Une revue systématique parue dans Medicine le 25 juillet 2025 a examiné cinq études portant sur 561 personnes atteintes d’une maladie du motoneurone. Les interventions cognitivo-comportementales étaient associées à une meilleure qualité de vie et à une plus grande flexibilité psychologique, sans différence statistiquement significative pour la santé physique ou la charge des aidants.
Les résultats varient selon l’indicateur, le diagnostic et la méthode utilisée.
La TCC peut réduire certains symptômes, apprendre des stratégies et soutenir l’adaptation face à une maladie chronique.
La question devient moins « la TCC fonctionne-t-elle? » que « pour qui, sous quelle forme et avec quel suivi? »
La thérapie avance par ajustements.
La TCC n’efface pas les pensées, elle les met à l’épreuve
En apparence, la thérapie cognitivo-comportementale pourrait se résumer à une méthode pour remplacer les pensées négatives par des pensées positives. Ce raccourci passe à côté de son fonctionnement. La TCC examine le lien entre une situation, l’interprétation qui lui est donnée, l’émotion ressentie et le comportement qui suit.
Dans le cas d’une personne qui ressent une douleur thoracique, la pensée « je risque forcément de mourir » peut conduire à surveiller son corps en continu et à éviter toute activité physique. La situation médicale compte. Son interprétation peut aussi amplifier l’anxiété et modifier les conduites. Le travail thérapeutique consiste alors à repérer les pensées automatiques, à évaluer leur degré de réalisme, puis à tester d’autres réponses.
Le thérapeute et le patient formulent ensemble le problème, fixent des objectifs observables et choisissent des exercices. Ceux-ci peuvent porter sur l’exposition progressive, l’activation comportementale, la résolution de problèmes, l’observation des pensées ou la régulation émotionnelle. La personne expérimente entre les séances, observe ce qui se passe et revient avec des éléments concrets.
La TCC est généralement structurée, orientée vers le présent et organisée autour d’une durée définie. Elle ne demande pas de supprimer une émotion à coups de volonté. Elle apprend plutôt à reconnaître une peur, une tristesse ou une impulsion, puis à décider quelle action reste possible malgré cette expérience.
Une méthode, plusieurs accents
Le sigle TCC recouvre plusieurs approches. La revue consacrée aux maladies du motoneurone incluait la TCC classique, la thérapie d’acceptation et d’engagement, la thérapie comportementale dialectique, la thérapie rationnelle-émotive, la thérapie cognitive fondée sur la pleine conscience et l’entraînement métacognitif.
Ces méthodes s’intéressent aux pensées, aux émotions et aux comportements, mais elles ne travaillent pas exactement de la même manière. La thérapie d’acceptation et d’engagement insiste sur les valeurs et la capacité à agir malgré l’inconfort. La thérapie comportementale dialectique ajoute un entraînement à la régulation émotionnelle et à la pleine conscience. L’entraînement métacognitif s’intéresse davantage à la façon dont une personne observe et interprète ses propres pensées.
Cette diversité impose une précaution de lecture. Une étude sur la TCC classique ne permet pas de conclure automatiquement sur l’efficacité d’un programme d’acceptation, d’une thérapie de groupe ou d’une application numérique.
Les résultats de 2025 : des bénéfices ciblés, des angles morts

La revue systématique a recherché les études disponibles dans PubMed, Web of Science, la Cochrane Library et Embase jusqu’en février 2025. Cinq études portant sur 561 personnes ont été retenues.
Par rapport aux soins habituels, les participants ayant reçu une intervention cognitivo-comportementale présentaient une meilleure qualité de vie et une plus grande flexibilité psychologique. Cette dernière désigne la capacité à rester en contact avec une situation difficile tout en conservant des choix d’action cohérents avec ses objectifs.
La revue rapportait aussi une réduction de l’anxiété et de la dépression. Dans les comparaisons disponibles, la TCC traditionnelle semblait plus efficace que la thérapie d’acceptation et d’engagement pour ces deux symptômes. Ce résultat ne rend pas l’acceptation inutile. Il rappelle que l’effet observé dépend du résultat mesuré, de la méthode choisie et du protocole utilisé.
En revanche, les données ne montraient pas d’amélioration statistiquement significative de la charge des aidants ou de la santé physique. La revue souligne l’hétérogénéité des outils d’évaluation et des interventions. Elle appelle à des essais randomisés de meilleure qualité et à des mesures plus homogènes.
Il signifie que l’étude n’a pas établi une différence suffisamment nette avec les données recueillies. La taille de l’échantillon, la durée du suivi, la qualité du protocole et la précision des mesures peuvent modifier ce constat. Une absence de preuve ne devient pas une preuve d’absence.
En 2026, une TCC en ligne améliore certains symptômes sans lever tous les doutes
Un essai contrôlé randomisé multicentrique, publié en juin 2026 dans le Journal of the American Heart Associationa étudié une TCC délivrée par internet après un infarctus avec artères coronaires non obstruées, appelé MINOCA, ou après un syndrome de Takotsubo. Les 88 participants présentaient des niveaux élevés de stress ou d’anxiété. Quarante-cinq ont reçu le programme et 43 ont été placés sur liste d’attente.
Le critère principal portait sur la normalisation du stress et de l’anxiété entre 10 et 12 semaines après la randomisation. Une proportion plus importante de patients du groupe traité atteignait ce résultat, mais la différence n’était pas statistiquement significative : odds ratio de 2,37, intervalle de confiance à 95 % compris entre 0,88 et 6,38, avec une valeur de p égale à 0,09.
Les analyses secondaires indiquaient toutefois un effet sur la normalisation de l’anxiété et sur les symptômes mesurés en continu, avec des tailles d’effet comprises entre 0,44 et 0,67. Une interaction entre le diagnostic et le traitement était aussi observée en faveur d’un effet chez les patients atteints de Takotsubo, avec une valeur de p égale à 0,016. Ce résultat ne suffit pas à établir que la TCC en ligne convient mieux au Takotsubo qu’au MINOCA.
Le programme était adapté aux patients et délivré par internet. Cette modalité ne se confond pas avec une série de conseils généraux trouvés sur une application. Pour une personne qui vit avec une maladie cardiaque et une anxiété persistante, il faut vérifier le niveau d’accompagnement, le lien avec les soins cardiologiques et la possibilité de modifier le programme si les symptômes ne baissent pas.
Le même protocole ne produit pas la même courbe
Un essai publié par Meine et ses collègues le 21 juillet 2026 dans Depression and Anxiety s’est intéressé à la trajectoire des symptômes pendant 16 séances du Unified Protocol, une TCC transdiagnostique destinée à plusieurs troubles anxieux. L’analyse utilisait les données du groupe traité d’un essai contrôlé randomisé et concernait 64 participants, dont 71,9 % de femmes, âgés en moyenne de 32,67 ans.
Les chercheurs ont distingué quatre trajectoires : symptômes peu sévères avec amélioration pour 21 personnes, symptômes très sévères avec amélioration pour 19 personnes, symptômes très sévères avec stagnation relative pour 12 personnes, et symptômes peu sévères avec aggravation pour 12 personnes. Les évaluations se poursuivaient après le traitement, puis à six et douze mois.
Le nombre de comorbidités était le seul facteur initial qui prédisait de manière significative l’appartenance à une trajectoire. Le groupe présentant une sévérité élevée et une stagnation relative comptait davantage de comorbidités. Ces participants s’amélioraient, mais conservaient des symptômes plus élevés au début, à la fin du traitement et lors des suivis.
Cette observation précise ce que peut masquer un score final. Une amélioration mesurable peut coexister avec une souffrance encore importante. Le thérapeute doit parfois suivre la pente des symptômes, la vie quotidienne, le sommeil, l’évitement et les comorbidités, au lieu de regarder uniquement le résultat obtenu à la dernière séance.
Pour une personne présentant plusieurs troubles associés, cette trajectoire justifie une surveillance plus rapprochée et des ajustements en cours de thérapie. Le même nombre de séances ne produit pas nécessairement la même évolution.
Chez l’adulte avec TDAH, deux approches progressent sans avantage net établi

Un essai publié par Zhang et ses collègues le 9 mai 2026 dans BMC Psychiatry a comparé une thérapie comportementale dialectique de groupe à une TCC de groupe chez 98 adultes chinois présentant un TDAH. Chaque groupe réunissait 49 personnes et suivait 12 semaines d’intervention.
Les évaluations avaient lieu au début du programme, aux semaines 4 et 8, à la fin du traitement, puis trois et six mois plus tard. Elles portaient sur les symptômes centraux du TDAH, les symptômes émotionnels, la régulation émotionnelle, la qualité de vie, le fonctionnement général et les fonctions exécutives.
Les deux groupes progressaient au fil du temps sur les symptômes centraux du TDAH et plusieurs critères secondaires. Les résultats ne permettent pas d’affirmer que la thérapie dialectique de groupe fait mieux que la TCC de groupe. L’absence d’avantage net ne suffit pas non plus à établir une équivalence entre les deux méthodes.
Le choix doit donc tenir compte de la difficulté prioritaire, de la motivation, du format de groupe, des comorbidités et de l’approche maîtrisée par le thérapeute. Deux traitements peuvent accompagner une amélioration sans agir de la même façon sur chaque dimension.
Ce que l’on peut demander dès la première séance
Une TCC devient plus lisible lorsque le patient sait ce qui sera observé et pourquoi. Quelques questions permettent de vérifier que le traitement ne repose pas sur une promesse vague :
- Quel problème vise-t-on en premier : anxiété, évitement, humeur, impulsivité, sommeil ou adaptation à une maladie?
- Quel indicateur permettra de repérer une évolution, au-delà de l’impression d’aller mieux ou moins bien un jour donné?
- Quel exercice sera expérimenté entre les séances, et comment sera-t-il adapté s’il augmente la détresse ou reste impossible à réaliser?
- Que prévoit-on si les symptômes stagnent, s’aggravent ou révèlent une autre difficulté associée?
Une personne peut aussi noter, une fois par semaine, une situation difficile, la pensée apparue, l’intensité de l’émotion, l’action choisie et le résultat observé. Ce relevé ne transforme pas la vie en tableau de bord. Il donne une matière concrète pour repérer les déclencheurs, les évitements et les progrès discrets.
La TCC ne promet ni une humeur constante ni la disparition de toutes les pensées pénibles. Les travaux de 2025 et 2026 suggèrent des bénéfices sur certains symptômes et certaines capacités dans les populations étudiées, tout en montrant des effets variables selon les méthodes et les mesures. La TCC se juge à ses ajustements.
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