petits services à la maison, valoriser les gestes d’entraide. |
| Humour | Fait des blagues, cherche à faire rire. | Prévoir des moments de jeux de mots, de théâtre, de mimes, expliquer les limites de l’humour. |
| Leadership | Organise les jeux, aime décider des règles. | Donner de vraies responsabilités, travailler l’écoute du groupe et l’équité. |
Nourrir les forces de caractère à la maison : 10 idées d’activités concrètes
Les forces de caractère grandissent quand l’enfant les utilise dans des situations variées et plaisantes. Des organismes comme Guyane Promotion Santé, le Crips Île-de-France ou des blogs comme PapaPositive proposent déjà des jeux clé en main. Voici un ensemble d’idées que vous pouvez adapter facilement à votre réalité familiale.
1. Le « radar des forces » du soir
Au moment du coucher ou du repas, demandez : « De quelle force tu t’es servi aujourd’hui ? » Si l’enfant ne sait pas répondre, proposez des options : courage, gentillesse, curiosité. Racontez vous aussi votre moment de force de la journée. Cette routine nourrit l’auto-observation et l’espoir, car l’enfant voit qu’il a déjà des ressources.
2. Le bocal de gratitude
Inspiré des exercices de Martin Seligman, ce bocal consiste à écrire chaque soir un petit mot « merci pour… » et à le glisser dans un pot. Le dimanche, vous relisez quelques billets. Cette habitude renforce la gratitude et l’appréciation de la beauté dans les petits détails de la journée.
3. Le défi persévérance
Choisissez avec l’enfant une activité un peu difficile pour lui : apprendre un morceau de musique, finir un puzzle, réussir une figure de sport. Fixez un temps court chaque jour pour y revenir. Affichez ses progrès sur un tableau. Le but n’est pas la performance, mais l’expérience répétée de la persévérance et du plaisir de progresser.

4. La boîte des missions de gentillesse
Préparez des petits papiers avec des gestes d’aide : préparer la table, faire un dessin pour un voisin, aider un camarade de classe. L’enfant tire une mission par jour. Il découvre que la gentillesse n’est pas seulement quelque chose qui « arrive », c’est aussi un choix.

5. Les histoires de courage en famille
Racontez des histoires réelles de votre famille ou de votre enfance où le courage a joué un rôle clé : une opération, un déménagement, un examen difficile. Demandez à l’enfant dans quel moment lui-même a été courageux. Des recherches citées par l’American Psychological Association montrent que les récits familiaux renforcent le sentiment d’identité et la résilience.
6. Le carnet de curiosité
Donnez à l’enfant un cahier dans lequel il note ou dessine ses questions. Une fois par semaine, choisissez-en une ou deux et cherchez ensemble des réponses, dans un livre, un documentaire ou auprès d’une personne ressource. La force de curiosité trouve alors un canal structuré, et l’enfant se sent pris au sérieux.
7. Les « ateliers erreur »
Organisez des moments où chacun partage une erreur récente et ce qu’il en a tiré. Cette pratique, soutenue par des guides comme ceux du BICE, aide l’enfant à vivre l’échec comme un lieu d’apprentissage et non comme une honte. Elle nourrit la persévérance, l’humilité et l’esprit d’équipe.
8. Le mur des forces
Imprimez ou dessinez les 24 forces sur des cartes. Quand un membre de la famille repère une force chez un autre, il colle la carte correspondante sur un « mur des forces » avec une petite phrase : « Tu as montré de la créativité en inventant ce jeu ». Cette pratique vient des jeux mis au point par des structures comme le CoDES 06.
9. Les jeux de rôle d’intelligence sociale
Jouez à rejouer des scènes de la journée : une dispute dans la cour, un malentendu avec un adulte. Inversez les rôles. L’objectif consiste à entraîner l’intelligence sociale, l’empathie et la prudence. Des organisations comme Naître et grandir rappellent l’intérêt de ce type de jeu pour aider l’enfant à gérer ses émotions.
10. L’humour comme soupape
Les sites du BICE et de Naître et grandir insistent sur le rôle de l’humour dans la résilience. Installez des moments « blagues autorisées » : devinettes, mimes, voix exagérées. Montrez aussi que l’humour a des limites : on ne se moque pas du corps des autres, ni de leurs fragilités. L’enfant apprend à utiliser sa force d’humour sans blesser.
S’appuyer sur les forces de caractère à l’école
L’école est un terrain immense pour nourrir les forces de caractère. De nombreux programmes anglophones de strength-based education cités par Lea Waters ou par le VIA Institute montrent que quand les enseignants s’appuient sur les forces des élèves, on voit moins de problèmes de comportement et davantage d’engagement scolaire.
Pour les enseignants
- Nommer les forces en classe : « Tu as montré de la persévérance dans cet exercice », « Vous avez eu un bel esprit d’équipe sur ce projet ».
- Donner des rôles selon les forces : confier l’animation d’un groupe à un élève qui a un fort leadership, la prise de notes à un élève consciencieux, la décoration d’un panneau à un élève créatif.
- Inclure les forces dans les projets : demander aux élèves quelle force ils veulent exercer pendant un travail de groupe.
- Valoriser la diversité : un élève très discret peut briller par sa prudence ou sa pensée critique, même s’il parle peu.
Des outils comme le « jeu des 24 forces version enfants » du Crips Île-de-France ou de Guyane Promotion Santé donnent déjà des supports ludiques pour des ateliers en classe. Ils invitent les élèves à se présenter à partir de leurs forces plutôt que de leurs notes ou de leurs difficultés.

Pour les parents en lien avec l’école
Le dialogue parents–enseignants tourne souvent autour des problèmes : manque de concentration, agitation, résultats. C’est compréhensible, mais insuffisant. Lors des rencontres, vous pouvez poser une question simple : « Quelles forces voyez-vous chez mon enfant en classe ? » Cette phrase change le regard. Elle oblige l’adulte à repérer, même au milieu des difficultés, des ressources sur lesquelles s’appuyer.
Une autre piste consiste à lier les devoirs à une force. Un enfant avec une forte curiosité apprécie les devoirs enrichis de petites recherches. Un enfant avec une forte persévérance peut se fixer un défi sur une semaine. Un enfant avec un esprit d’équipe peut s’épanouir dans des travaux à deux ou trois plutôt que seul.
Les travaux de Lea Waters montrent que lorsque les familles et les écoles parlent le même langage des forces, les enfants gagnent en confiance et en motivation. L’école peut rester exigeante sur les apprentissages tout en reconnaissant que chaque élève arrive avec un bagage intérieur précieux.
Le rôle des émotions et de la communication dans le développement des forces
Les forces de caractère ne flottent pas dans le vide. Elles s’expriment à travers les émotions et les interactions quotidiennes. Les articles de Naître et grandir, du BICE et du CAMH insistent tous sur deux piliers : la gestion des émotions et la qualité de la communication avec l’adulte.
Mettre des mots sur les émotions
Un enfant ne peut pas mobiliser sa force d’autorégulation s’il ne sait pas nommer ce qu’il ressent. Les conseils de Naître et grandir vont dans ce sens : « Tu as l’air très en colère, est-ce que c’est parce que… ? » ou « Je vois que tu es déçu ». Quand l’adulte met des mots clairs et bienveillants sur l’émotion, l’enfant se sent reconnu. Il peut alors chercher une réponse adaptée : respirer, demander de l’aide, prendre une pause.
Le CAMH rappelle que la résilience des jeunes se nourrit d’une capacité à résoudre des problèmes et à prendre des décisions. L’enfant apprend ces compétences quand il sent que ses émotions sont entendues, sans jugement expéditif. Refouler ou minimiser les émotions (« ce n’est rien », « tu exagères ») bloque cet apprentissage.
Communication, flexibilité et auto-validation
Le psychologue Mark Travers, interviewé pour Parents.fr, décrit trois leviers pour la résilience des enfants : une communication ouverte, une dose de flexibilité et l’auto-validation. Ces conseils rejoignent ceux des organismes évoqués plus haut.
- Communication ouverte : poser régulièrement la question « Comment tu te sens ? » et écouter la réponse jusqu’au bout, sans ironie.
- Flexibilité : tenir un cadre, mais accepte que des imprévus se glissent, pour que l’enfant apprenne que la vie ne suit pas toujours le plan prévu.
- Auto-validation : apprendre à l’enfant à évaluer ses progrès par rapport à lui-même, et pas seulement par rapport aux autres.
Le psychologue insiste sur un point : montrer à l’enfant qu’il a une marge de contrôle, même petite, nourrit des forces comme l’espoir, la persévérance et l’autorégulation. Dire « Tu ne peux pas agir sur la météo, mais tu peux choisir comment tu t’organises aujourd’hui » donne un cadre clair.
Erreurs fréquentes des adultes quand ils veulent développer les forces de caractère
Les intentions sont souvent bonnes, mais certains réflexes des adultes freinent la croissance des forces de l’enfant. Les recherches en psychologie positive, les guides de Naître et grandir et du BICE convergent sur quelques pièges classiques.
1. Ne voir que ce qui ne va pas
Beaucoup de parents et d’enseignants regardent d’abord les lacunes : agitation, lenteur, difficultés scolaires. Ce regard orienté vers le déficit laisse les forces dans l’ombre. L’enfant finit par se définir par ce qu’il ne sait pas faire. Dire uniquement « tu es distrait » efface la possible curiosité ou la créativité qui se cachent derrière.
2. Transformer les forces en injonctions
Quand un adulte répète « tu es courageux, alors tu ne dois jamais avoir peur », il enferme l’enfant. La force devient une obligation, presque une armure. Même piège avec la gentillesse : « tu es tellement gentil, tu ne dois jamais dire non ». Cette attitude fragilise l’enfant. Il n’a plus le droit d’exprimer son besoin de repos ou ses limites.
3. Confondre force de caractère et performance
Une forte persévérance ne garantit pas de finir premier en classe. Un grand leadership ne signifie pas forcément devenir délégué d’élèves. Quand l’adulte attend un résultat précis à partir d’une force, il risque d’imposer ses propres rêves. L’enfant peut alors ressentir ses forces comme un poids plutôt qu’une ressource.
4. Faire des forces un sujet théorique
Parler des forces de façon abstraite, sans lien avec la vie quotidienne, ne sert pas à grand-chose. Un enfant comprend mieux « tu as montré de la persévérance en recommençant ce dessin trois fois » que « tu as une grande persévérance » sorti de nulle part. Les chercheurs du VIA Institute insistent sur cette précision : les forces prennent sens dans des situations concrètes.
5. Oublier de travailler sur soi
Le psychologue Mark Travers le rappelle : un enfant observe beaucoup plus qu’il n’écoute. Si l’adulte parle de résilience, mais s’effondre au moindre contretemps en criant sur tout le monde, le message ne passe pas. Le site Isarta Infos a publié en 2026 un entretien avec la psychologue Jiana Saad sur la résilience des professionnels. Ses conseils valent aussi pour les parents : soigner son hygiène de vie, clarifier ses priorités, travailler son assertivité. Un parent qui prend soin de ses propres forces envoie un signal puissant.
“Les enfants apprennent la résilience en regardant comment les adultes s’y prennent avec leurs propres difficultés.”
FAQ sur les forces de caractère chez les enfants
À partir de quel âge peut-on parler de forces de caractère à un enfant ?
Les premières forces se repèrent très tôt, parfois dès deux ou trois ans : curiosité, humour, attachement. On peut en parler à voix haute dès la maternelle, avec des mots simples : « Tu es très curieux, tu poses beaucoup de questions », « Tu es attentionné, tu penses aux autres ». Les questionnaires structuré du VIA Institute sont plutôt prévus pour des enfants à partir de dix ans, qui lisent et comprennent des consignes écrites.
Mon enfant a des difficultés scolaires. Est-ce que cela veut dire qu’il a peu de forces de caractère ?
Non. Les forces de caractère ne se résument pas aux résultats scolaires. Un enfant peut avoir des troubles d’apprentissage et pourtant une grande persévérance, un humour</strong très vivant, un sens de l’équité très fort. Les recherches de Martin Seligman et Christopher Peterson montrent que les forces sont réparties chez tout le monde, indépendamment du niveau de réussite scolaire.
Faut-il chercher à développer toutes les forces chez mon enfant ?
L’objectif n’est pas de collectionner les 24 forces comme des badges. Les études en psychologie positive suggèrent de se concentrer surtout sur les forces les plus naturelles pour l’enfant, ses forces « signature », puis d’aider les forces moins présentes quand elles posent problème dans la vie quotidienne. Par exemple, travailler un peu la prudence si l’enfant se met souvent en danger.
Comment réagir si je vois une force utilisée de travers ?
Une force peut déraper. La persévérance se transforme en entêtement, la curiosité devient indiscrétion, le leadership tourne au contrôle. Plutôt que de condamner la force, nommez-la et discutez de son « niveau ». Vous pouvez dire : « Tu as un vrai leadership, mais là tu as décidé pour tout le monde sans écouter. Comment pourrais-tu utiliser ton leadership pour que chacun ait sa place ? » L’enfant comprend qu’il a un atout à ajuster, pas un défaut à cacher.
Où trouver des supports fiables pour travailler les forces de caractère ?
Plusieurs ressources de qualité existent en français. Des sites comme PapaPositive détaillent les 24 forces et proposent des activités. Des organismes de santé publique comme Guyane Promotion Santé, le Crips Île-de-France ou le CoDES 06 diffusent des jeux de cartes gratuits sur les forces de caractère. Les guides de Naître et grandir, du BICE et du CAMH offrent aussi des pistes concrètes sur la résilience, très proches du travail sur les forces.
Derniers mots pour les parents et les éducateurs
Les forces de caractère ne sont pas un gadget de développement personnel. Elles s’ancrent dans des années de recherche et dans l’observation très précise de la vie réelle des enfants. Dire à un enfant « tu es plus que tes notes », puis lui montrer où se trouvent ses ressources, change sa trajectoire. La curiosité, le courage, la gentillesse et l’humour ne figurent pas sur les bulletins, mais pèseront lourd dans sa vie d’adulte.
En tant que parent, enseignant ou éducateur, vous n’avez pas besoin de tout maîtriser sur la psychologie positive pour commencer. Il suffit souvent d’un geste différent : commenter une force plutôt qu’un défaut, donner une responsabilité en lien avec un talent intérieur, poser une question de plus sur ses émotions. Ces petites décisions quotidiennes créent un climat qui nourrit les forces de l’enfant et, par ricochet, sa résilience.
Les recherches de Lea Waters, du VIA Institute, les guides de Naître et grandir, du BICE, du CAMH ou encore les témoignages d’experts comme Mark Travers ou Jiana Saad vont tous dans le même sens : quand un adulte choisit de voir les forces d’un enfant, il l’aide à se voir lui-même comme capable. Ce regard-là vaut autant qu’un cours entier sur la résilience. Vous pouvez commencer aujourd’hui, avec une simple question : « De quelle force tu t’es servi, là, tout de suite ? »
Sources et références (13)
▼
- [1] Papapositive (papapositive.fr)
- [2] Camh.ca (camh.ca)
- [3] Leducative (leducative.com)
- [4] Bice (bice.org)
- [5] Guyane-promotion-sante (guyane-promotion-sante.org)
- [6] Parents (parents.fr)
- [7] Lecrips-idf (lecrips-idf.net)
- [8] Naitreetgrandir (naitreetgrandir.com)
- [9] Codes06 (codes06.org)
- [10] Isarta (isarta.fr)
- [11] Lesbonnesquestions (lesbonnesquestions.fr)
- [12] Enfant-encyclopedie (enfant-encyclopedie.com)
- [13] Youtube (youtube.com)
