Un déficit moteur peut être visible pour l’entourage et absent du récit de la personne concernée. Certains patients atteints de lésions cérébrales affirment ainsi avoir effectué une action avec un membre paralysé, comme taper dans leurs mains.
Dans les atteintes visuelles, la prise de conscience dépend d’une attente de ce que serait une vision normale, d’une comparaison avec les informations reçues et d’un jugement sur l’écart. Dans d’autres formes, le décalage concerne la mémoire, les capacités motrices ou la conscience d’un trouble psychique.
Le déficit reste hors conscience.
Ce que signifie vraiment l’anosognosie

L’anosognosie désigne un défaut de conscience d’un déficit. La personne ne dispose pas du même accès que son entourage à l’information sur son propre état. Elle peut donc nier une paralysie, ne pas identifier une perte visuelle ou ne pas reconnaître la maladie qui explique certains symptômes.
Dans sa forme motrice, l’anosognosie a souvent été associée à des lésions de l’hémisphère droit, notamment dans les régions pariétales postérieures, frontales et insulaires. Le phénomène ne se limite toutefois pas à cette configuration cérébrale.
Un refus de soins ne suffit pas à identifier une anosognosie. La personne peut contester un diagnostic, redouter un traitement ou ne pas partager l’analyse de son entourage. Seule une évaluation clinique peut déterminer si le désaccord relève d’un trouble de la conscience du déficit.
Un symptôme qui ne touche pas qu’un seul sens

Une revue systématique publiée en 2025 dans Frontiers in Neurology s’est intéressée à l’anosognosie des déficits moteurs après une lésion de l’hémisphère gauche. Les chercheurs ont identifié 893 études dans plusieurs bases de données et en ont retenu 25. Leur analyse porte sur la fréquence, la gravité, les manifestations cliniques et les corrélats anatomiques de ce symptôme.
Ces travaux montrent que des cas existent aussi après une lésion de l’hémisphère gauche. Ils ne remplacent pas l’association fréquente avec les lésions droites et ne définissent pas un mécanisme unique. Les méthodes d’évaluation et les manifestations observées restent variables.
La vision fournit un autre ensemble de cas. Une revue publiée en 2024 dans Trends in Cognitive Sciences décrit une absence de conscience pouvant concerner la cécité totale, une perte partielle de la vision, le daltonisme ou un glaucome sévère. Une personne peut donc ne pas repérer l’ampleur d’une atteinte visuelle pourtant mesurable.
Le cadre proposé par cette revue repose sur trois opérations. Il faut anticiper ce que serait une vision normale, comparer cette attente aux informations visuelles disponibles, puis évaluer le décalage. Une défaillance à l’un de ces niveaux peut empêcher la personne de prendre conscience du déficit.
Pourquoi la discussion tourne souvent court
En apparence, la scène oppose un proche qui voit le problème à une personne qui affirme aller bien. Pour celle-ci, le diagnostic peut ne pas correspondre à ce qu’elle perçoit. La répétition d’arguments logiques ou d’explications médicales ne suffit donc pas toujours à faire émerger une prise de conscience.
Cette difficulté concerne notamment la schizophrénie et le trouble bipolaire. Une personne peut être convaincue d’être en bonne santé alors que son entourage insiste sur l’existence d’une maladie. L’anosognosie ne se confond pas avec une simple volonté de résister aux soins, même si les deux situations peuvent produire un refus similaire.
La relation devient alors un levier pratique. Écouter l’expérience vécue, reconnaître ce qu’elle a de pénible et chercher un point d’accord peuvent maintenir le contact sans confirmer une croyance inexacte. L’objectif immédiat peut être un rendez-vous, une discussion sur le traitement ou une étape acceptée par les deux personnes.
Le cerveau surveille aussi ses propres erreurs

Une hypothèse dans la maladie d’Alzheimer
Une revue publiée en 2024 dans Communications Biology propose un modèle reliant l’anosognosie dans la maladie d’Alzheimer à un défaut précoce de surveillance des erreurs. Selon cette hypothèse, des dépôts précoces de bêta-amyloïde dans le cortex cingulaire postérieur perturberaient la capacité à repérer ses propres difficultés.
La personne pourrait alors moins bien prendre conscience de ses déficits et mettre en place moins de stratégies pour compenser ses difficultés. Les auteurs avancent que ce mécanisme pourrait contribuer à la progression clinique de la maladie. Cette relation causale reste une hypothèse proposée par la revue, et non un fait établi.
Les proches paient aussi le prix du décalage

Quand la personne ne reconnaît pas ses difficultés, l’entourage peut devoir gérer davantage de tâches et de décisions. Le décalage entre ce que les proches observent et ce que le patient éprouve complique les échanges et peut accroître la charge de l’aidant.
Une étude observationnelle publiée le 1er juillet 2025 dans Geriatric Nursing a inclus 30 personnes présentant un trouble cognitif léger et leurs aidants. Les chercheurs ont recueilli des informations sur l’anosognosie, le stress perçu, les stratégies d’adaptation et le fardeau des aidants.
Le fardeau des aidants était corrélé à leur stress perçu et à leurs stratégies d’évitement. Le score d’anosognosie était associé à la composante correspondant au fardeau objectif. Les stratégies orientées vers la résolution de problèmes étaient associées à un fardeau psychologique, social et émotionnel plus faible.
Ces résultats décrivent des associations. Ils ne prouvent pas qu’un facteur cause directement l’autre. Ils rappellent toutefois que l’aide destinée aux proches fait partie du suivi, au même titre que l’évaluation de la personne malade.
Que faire quand la personne refuse toute aide

Surtout, ne réduisez pas chaque échange à une dispute sur le diagnostic. Notez les difficultés observées et leur effet concret sur la vie quotidienne. Ces éléments aideront le professionnel à comprendre le décalage entre les capacités constatées et la perception de la personne.
Une approche en quatre temps
- Écouter le vécu. Demandez ce qui dérange, ce qui fatigue ou ce que la personne voudrait changer.
- Reconnaître l’expérience. Vous pouvez admettre qu’une situation lui semble différente sans confirmer une explication incompatible avec les faits observés.
- Chercher un accord. Un objectif partagé, comme parler à un professionnel ou comprendre une difficulté précise, est souvent plus accessible qu’une injonction générale à se faire soigner.
- Avancer en partenariat. Proposez une étape limitée et laissez une place aux préférences de la personne. Le maintien de la relation compte lorsque la conscience du trouble reste partielle.
L’anosognosie demande une évaluation professionnelle. Pour les proches, comprendre le mécanisme évite de traiter chaque refus comme une provocation et aide à distinguer l’écoute de l’approbation.
Le lien précède parfois l’adhésion aux soins.
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- When You Don’t Know You’re Sick: Understanding Anosognosia (Bonus Episode) – Inside Schizophrenia | Lyssna här | Poddtoppen.se.
