La kétamine peut réduire rapidement certains symptômes dépressifs, mais cet effet varie selon les patients, la forme administrée et le suivi.
Les publications de 2025 et 2026 ajoutent deux repères : un protocole collectif décrit un cadre très structuré, tandis qu’un essai randomisé ne retrouve pas de dégradation cognitive significative après quatre administrations.
Pour le trouble lié à l’usage d’alcool, une revue de 11 études trouve des résultats variables selon la rechute, l’envie irrépressible de consommer et le sevrage. Les résultats sont plus favorables lorsque la kétamine est associée à une psychothérapie.
Le cadre change tout ici.
Le mot kétamine cache plusieurs traitements

En réalité, l’expression « thérapie à la kétamine » ne désigne pas un traitement unique. Une administration intraveineuse dans un essai n’est pas interchangeable avec de la S-kétamine dans une cohorte ou avec un modèle collectif. La dose, la voie d’administration, le rythme des séances, les critères d’inclusion et l’accompagnement modifient le niveau de preuve.
Cette distinction évite de transformer un résultat observé dans un protocole précis en garantie générale. Une amélioration rapide dans la dépression résistante ne signifie pas que la kétamine traite toutes les formes de souffrance psychique, ni qu’elle remplace une psychothérapie ou un suivi psychiatrique.
Un protocole de groupe change la question

Un article de protocole publié dans Frontiers in Psychiatry en 2025 décrit le modèle Roots To Thrive, lancé en Colombie-Britannique à partir de 2018. Le dispositif est né d’une initiative d’amélioration des soins menée avec une université canadienne et une autorité régionale de santé, avant d’évoluer en programme clinique à but non lucratif.
Le modèle s’appuie sur une communauté de pratique, des soins sensibles aux traumatismes et une articulation entre cadres cliniques occidentaux et savoirs autochtones. Il présente une organisation de groupe destinée à encadrer la thérapie assistée par kétamine dans un contexte clinique réel.
La publication rapporte plus de 750 participants, plus de 2 000 séances de thérapie assistée par kétamine et 700 groupes de communauté de pratique. Ces chiffres décrivent l’ampleur de l’expérience rapportée, pas une preuve comparative d’efficacité. Un article de protocole explique une méthode; il ne permet pas, à lui seul, d’attribuer un résultat à la kétamine.
Dépression : rapide ne veut pas dire durable
La publication de Findeis, Ludwig, Mikolas et leurs collègues dans Der Nervenarztle 16 février 2022, évalue plus de cinq ans d’expérience clinique et la compare à une recherche narrative de la littérature. L’analyse comprend 72 patients : 53 souffraient de dépression unipolaire, 16 de dépression bipolaire et 3 de dépression schizo-affective. Soixante et un pour cent avaient au moins un diagnostic secondaire.
Les auteurs observent une réduction statistiquement significative des symptômes dépressifs et des idées suicidaires après un traitement par S-kétamine. Dans cette cohorte, une dose de 0,5 mg par kilogramme, administrée trois fois par semaine, est rapportée comme efficace. Ce résultat décrit cette expérience clinique; il ne constitue pas une prescription à reproduire.
La publication estime également le traitement rassurant sur certains points précis : les effets urotoxiques, l’association avec la tranylcypromine et la présence d’un trouble de stress post-traumatique comorbide. Cette formulation ne signifie pas que la kétamine est sans danger dans toutes les situations, avec toutes les associations médicamenteuses ou pour toutes les personnes.
La portée du résultat dépend donc de l’indication, du type de kétamine et du suivi. Une réponse rapide peut ouvrir une période de travail psychologique. Cette cohorte ne permet pas d’en déduire la durée de l’amélioration ni le risque de rechute.
Cognition : le signal de 2026 reste mesuré

Un essai clinique randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo, publié dans Pharmacopsychiatry le 7 juillet 2026, a inclus 34 patients japonais souffrant de dépression résistante. Les participants ont reçu quatre administrations intraveineuses de kétamine à 0,5 mg par kilogramme ou une solution saline. Les chercheurs ont évalué la cognition objective et la perception subjective du fonctionnement cognitif avant et après l’intervention.
Aucune différence significative entre les groupes n’a été observée dans l’évolution des scores cognitifs objectifs ou subjectifs. Dans les conditions de cet essai, les données ne montrent donc pas de détérioration cognitive significative par rapport au placebo.
Ce résultat ne démontre pas que la kétamine améliore la cognition. Le résumé de l’étude précise aussi que les chercheurs ont exploré le lien entre la cognition initiale et la réponse au traitement. Une analyse exploratoire ne suffit pas à établir un bénéfice cognitif ni une relation de cause à effet.
La taille de l’échantillon impose une limite nette : 34 participants et quatre administrations ne décrivent pas les effets d’expositions plus longues, d’autres doses ou d’autres profils cliniques. Le signal est mesuré dans ce protocole précis. Il ne dispense pas d’un suivi lorsque le traitement se répète.
Alcool : la psychothérapie pèse dans le résultat

La revue systématique publiée dans Cureus en 2023 a analysé 11 études portant sur 854 adultes aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Russie. Les effectifs allaient de 5 à 211 personnes. Sept études concernaient le trouble lié à l’usage d’alcool, une portait sur la consommation importante et trois sur le sevrage alcoolique.
La proportion de participants atteignant l’abstinence ou réduisant leur consommation était la plus favorable lorsque la kétamine était associée à une psychothérapie. Les résultats restaient mélangés pour la rechute, l’envie irrépressible de consommer et le sevrage.
Cette hétérogénéité empêche de présenter la kétamine comme un traitement établi du trouble lié à l’usage d’alcool. Une réduction temporaire de la consommation ne suffit pas à établir une amélioration durable, et l’abstinence observée dans une étude ne garantit pas le même résultat dans la vie quotidienne.
La revue décrit donc une association entre la kétamine et la psychothérapie, pas un effet isolé de la molécule. La préparation, l’accompagnement et le travail qui suit la séance peuvent modifier l’interprétation du résultat, sans que les études permettent encore de mesurer séparément chaque facteur.
Avant de retenir une option, regarder le cadre

Pour examiner une proposition de traitement, quatre questions permettent de la comparer aux protocoles étudiés :
- Quelle indication est visée? Dépression unipolaire ou bipolaire, symptômes associés à un stress post-traumatique et trouble lié à l’usage d’alcool ne renvoient pas aux mêmes données.
- Quel protocole est prévu? La voie d’administration, la dose, le nombre de séances et la surveillance doivent être clairement définis.
- Quelle place occupe l’accompagnement? Le modèle Roots To Thrive et les études sur l’alcool associent la kétamine à un cadre thérapeutique qui ne se résume pas à l’administration de la molécule.
- Comment le résultat sera-t-il évalué? Les symptômes dépressifs, les idées suicidaires, la cognition, la consommation d’alcool et les effets indésirables ne se mesurent pas avec une seule impression subjective.
Ces questions ne prédisent pas la réponse individuelle. Elles évitent surtout de confondre une cohorte clinique, un protocole de soins et un essai randomisé. La kétamine possède un intérêt documenté dans certaines dépressions résistantes, mais ses effets et ses limites restent liés à l’indication, au suivi et à la manière dont l’expérience est intégrée.
La molécule ne suffit pas.
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- Podcast: Are Ketamine and Psychedelic Treatments Safe?.
- Are Ketamine and Psychedelic Treatments Safe? – PodcastHealth.
- Are Ketamine and Psychedelic T… – Inside Mental Health – Apple Podcasts.
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