En apparence, la thérapie avec partenaire de substitution ressemble à une thérapie sexuelle avec un tiers. En réalité, elle repose sur un dispositif à trois personnes : un thérapeute chargé du suivi clinique, un partenaire formé aux exercices relationnels et corporels, et un client qui travaille des objectifs définis à l’avance. Les séances peuvent porter sur la communication, le consentement, l’image du corps, le toucher ou la confiance, tandis que les données scientifiques restent limitées sur l’efficacité de la méthode.
Le cadre ne prouve rien.
À trois, chacun son rôle
La thérapie avec partenaire de substitution, appelée surrogate partner therapy en anglais, est proposée dans des situations où une difficulté d’intimité demande de la pratique. Une thérapie verbale peut aider à comprendre une peur, une honte ou un scénario relationnel. Elle ne permet pas toujours de répéter concrètement une demande de consentement, une conversation délicate ou une proximité physique progressive. Le partenaire intervient sur cette dimension expérientielle.
Le thérapeute reste un membre distinct de l’équipe. Il aide le client à formuler ses objectifs, à comprendre ce qui se passe pendant les exercices et à intégrer les expériences entre les séances. Le partenaire de substitution ne devient pas le partenaire amoureux du client. La relation est temporaire, définie par des objectifs et encadrée par des règles explicites.
Un article publié le 1er septembre 2009 dans la revue Harefuah décrit un modèle de travail en trois temps : un échange entre le thérapeute et le client, un échange entre le thérapeute et le partenaire, puis une séance entre le partenaire et le client. Cette organisation permet de partager les objectifs, de repérer les difficultés et de maintenir un espace de supervision clinique.
Le rôle du corps, sans scénario imposé
Les exercices peuvent commencer par la respiration, la relaxation, la perception du corps ou la capacité à dire oui et non. La progression peut ensuite inclure une conversation sur les limites, un contact non sexuel, une proximité physique ou une mise en situation sociale. Le rythme dépend du consentement du client et des objectifs définis avec le thérapeute.
Le contact sexuel n’est pas automatique. Il peut ne pas être indiqué et ne constitue pas la finalité de tous les parcours. Les descriptions professionnelles de la pratique le présentent comme une possibilité éventuelle, après un travail préparatoire, et non comme une prestation due au client.
Quand cette pratique peut être envisagée

La méthode est décrite dans des situations variées : anxiété face aux relations, évitement de l’intimité, absence d’expérience relationnelle, image corporelle très négative, honte sexuelle, difficultés à recevoir un toucher ou conséquences d’un traumatisme. Elle peut aussi concerner des personnes dont la vie intime a été modifiée par un accident, une maladie ou une situation de handicap.
Elle est également envisagée autour de dysfonctions sexuelles et de difficultés liées aux relations intimes. Ces problèmes peuvent avoir des dimensions physiques, psychologiques et relationnelles. La thérapie avec partenaire de substitution ne doit donc pas être présentée comme une réponse automatique à toute difficulté sexuelle.
La présence d’une difficulté ne suffit pas à rendre le dispositif adapté. Le client doit pouvoir comprendre le cadre, poser des questions, exprimer un refus et interrompre un exercice. La possibilité de retirer son consentement doit être claire avant le début du travail, puis rester effective à chaque étape.
Le protocole compte plus que la promesse
Le parcours suit souvent une progression, mais aucun scénario ne devrait être appliqué mécaniquement. Le premier temps consiste à clarifier la demande : apprendre à communiquer, retrouver une relation plus apaisée avec son corps, diminuer l’évitement ou s’exercer à la proximité. Les objectifs doivent rester observables. Une formulation vague comme « être plus à l’aise » gagne à devenir un objectif concret, lié à une compétence à pratiquer.
Vient ensuite l’apprentissage. Le client peut répéter des compétences de communication, des demandes de consentement, des exercices de présence corporelle, des jeux de rôle ou des gestes de proximité convenus à l’avance. La progression graduelle, la décomposition d’une tâche en petits objectifs et le retour donné pendant l’exercice font partie des méthodes décrites pour ce type de travail.
Le partenaire donne un retour sur l’interaction, mais ce retour doit rester relié aux objectifs thérapeutiques. Il ne doit pas devenir une évaluation de la valeur, de l’apparence ou de l’attractivité du client.
Le troisième temps est celui de l’intégration. Le client parle avec son thérapeute de ce qu’il a ressenti, de ce qui l’a surpris et de ce qu’il peut transférer dans sa vie sociale ou intime. Le suivi thérapeutique sert alors à relier l’exercice vécu avec le partenaire aux relations que le client souhaite construire en dehors des séances.
La fin ne doit pas arriver par surprise. Le modèle décrit dans l’article de 2009 prévoit une clôture complète de la relation entre le client et le partenaire. Cette étape doit être préparée avec le thérapeute, qui aide à intégrer la fin du dispositif et à distinguer la relation de travail des relations futures.
Une pratique discutée, des preuves limitées

La question scientifique porte sur cette modalité précise. Dans une revue publiée le 22 novembre 2013 dans The Journal of Sexual MedicineRosenbaum, Aloni et Heruti indiquent que les données publiées sur l’efficacité de la thérapie avec partenaire de substitution sont limitées. Leur revue signale aussi que les questions éthiques et juridiques ont freiné le développement de la pratique.
Les auteurs estiment que la thérapie avec partenaire de substitution peut avoir une place dans la médecine sexuelle, à condition de respecter les standards légaux, professionnels et éthiques. Ils recommandent également de documenter les résultats et de les publier. Cette position ne permet pas d’affirmer que la méthode fonctionne pour tout le monde, qu’elle traite un traumatisme ou qu’elle garantit une future relation amoureuse.
Choisir sans s’abandonner au flou
Le premier interlocuteur peut être un thérapeute ou un professionnel de santé mentale capable d’entendre la demande sans pousser vers le contact physique. S’il ne connaît pas la méthode, il peut demander des informations précises sur son fonctionnement, ses limites et la place de chaque membre de l’équipe. Une décision ne devrait pas reposer sur une rencontre improvisée avec un partenaire présenté comme la solution au problème.
Avant tout engagement, plusieurs points méritent une réponse claire :
- Qui fixe les objectifs et qui évalue leur évolution?
- Quels exercices sont possibles, lesquels sont exclus, et comment le client peut-il retirer son consentement?
- Comment le thérapeute, le partenaire et le client communiquent-ils entre les séances?
- Quelle formation, quelle supervision et quel code éthique encadrent le partenaire?
- Comment sont définis les honoraires, la confidentialité, la fin du suivi et les recours en cas de problème?
Il faut aussi demander dans quel pays ou quelle région le professionnel exerce et quel cadre juridique s’applique. Les règles ne sont pas uniformes. Les questions légales et professionnelles ne peuvent pas être réglées par une simple promesse de confidentialité ou par le fait qu’une pratique existe depuis plusieurs décennies.
La question n’est donc pas uniquement : « Est-ce que cela peut m’aider? » Il faut aussi demander dans quelles conditions cette aide reste lisible, consentie et contrôlable. La réponse doit être concrète, écrite quand c’est nécessaire, et compatible avec la possibilité de dire stop.
Sans thérapeute référent, consentement explicite et règles vérifiables, la pratique perd sa boussole.
Sources et références scientifiques
- Rosenbaum T, Aloni R, Heruti R.. Surrogate partner therapy: ethical considerations in sexual medicine.. The journal of sexual medicine. 2013. DOI: 10.1111/jsm.12402 · PMID: 24261932. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Aloni R, Heruti RJ.. [Ethical issues concerning surrogate assisted sex therapy].. Harefuah. 2009. PMID: 20070052. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- What is Surrogate Partner Therapy?.
- Contributors to Wikimedia projects. therapeutic practitioners trained in addressing issues of physical intimacy. 2006.
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- ↑ Zilbergeld, Bernie (1999). The New Male Sexuality. New York: Bantam Books. ISBN 9780553380422..
- ↑ Keesling, Barbara (2006). Sexual Healing. Alameda: Hunter House Inc..
- ↑ Cohen Greene, Cheryl (2012). An Intimate Life. Berkeley: Soft Skull Press..
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- ↑ Rogers, John. "Adult film star Marilyn Chambers dies at 56; Las Vegas ties numerous". Las Vegas Review-Journal. Retrieved 25 April 2016..
- About SPT – Surrogate Partner Collective.
- About Surrogate Partner Therapy.
- Surrogate partner therapy – Katherine Yeagel.
- Surrogate Partners | Pleasure Revolution.
