En France, près d’une personne sur cinq présente un trouble anxieux au cours de sa vie, et l’anxiété coexiste souvent avec des traits névrotiques marqués qui épuisent le quotidien. Cette réalité pèse sur le sommeil, les relations, le travail, au point que certains jeunes adultes cumulent aujourd’hui symptômes anxieux, idées noires et usage de psychotropes. Pourtant, des approches structurées – de l’hygiène de vie émotionnelle aux thérapies validées – permettent d’apaiser ces tensions sans renier sa sensibilité. L’enjeu n’est pas d’“éteindre” la névrose, mais de la transformer en moteur de lucidité plutôt qu’en source de tourmente.
Comprendre la névrose dans un monde saturé d’anxiété
La névrose désigne une souffrance émotionnelle intense, souvent dominée par l’anxiété chronique, les ruminations et un sentiment de vulnérabilité, tout en gardant un contact intact avec la réalité. Les études de santé mentale en population générale montrent qu’environ un cinquième des adultes présente un trouble anxieux, avec une anxiété généralisée particulièrement fréquente, ce qui illustre à quel point ce terrain émotionnel est répandu dans la société contemporaine. Chez les jeunes, la situation est encore plus préoccupante : la proportion de symptômes dépressifs et anxieux a fortement augmenté au cours des dernières années, avec un tiers des 18–24 ans rapportant des pensées suicidaires récentes dans certains travaux. Ces chiffres ne sont pas anodins : ils rappellent que la névrose n’est pas un caprice individuel, mais s’inscrit dans un contexte collectif de stress, d’incertitude et de pression de performance.
Sur le plan psychologique, les personnes à forte tendance névrotique présentent généralement une hyper-réactivité émotionnelle : un retard, une remarque banale, un silence peuvent être interprétés comme un rejet ou une catastrophe imminente. La recherche montre que ce trait de personnalité prédit la sévérité et la persistance des troubles anxieux, mais aussi la manière dont une personne va répondre à une thérapie. Certaines études indiquent par exemple que le niveau de névrotisme initial explique une part significative de la progression ou de la stagnation après thérapie cognitivo-comportementale, ce qui souligne l’importance de travailler directement sur ce noyau émotionnel plutôt que de se limiter aux symptômes visibles.
Paradoxalement, ce même trait s’accompagne souvent d’une grande capacité d’introspection, d’empathie et de sens moral, des dimensions précieuses dans les relations et les projets de vie. Le défi n’est donc pas d’éradiquer la sensibilité, mais d’apprendre à la réguler, à l’encadrer, à la rendre vivable. C’est là que la psychologie positive, lorsqu’elle est utilisée sérieusement et non comme une injonction à “penser positif”, devient un levier : elle propose de canaliser cette intensité vers des comportements protecteurs et des habitudes qui renforcent le sentiment de sécurité intérieure.
Une souffrance réelle, pas une “faiblesse de caractère”
Pendant longtemps, le terme névrose a été utilisé de façon péjorative, comme si la personne était simplement “trop sensible” ou “pas assez solide”. Or les grands travaux épidémiologiques sur les troubles anxieux, en France comme ailleurs, décrivent une comorbidité fréquente avec la dépression, les conduites addictives et un retentissement majeur sur la vie sociale et professionnelle. Les personnes concernées consultent plus souvent, consomment davantage de médicaments psychotropes et rapportent une qualité de vie altérée. Ce n’est donc ni une “marotte”, ni un excès de fragilité individuelle, mais une vulnérabilité émotionnelle documentée, qui mérite une prise en charge aussi sérieuse que les maladies somatiques. La reconnaître comme telle est déjà une première manière de calmer la culpabilité et d’ouvrir la porte à des solutions concrètes.
Reprendre la main sur ses émotions : de la confusion à la clarté
La première étape pour calmer une névrose consiste à sortir du flou émotionnel qui alimente la peur et les ruminations. Beaucoup de personnes décrivent un “mélange” d’angoisse, de colère, de tristesse difficile à démêler, ce qui les conduit soit à exploser, soit à tout refouler. Or les recherches en psychothérapie montrent que l’identification précise des émotions – on parle parfois de “granularité émotionnelle” – est associée à une meilleure régulation et à un moindre risque de passages à l’acte. Nommer qu’on se sent honteux plutôt que simplement “mal” modifie déjà la manière dont le cerveau traite l’information et prépare une réponse plus ajustée.
Concrètement, des outils très simples comme un journal émotionnel quotidien, où l’on note la situation, l’émotion dominante, l’intensité et la réaction adoptée, servent de base à ce travail. Plusieurs études montrent que l’écriture expressive réduit la fréquence des ruminations, améliore le sommeil et diminue la détresse psychologique dans différents contextes cliniques. Inscrire noir sur blanc “j’ai eu peur d’être abandonné lorsque mon ami n’a pas répondu à mon message” permet de voir le mécanisme à l’œuvre plutôt que de rester prisonnier d’un malaise diffus. Au fil des semaines, on repère des motifs répétitifs : mêmes déclencheurs, mêmes réactions, mêmes regrets.
À côté de l’écriture, la pleine conscience offre une autre voie pour apprivoiser ces émotions débordantes. Les programmes structurés de réduction du stress basée sur la pleine conscience montrent des effets significatifs sur l’anxiété, la détresse émotionnelle et même certains marqueurs physiologiques du stress. Le principe n’est pas de “vider” la tête, mais de s’entraîner à observer pensées et sensations comme des événements passagers, sans s’y identifier. Cette distance douce (“je remarque une vague d’angoisse” plutôt que “je suis l’angoisse”) diminue l’urgence ressentie et facilite des réponses plus souples.
Accueillir plutôt que lutter contre ses ressentis
Un paradoxe souvent observé en consultation est que plus une personne essaie de chasser une émotion, plus celle-ci revient avec force. Les travaux sur la suppression émotionnelle montrent qu’elle augmente la réactivité physiologique et la fréquence des pensées intrusives, surtout chez les profils anxieux. À l’inverse, des stratégies d’acceptation active – reconnaître la peur, respirer à travers elle, ajuster son comportement sans s’auto-agresser – s’accompagnent d’une réduction progressive de la détresse. Cela ne signifie pas tout subir : accepter une émotion, c’est cesser de la traiter comme un ennemi à abattre pour la considérer comme un signal à décoder.
Exprimer au lieu de refouler : sortir du tête-à-tête avec ses angoisses
La névrose prospère sur le silence. Beaucoup de personnes décrivent un mode de fonctionnement où tout se joue “dans la tête”, jusqu’à l’épuisement mental, tandis que l’entourage ne voit que la surface. Pourtant, les données issues de la recherche sur le soutien social sont claires : un réseau de relations fiables constitue l’un des facteurs protecteurs les plus robustes vis-à-vis de la détresse psychologique et du risque suicidaire. Le simple fait de pouvoir raconter une situation douloureuse à un interlocuteur bienveillant réduit l’intensité des émotions négatives et renforce le sentiment de contrôle.
Cette expression peut prendre plusieurs formes. Parler avec un proche de confiance reste central, mais n’est pas toujours possible pour les sujets les plus réservés ou ceux qui craignent de “trop en demander”. Dans ces cas, l’expression écrite – lettres jamais envoyées, journal intime, messages symboliques – offre une alternative puissante. Des travaux sur l’écriture thérapeutique montrent une diminution des symptômes anxieux et dépressifs après quelques séances seulement, y compris chez des personnes présentant des traumatismes anciens. L’important est de pouvoir sortir ce qui tourne en boucle, de lui donner une structure, un début, un milieu, une fin, même provisoire.
D’autres modes d’expression, souvent sous-estimés, ont également fait leurs preuves. Les approches utilisant l’art, la musique, le mouvement ou la danse sont particulièrement utiles chez celles et ceux qui peinent à mettre des mots sur leurs ressentis. Plusieurs études de petite taille, notamment dans le domaine des traumatismes ou des troubles anxieux, montrent que ces médiations améliorent la régulation émotionnelle, l’estime de soi et la perception du corps. Il ne s’agit pas de produire une “œuvre”, mais de se donner la permission d’exister autrement qu’en pensée, de laisser le corps participer à la digestion des expériences difficiles.
Quand parler à un professionnel devient nécessaire
Certains signes doivent alerter : crises d’angoisse répétées, idées de mort fréquentes, isolement social croissant, consommation d’alcool ou de drogues pour “tenir”, conflits explosifs au travail ou en couple. Dans ces situations, l’appui d’un psychologue ou d’un psychiatre n’est pas un luxe, mais un garde-fou. Les thérapeutes formés aux approches modernes de la névrose et des troubles anxieux disposent d’outils structurés pour travailler sur les émotions, les croyances, les comportements d’évitement, dans un cadre sécurisé. Cette alliance thérapeutique, validée par de nombreuses recherches, est souvent le tournant qui permet d’enrayer une spirale devenue dangereuse.
Apaiser le dialogue intérieur : remettre en question les pensées catastrophiques
Au cœur de la névrose se trouve une conversation interne souvent implacable : anticipations catastrophiques, auto-accusations, scénarios de rejet ou d’échec. Les études sur les ruminations montrent qu’elles entretiennent l’anxiété et la dépression, augmentent la durée des épisodes et sabotent la capacité à résoudre les problèmes. On peut vivre une journée extérieurement “normale” tout en étant intérieurement harcelé par une voix qui répète “tu vas tout rater”, “on va t’abandonner”, “c’est fichu”. Sans travail spécifique sur ces pensées, la souffrance émotionnelle reste à haut niveau, même si l’on change son mode de vie.
Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) s’attaquent précisément à ce noyau de croyances. Les méta-analyses récentes confirment que la TCC est efficace, avec des tailles d’effet petites à modérées par rapport à des conditions de contrôle rigoureuses, pour les troubles anxieux et apparentés. Cela signifie concrètement qu’une proportion significative de patients voit leurs symptômes diminuer de manière cliniquement pertinente après un protocole structuré. La démarche consiste à identifier les distorsions (tout ou rien, généralisation, lecture de pensée), à tester les pensées catastrophiques par des questions ciblées et des expériences comportementales, puis à construire des interprétations plus nuancées, sans tomber dans un optimisme forcé.
Un exemple typique : « Si je montre mon stress au travail, on me jugera incapable ». Le travail cognitif va amener la personne à examiner les preuves pour et contre, à identifier des situations où des collègues ont exprimé des difficultés sans être rejetés, et à tester progressivement de nouveaux comportements (nommer une difficulté, demander un délai, dire “je suis un peu tendu aujourd’hui”). Cette démarche, lorsqu’elle est répétée, modifie les associations entre situations et émotions. Plusieurs travaux montrent par ailleurs que des protocoles transdiagnostiques, comme certains programmes unifiés pour traiter l’anxiété et la dépression, réduisent non seulement les symptômes mais aussi le niveau de névrotisme lui-même, ce qui laisse espérer une transformation plus profonde du tempérament.
Les limites et points de vigilance des approches cognitives
Il serait trompeur de présenter les TCC comme une solution miracle. Les méta-analyses indiquent que si l’effet moyen est réel, il reste modeste dans les comparaisons les plus exigeantes, et qu’un pourcentage non négligeable de participants abandonne le traitement avant la fin. Certaines études rapportent même des taux d’abandon plus élevés dans les groupes TCC que dans des conditions de placebo psychologique, sans doute parce que le travail sur les émotions et l’exposition à des situations anxiogènes demandent du courage et peuvent être éprouvants. Cette réalité rappelle l’importance d’un accompagnement ajusté, d’un rythme négocié, et parfois de la combinaison avec d’autres approches (thérapies humanistes, interventions pharmacologiques) pour sécuriser le processus.
Déconstruire ses peurs : de l’évitement à l’affrontement progressif
La névrose se nourrit de peurs spécifiques : peur de l’abandon, peur de l’échec, peur de perdre le contrôle, peur du conflit, peur de ne pas être “assez”. Une constante réapparaît dans les recherches sur l’anxiété : plus on évite ce qui fait peur, plus la peur se renforce à long terme. L’évitement apporte un soulagement immédiat, mais maintient le message intérieur “je ne suis pas capable d’affronter cette situation”, ce qui fragilise l’estime de soi et accroît la dépendance à des stratégies de fuite (excuses, isolement, consommation de substances, sur-contrôle). Les protocoles d’exposition, largement étudiés, vont précisément dans le sens inverse : faire l’expérience graduelle que la situation redoutée est supportable, voire transformable.
Cette exposition n’a rien à voir avec une immersion brutale qui jetterait la personne au cœur de ce qu’elle redoute le plus. Les recherches montrent que les programmes les plus efficaces combinent plusieurs ingrédients : hiérarchisation des situations selon l’intensité d’angoisse, progression par étapes, alliance thérapeutique solide, techniques de respiration ou de pleine conscience pour réguler la montée émotionnelle. Par exemple, quelqu’un qui craint les conflits commencera par formuler un désaccord mineur avec une personne de confiance, puis osera poser une limite claire dans un contexte moins sécurisant, avant de s’attaquer à des situations plus complexes comme une discussion délicate avec un supérieur hiérarchique.
Dans le cas de peurs plus diffuses – peur du regard des autres, peur d’être jugé “instable” – la confrontation peut passer par des expériences simples : accepter de rougir sans fuir, poser une question en réunion, prendre la parole dans un groupe restreint. Les études sur l’anxiété sociale montrent que cette combinaison d’exposition graduée et de restructuration des croyances (par exemple “tout le monde me trouve ridicule”) permet des améliorations durables, même si une vigilance reste nécessaire pour prévenir les rechutes. Ici encore, la clé réside dans le maintien : mieux vaut des petites confrontations répétées qu’un grand effort isolé suivi d’un retour à l’évitement.
Apprendre à tolérer l’incertitude
Un autre moteur puissant de la névrose est le besoin de certitude absolue : savoir à l’avance que tout se passera bien, que l’autre ne partira pas, que l’on ne fera jamais d’erreur grave. Or les données issues des recherches sur l’anxiété généralisée montrent que cette intolérance à l’incertitude est un prédicteur majeur de la sévérité des symptômes. Les protocoles modernes proposent donc de s’entraîner à accepter “une part de flou” : prendre une décision sans avoir toutes les informations, envoyer un message sans relire dix fois, accepter un changement de programme sans repasser toute la journée en revue. Ces micro-exercices, répétés, reprogramment progressivement la manière dont le cerveau réagit à l’inconnu.
Le pouvoir du feedback : utiliser le regard des autres comme miroir
Beaucoup de personnes névrotiques ont une conscience aiguë de leurs débordements émotionnels, mais une perception très floue de la manière dont elles apparaissent réellement aux autres. Dans les études sur le fonctionnement de couple, le névrotisme est régulièrement associé à une moindre satisfaction conjugale, une fréquence plus élevée de conflits et une plus grande probabilité de rupture, notamment lorsque les émotions intenses ne sont pas reconnues ni régulées. Pourtant, ces mêmes travaux montrent qu’une communication plus ouverte, l’augmentation des comportements positifs et l’empathie réciproque atténuent l’impact de ce trait sur la relation.
Apprendre à demander un feedback constructif fait partie des compétences clefs pour calmer une névrose. Poser des questions simples – “Comment tu me perçois quand je suis stressé ?”, “Qu’est-ce qui te fait le plus peur dans mes réactions ?”, “Qu’est-ce que tu trouves aidant quand je vais mal ?” – permet de sortir d’une auto-image parfois caricaturale. Des recherches sur la métacognition sociale montrent que les personnes qui ajustent mieux leur comportement disposent d’un retour plus nuancé sur leurs attitudes, et qu’elles utilisent ces informations pour corriger certaines tendances (interrompre trop souvent, se mettre en retrait, dramatiser). Ce n’est pas confortable, mais cela ouvre un espace de manœuvre.
Pour que ce feedback soit utile, le cadre compte autant que le contenu. Les études sur la communication non violente et les interventions de couple insistent sur quelques conditions : choisir des moments calmes, parler à partir de son ressenti plutôt qu’en jugeant (“je me sens” plutôt que “tu es”), formuler des demandes concrètes plutôt que des reproches globaux. Ces principes, testés dans différents dispositifs cliniques, réduisent la réactivité défensive et augmentent la probabilité de changements durables. La névrose se calme lorsque l’on cesse d’être seul face à soi-même et que l’on accepte d’être regardé autrement que par le prisme de ses peurs.
Quand l’entourage devient un allié plutôt qu’un juge
Les proches peuvent jouer un rôle ambivalent : parfois apaisants, parfois involontairement aggravants. Les études sur le “roumagement partagé” montrent que certaines formes de soutien, fondées sur la co-rumination, entretiennent le niveau de détresse au lieu de le soulager. L’enjeu est donc d’impliquer l’entourage dans des pratiques plus constructives : encourager la personne à utiliser ses outils (respiration, écriture, prise de recul), reconnaître ses efforts plutôt que seulement ses débordements, proposer une aide concrète (accompagner à un rendez-vous, co-construire un planning) au lieu de conseils abstraits. Là encore, la psychologie positive, utilisée avec tact, invite à mettre en lumière les moments où la personne gère mieux, même modestement, pour renforcer la confiance dans ses capacités de régulation.
Agir sur le corps et le quotidien : l’hygiène de vie comme traitement à part entière
On sous-estime souvent à quel point le corps participe à la névrose. Les troubles anxieux sont fréquemment associés à des tensions musculaires, des troubles du sommeil, des problèmes digestifs, une fatigue persistante. Les grandes enquêtes montrent que les symptômes somatiques et la souffrance psychique évoluent de concert, particulièrement chez les jeunes adultes exposés à un rythme de vie irrégulier et à une hyperconnexion permanente. Ignorer cette dimension revient à traiter uniquement “la tête” alors que l’organisme entier est impliqué.
L’activité physique régulière fait partie des interventions les mieux documentées pour réduire l’anxiété et les symptômes dépressifs légers à modérés. Les méta-analyses indiquent qu’un programme d’exercice modéré (marche rapide, vélo, natation, activités de groupe) plusieurs fois par semaine entraîne une amélioration significative de l’humeur et une diminution des ruminations. À l’échelle du cerveau, ces pratiques augmentent la libération d’endorphines, modulent certains neurotransmetteurs impliqués dans la régulation du stress et améliorent la qualité du sommeil. Pour une personne névrotique, instaurer un rendez-vous corporel régulier – même court – revient à ajouter un pilier de stabilité à sa semaine.
Le sommeil représente un autre levier décisif. Les recherches sur l’insomnie montrent qu’un manque de sommeil chronique exacerbe l’anxiété, réduit la tolérance au stress et perturbe les régions cérébrales impliquées dans l’inhibition des réponses émotionnelles. À l’inverse, des interventions centrées sur une hygiène du sommeil structurée (horaires réguliers, réduction des écrans avant le coucher, rituel apaisant, environnement sombre et silencieux) réduisent non seulement les troubles du sommeil, mais aussi les symptômes anxieux. Pour beaucoup de personnes névrotiques, stabiliser les nuits constitue un changement plus efficace que de longs efforts de “contrôle mental” en journée.
Alimentation, écrans, gratitude : les petits gestes qui font la différence
Les liens entre alimentation et santé mentale sont de mieux en mieux documentés. Des études d’observation suggèrent qu’un régime équilibré, riche en fruits, légumes, fibres et acides gras de qualité, est associé à un risque moindre de dépression et d’anxiété, même si la causalité exacte reste complexe à établir. À l’inverse, une consommation élevée d’aliments ultra-transformés, de sucre ajouté et de boissons excitantes est corrélée à un niveau plus élevé de symptômes anxieux. Sans promettre qu’un changement d’assiette “guérira” une névrose, il est raisonnable de considérer la nutrition comme un terrain de soutien à l’équilibre émotionnel.
La gestion des écrans et des informations joue aussi un rôle non négligeable. Des travaux récents sur la santé mentale des jeunes adultes montrent que l’exposition prolongée aux réseaux sociaux, aux contenus anxiogènes et aux notifications permanentes augmente le niveau de stress perçu, la comparaison sociale défavorable et la difficulté à s’endormir. Mettre en place des plages sans écran, limiter les sources d’actualités anxiogènes, choisir des contenus plus apaisants en fin de journée ne relèvent pas du confort superficiel, mais d’une véritable hygiène psychologique. Dans ce contexte, des exercices simples de gratitude – noter chaque soir trois éléments positifs de la journée – ont montré, dans plusieurs études, une amélioration de l’humeur et une réduction des symptômes dépressifs, en particulier lorsqu’ils sont maintenus sur plusieurs semaines.
Thérapies validées et options médicales : quand et comment se faire aider
Lorsque la névrose se traduit par des crises de panique, une anxiété généralisée, des obsessions ou des phobies handicapantes, les recommandations internationales convergent vers une combinaison de psychothérapie structurée et, si nécessaire, de traitement médicamenteux. Les TCC, déjà évoquées, disposent d’un nombre particulièrement important d’études contrôlées montrant leur efficacité sur les troubles anxieux, les attaques de panique, certains troubles obsessionnels et les ruminations dépressives. Les protocoles peuvent être individuels, de groupe ou en ligne, et intègrent souvent des outils pratiques (fiches, exercices, auto-observations) qui prolongent le travail entre les séances.
D’autres approches thérapeutiques peuvent être pertinentes selon le profil et l’histoire de la personne. Les psychothérapies d’inspiration humaniste, centrées sur l’empathie et l’authenticité du thérapeute, ont montré leur intérêt pour renforcer l’estime de soi et la capacité à s’accepter tel que l’on est, ce qui touche au cœur de la névrose. Les approches psychodynamiques, davantage orientées vers la compréhension des conflits internes et des schémas relationnels précoces, disposent également de travaux soutenant leur efficacité sur la souffrance névrotique, notamment lorsque le vécu est marqué par des traumatismes anciens ou des relations d’attachement complexes. Enfin, des protocoles intégratifs et des programmes transdiagnostiques récents cherchent à agir à la fois sur les émotions, les pensées et les comportements, avec des résultats prometteurs sur la réduction du névrotisme lui-même.
Sur le plan médical, les antidépresseurs de certaines classes et les anxiolytiques peuvent être proposés, surtout lorsque l’anxiété est sévère, qu’elle s’accompagne de dépression ou de conduites à risque. Les études comparent souvent ces traitements à des psychothérapies structurées : dans certains cas, la combinaison des deux donne de meilleurs résultats que l’un ou l’autre seul, notamment chez les personnes très symptomatiques. Il est toutefois crucial de rappeler que les médicaments ne remplacent pas le travail de fond sur les peurs, les croyances et les habitudes de vie ; ils constituent un soutien, parfois indispensable, pour rendre ce travail possible. Leur prescription et leur suivi doivent être assurés par un médecin ou un psychiatre, avec une information claire sur les bénéfices et les effets secondaires potentiels.
Choisir une approche adaptée à sa sensibilité
Personne ne suit exactement le même chemin pour calmer sa névrose. Certaines personnes réagissent rapidement à une TCC bien cadrée, d’autres ont besoin d’une psychothérapie plus longue centrée sur la relation, d’autres encore trouvent un équilibre dans une combinaison de thérapie, d’activité physique et de soutien médicamenteux transitoire. Les recherches soulignent l’importance de l’alliance thérapeutique – la qualité du lien avec le professionnel – comme facteur commun aux différentes approches efficaces. Se sentir respecté, entendu, non jugé, plus que la technique spécifique employée, augmente la probabilité d’aller au bout du processus et de maintenir les changements dans le temps.
Prévenir les rechutes : penser la névrose comme un terrain à apprivoiser
Calmer une névrose ne signifie pas ne plus jamais ressentir d’angoisse ou de doute. Les études de suivi à long terme après thérapie montrent que, même lorsque les symptômes se sont nettement améliorés, les traits de vulnérabilité émotionnelle ne disparaissent pas complètement. L’enjeu devient alors la prévention des rechutes : repérer les signaux précoces de débordement, réactiver rapidement ses outils, ajuster son mode de vie avant que la spirale ne s’emballe. Cette vigilance douce s’apparente davantage à l’entretien d’un terrain fragile qu’à une lutte sans fin.
Les programmes de prévention insistent sur quelques axes : garder une activité physique régulière, maintenir des routines de sommeil, continuer certains exercices de pleine conscience ou d’écriture, rester en lien avec au moins une personne de confiance à qui l’on peut dire “ça recommence à déraper”. Les données récentes sur la santé mentale des jeunes, notamment en France après la période de pandémie, montrent que les symptômes anxieux et dépressifs ont tendance à persister ou à réapparaître si rien n’est mis en place pour soutenir le quotidien. Cultiver des habitudes protectrices – même imparfaites – est donc un investissement à long terme, au même titre qu’un suivi médical ou une hygiène de vie cardiovasculaire.
La psychologie positive apporte ici un éclairage précieux : plutôt que de se définir uniquement par ses fragilités, il s’agit de repérer ses forces (curiosité, sensibilité artistique, sens de l’humour, capacité à se remettre en question) et de les utiliser comme leviers. Plusieurs études montrent que des interventions centrées sur les forces de caractère, la gratitude ou les actes de bonté augmentent le bien-être et diminuent la détresse, en particulier lorsqu’elles sont intégrées à une prise en charge plus globale des troubles anxieux. Pour une personne névrotique, cela signifie apprendre à se voir autrement que comme “trop” – trop sensible, trop compliqué, trop intense – pour reconnaître qu’une part de ce “trop” peut aussi devenir une richesse, à condition d’être apprivoisée.
Au fond, calmer une névrose, ce n’est pas se transformer en roc indifférent, mais apprendre à être un humain sensible qui ne se laisse plus systématiquement emporter par ses tempêtes intérieures. C’est accepter que les vagues continuent d’exister, tout en construisant des digues intelligentes : des habitudes protectrices, des relations soutenantes, des repères intérieurs nourris par la psychologie scientifique autant que par l’expérience intime.
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