Une personne sur cinq vit au moins un épisode de vertige ou de dizziness au cours d’une année, avec un impact direct sur la capacité à travailler, conduire ou simplement faire ses courses. Derrière ces sensations de rotation ou de sol qui se dérobe, on retrouve souvent un mélange subtil de causes physiques et de facteurs émotionnels. Les études récentes montrent qu’environ la moitié des patients consultant pour vertiges présentent aussi un trouble anxieux, phobique ou dépressif associé, ce qui confirme l’importance d’une lecture psychosomatique. Comprendre ce que le vertige cherche à exprimer permet non seulement de mieux le traiter, mais aussi d’apprendre à écouter ce corps qui parle plus vite que la pensée. C’est tout l’enjeu de cette approche : passer d’un symptôme déroutant à un véritable indicateur de réalignement intérieur.
Comprendre le vertige au-delà du diagnostic médical
Le vertige désigne une sensation de mouvement erroné du corps ou de l’environnement, souvent décrite comme une rotation, un basculement ou un glissement, même lorsque tout est immobile. Il se distingue de la simple impression de tête légère, plus proche de l’étourdissement ou du malaise vagal, qui renvoie plutôt à une baisse transitoire de la vigilance ou de la tension. Sur le plan médical, on sait que le système vestibulaire de l’oreille interne, en lien avec les yeux et les capteurs musculaires, joue un rôle central dans la stabilité. Pourtant, ce même système est intimement connecté aux régions cérébrales des émotions et de l’anxiété, comme l’amygdale et l’hippocampe, ce qui rend le vertige particulièrement sensible au stress psychique. Autrement dit, un déséquilibre peut naître d’une lésion organique, mais aussi d’une tempête émotionnelle qui désorganise les circuits de l’équilibre.
Le vertige comme miroir d’instabilité intérieure
Chez de nombreux patients, aucun trouble vestibulaire majeur n’explique totalement l’intensité des crises, alors que l’anxiété, les phobies ou la dépression sont très présentes. On parle alors de vertige psychogène ou somatoforme, lorsque la plainte corporelle devient la scène privilégiée de conflits internes non symbolisés. Les recherches montrent par exemple que les personnes ayant des antécédents de troubles anxieux sont plus susceptibles de développer un vertige persistant après un épisode vestibulaire initial, comme si le corps prolongait la menace bien après la fin de l’événement. Dans les consultations spécialisées, il n’est pas rare d’entendre des histoires de vies bouleversées par des changements professionnels, des séparations ou des deuils, où le vertige apparaît au moment précis où « tout vacille » sur le plan identitaire. La sensation de chute devient alors la métaphore physique d’un effondrement possible de repères internes encore trop fragiles pour être formulés en mots.
Ce que les émotions font au corps : lecture psychosomatique du vertige
Les études de psychologie de la santé confirment qu’anxiété et vertiges entretiennent une relation circulaire : l’anxiété favorise les crises, et les crises renforcent l’anxiété. Chez certains patients, les tests d’équilibre restent relativement stables alors que les questionnaires révèlent un niveau élevé d’hypervigilance corporelle et de catastrophisme, c’est-à-dire la tendance à interpréter chaque sensation comme un signe de danger imminent. Quand le système nerveux reste en alerte prolongée, la moindre variation de la posture, de la luminosité ou du rythme cardiaque peut être ressentie comme un déséquilibre majeur. Le vertige devient alors un baromètre des tensions internes : plus l’écart entre ce que l’on ressent et ce que l’on montre au monde est important, plus la scène se déplace sur le corps.
Dans cette perspective, la lecture psychosomatique ne nie pas l’éventuelle composante organique, elle la replace dans une histoire globale : celle d’un organisme qui tente d’ajuster en permanence ses paramètres d’équilibre face à des exigences émotionnelles parfois impossibles à tenir. Une personne très performante au travail, par exemple, peut développer des vertiges au moment où une promotion l’oblige à prendre plus de responsabilités alors qu’elle se sent intérieurement épuisée. Le symptôme agit comme un frein involontaire, une manière de « dire non » par le corps là où la parole reste limitée par la peur de décevoir. La psychologie positive s’intéresse à ce basculement en cherchant non seulement à réduire la souffrance, mais aussi à renforcer les ressources qui permettent de transformer ce signal en occasion de réalignement.
Transformer le vertige en boussole : pistes concrètes pour retrouver un équilibre intérieur
Les travaux récents sur l’axe vestibulaire–émotion montrent qu’il est possible de moduler l’intensité des vertiges en agissant simultanément sur le corps, les pensées et l’environnement de vie. Les thérapies cognitives et comportementales, par exemple, ont démontré leur efficacité pour réduire l’évitement, travailler les croyances catastrophiques et réentraîner progressivement le cerveau à tolérer les sensations d’instabilité. En parallèle, la rééducation vestibulaire et les approches par le mouvement aident le système nerveux à distinguer le vrai du faux déséquilibre, ce qui diminue la charge émotionnelle associée aux sensations. Certaines méthodes psychocorporelles comme le Somatic Experiencing ou les pratiques de pleine conscience invitent à rester présent à des micro-sensations, sans les fuir ni les amplifier, jusqu’à ce que le corps retrouve une trajectoire plus fluide.
Ce travail prend une dimension particulière lorsque le vertige s’inscrit dans une trajectoire biographique marquée par les ruptures, les passages ou les changements de statut. Un déménagement, un licenciement, une naissance, une retraite, un coming out tardif : ces moments de bascule viennent souvent fragiliser le sentiment de continuité intérieure. Dans ces contextes, soutenir la personne consiste autant à l’aider à stabiliser ses appuis sensoriels qu’à l’accompagner dans la redéfinition de ce qu’elle veut garder, lâcher ou transformer dans sa vie. Le vertige cesse alors d’être seulement un ennemi à faire taire pour devenir un indicateur de ce qui n’est plus aligné entre ce que l’on pense, ce que l’on ressent et la direction que l’on donne à son existence. C’est souvent au moment où l’on commence à le considérer comme un messager – exigeant mais cohérent – que les crises perdent en intensité et laissent place à un sentiment de mouvement plus choisi.
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