Dans une enquête récente menée auprès de personnes ayant bénéficié d’un accompagnement conjugal, 95 % déclarent en retirer un effet positif sur leur relation, même lorsqu’elles ont consulté seules au départ. Alors que près d’un couple sur deux finit par se séparer dans certains pays occidentaux, la question n’est plus seulement « faut‑il se faire aider ? » mais « que se passe‑t‑il quand un seul des deux ose franchir la porte d’un cabinet ? ». Derrière cette démarche en apparence solitaire se cache souvent un véritable travail de reconstruction intérieure qui rejaillit sur la dynamique du couple tout entier.
Pourquoi commencer une thérapie de couple… en solo
Dans de nombreux couples, une personne se sent en décalage émotionnel bien avant l’autre : elle repère les tensions, s’inquiète, cherche des solutions, pendant que son partenaire minimise ou évite le sujet. La thérapie de couple en solo répond à cette réalité : elle permet à celui ou celle qui souffre le plus, ou qui se questionne le plus, de ne pas rester paralysé par l’inaction de l’autre. Des plateformes spécialisées en accompagnement conjugal constatent que, dans une grande majorité des situations, le partenaire finit par rejoindre la démarche après avoir observé les changements concrets chez celui qui a commencé seul. On n’attend donc plus un consensus parfait pour chercher de l’aide : une seule personne peut suffire à amorcer une nouvelle dynamique relationnelle.
Une démarche individuelle pour un problème relationnel
Consulter seul ne transforme pas la thérapie de couple en simple psychothérapie individuelle : le focus reste la relation et la manière dont la personne y fonctionne. Le thérapeute explore l’histoire du couple, les scénarios de dispute, les zones d’ombre dans la communication, tout en aidant le patient à reconnaître ses propres schémas d’attachement, ses modes de défense, ses peurs de rejet ou d’abandon. Certaines approches, comme les thérapies axées sur les émotions, ont montré leur capacité à augmenter la satisfaction conjugale et à réduire les symptômes dépressifs en travaillant précisément sur ces dynamiques affectives. Même lorsqu’un seul partenaire est présent, ce travail sur les émotions, les besoins et les limites réorganise peu à peu la manière d’être en lien, ce qui modifie la « chorégraphie » du couple.
Quand l’autre refuse catégoriquement de venir
Le refus de consulter est fréquent : peur d’être jugé, impression que « ça ne sert à rien », crainte qu’un professionnel « prenne parti » ou impose une séparation. Dans ces cas, différer la thérapie « en attendant que l’autre soit prêt » revient souvent à laisser la relation s’enliser, parfois jusqu’à la rupture. Plusieurs thérapeutes de couple observent que le travail entrepris avec un seul partenaire fait de toute façon « bouger le système » : la personne qui consulte change sa manière de répondre aux critiques, de poser des limites ou de demander du soutien, ce qui oblige l’autre à s’ajuster. Paradoxalement, c’est parfois au moment où l’un·e assume pleinement ses besoins en thérapie que le partenaire, inquiet de « perdre » la relation, accepte enfin de participer.
Ce que la thérapie en solo peut transformer dans la relation
Les études sur la thérapie de couple montrent qu’entre 65 % et 75 % des couples rapportent une amélioration significative de leur relation après un accompagnement spécialisé, avec plus de 90 % des personnes décrivant aussi un mieux‑être émotionnel global. Même si la plupart de ces travaux portent sur des consultations à deux, les effets observés quand une seule personne s’engage sont loin d’être négligeables : meilleure compréhension de soi, apaisement des tensions, nouvelles façons de communiquer. Pour beaucoup, cette démarche devient un « point de bascule » : soit elle permet de remettre du mouvement dans le couple, soit elle clarifie que la séparation est la décision la plus cohérente, mais dans les deux cas, la personne arrête de subir.
Rétablir une communication plus saine
La communication de couple se grippe rarement du jour au lendemain : reproches implicites, ironie, silences prolongés, évitement des sujets sensibles finissent par s’installer comme une seconde langue. En séance individuelle centrée sur le couple, le thérapeute aide à identifier les déclencheurs de ces interactions toxiques : ton de voix, mots qui blessent, moments où l’on « explose » toujours de la même façon. Des outils concrets sont souvent proposés, comme l’usage du « je » pour exprimer un ressenti plutôt que d’accuser, ou des temps de parole structurés pour éviter que la discussion ne se transforme en règlement de comptes. Le simple fait qu’un partenaire change sa façon de parler – plus claire sur ses besoins, moins centrée sur la culpabilisation – peut suffire à désamorcer une partie des conflits récurrents.
Sortir des conflits à répétition
Beaucoup de couples décrivent la sensation de rejouer « la même dispute » sur des thèmes différents : argent, éducation des enfants, belle‑famille, sexualité. Ce qui se répète, ce ne sont pas tant les sujets que la manière de réagir : fuite, attaque, justification, suradaptation. Le travail en thérapie en solo consiste à décoder ces schémas : à quel moment je me sens menacé, humilié, abandonné, et comment cela influence ma manière de répondre. Comprendre que derrière une colère explosive se cache souvent une peur de ne pas compter, ou qu’un retrait silencieux masque un sentiment d’impuissance, permet de reconfigurer les réactions au lieu de les subir. Progressivement, les disputes perdent en intensité, non parce que les désaccords disparaissent, mais parce que la personne apprend à les traverser sans se trahir ni écraser l’autre.
Renforcer le lien sans forcer l’autre
Selon certaines enquêtes, une part importante des personnes qui consultent pour leur couple évoquent, après quelques séances, un sentiment d’apaisement et la sensation de mieux comprendre le fonctionnement de la relation, même si l’autre partenaire n’est pas impliqué dans le suivi. L’un des bénéfices majeurs de la thérapie en solo est la capacité retrouvée à distinguer ce qui relève de soi (ses blessures, ses attentes, son histoire) et ce qui relève de la dynamique à deux. Cette différenciation permet de cesser d’attribuer toute la responsabilité au partenaire, sans pour autant s’accuser de tout. En pratique, cela se traduit souvent par des gestes simples : choisir un moment approprié pour parler, formuler une demande claire plutôt qu’une critique, reconnaître aussi ce qui va bien dans la relation. Le lien se renforce non pas parce que l’on « change l’autre », mais parce que l’on cesse de rejouer, parfois inconsciemment, des scénarios appris plus tôt dans sa vie affective.
Les coulisses psychologiques d’un travail en solo
Au‑delà des outils de communication, la thérapie de couple en solo touche des zones beaucoup plus profondes : attachement, estime de soi, régulation émotionnelle, loyautés familiales. Plusieurs travaux en psychologie des couples montrent que la qualité de la relation dépend fortement de la manière dont chacun gère ses affects, notamment la colère, la honte et la peur. Travailler ces dimensions individuelles dans un cadre centré sur la relation permet souvent un double mouvement : s’ancrer davantage en soi tout en devenant plus disponible au lien. Là où une thérapie strictement individuelle peut se focaliser sur la souffrance personnelle, la thérapie de couple en solo garde comme boussole la façon dont ces enjeux se rejouent « entre ».
Attachement, vulnérabilité et sécurité intérieure
Les recherches sur l’attachement montrent que nos styles relationnels – anxieux, évitant, sécure – influencent fortement notre manière d’aimer, de nous disputer, de nous rapprocher. Une personne à l’attachement anxieux aura tendance à multiplier les demandes de réassurance ou à surveiller les signes de rejet, tandis qu’un profil évitant se protégera par la distance, le retrait, voire la dérision. En séance, ces dynamiques sont mises au jour : comment je réagis quand l’autre se ferme, lorsqu’il est en retard, lorsqu’il ne répond pas à un message. Des thérapeutes spécialisés insistent sur l’importance de reconstruire une sécurité intérieure stable avant de la poser dans la relation, en travaillant l’auto‑apaisement, la capacité à se sentir complet même en dehors du regard du partenaire. Cette sécurité interne devient un socle pour des choix plus alignés, qu’il s’agisse de continuer à investir la relation ou d’y mettre fin.
Entre loyautés familiales et attentes implicites
Les difficultés conjugales ne naissent pas dans le vide : elles s’inscrivent souvent dans une histoire familiale, des modèles de couple observés, des injonctions silencieuses (« on ne se sépare pas », « on ne parle pas des problèmes »). Une thérapie de couple en solo explore ces loyautés invisibles et la manière dont elles orientent, parfois à l’insu de la personne, ses choix amoureux. On découvre par exemple que l’on reproduit un schéma de sauvetage, que l’on supporte l’insupportable pour ne pas décevoir, ou qu’on évite tout conflit par peur de revivre un climat familial explosif. Mettre ces éléments au jour ne consiste pas à « accuser les parents », mais à comprendre comment ces héritages influencent la manière de se positionner dans le couple actuel. À partir de là, la personne peut choisir ce qu’elle souhaite perpétuer ou non, au lieu de rester enfermée dans un scénario répétitif.
Quand la thérapie individuelle est prioritaire
Certains professionnels soulignent que, dans des situations de fusion pathologique, de violence ou de dépendances sévères, il est indispensable de privilégier d’abord une thérapie individuelle, voire une séparation accompagnée, plutôt que de chercher à tout prix à « réparer le couple ». Lorsque la relation sert de béquille psychique unique, sans espace pour l’autonomie de chacun, travailler en individuel vise à restaurer la capacité à poser des limites et à exister en dehors du lien. Cette étape peut être inconfortable : faire face à sa solitude, à ses peurs, à la possibilité de perdre le couple tel qu’on le connaît. Pourtant, tenter de « colmater la brèche » à deux, alors que l’un des partenaires s’effondre intérieurement, revient souvent à repousser une crise inévitable. La thérapie de couple en solo devient alors un espace de tri essentiel : que puis‑je encore construire dans cette relation, et à quelles conditions ?
Comment tirer le meilleur parti d’une thérapie de couple en solo
Commencer seul amène une responsabilité particulière : celle de choisir un cadre adapté, un professionnel compétent, et une attitude intérieure qui permette au travail d’être réellement transformateur. Ce n’est ni une baguette magique ni un procès du partenaire absent, mais un engagement envers soi‑même : accepter d’examiner sa part, ses besoins, ses zones de fragilité, tout en gardant pour horizon une meilleure qualité de lien. Les statistiques encourageantes sur la thérapie de couple montrent que, lorsque l’accompagnement est de qualité, les chances de voir la relation s’améliorer sont significatives. Même lorsqu’il conduit à confirmer une séparation, ce travail permet souvent de la vivre avec moins de violence, plus de clarté et davantage de respect mutuel.
Choisir un thérapeute réellement formé au travail de couple
Un point central consiste à vérifier que le professionnel possède une formation spécifique en thérapie de couple ou en conseil conjugal, et pas seulement une pratique généraliste. Les approches validées, comme certaines thérapies axées sur les émotions ou les thérapies familiales systémiques, ont montré leur efficacité sur l’ajustement conjugal, la satisfaction relationnelle et la réduction des symptômes dépressifs. Il est utile de poser des questions en amont : comment le thérapeute travaille‑t‑il quand un seul partenaire consulte ? Comment envisage‑t‑il l’éventuelle venue du second ? Des plateformes spécialisées et certains annuaires professionnels précisent désormais les compétences en thérapie de couple, ce qui facilite le repérage d’un praticien adéquat.
Adopter une posture active pendant les séances
Une thérapie de couple en solo est d’autant plus bénéfique que la personne adopte une attitude participative : venir avec des situations concrètes, noter les changements observés, tester entre les séances les outils proposés. Certains accompagnements incluent des exercices de communication à expérimenter à la maison, des temps de réflexion personnelle ou des observations ciblées des interactions avec le partenaire. L’idée n’est pas de « jouer un rôle » pour que l’autre change, mais d’expérimenter d’autres façons d’être en lien et d’observer ce que cela provoque, en soi comme dans la relation. Même lorsque le partenaire réagit d’abord avec méfiance ou incompréhension, le maintien d’une cohérence dans ces nouveaux comportements finit souvent par créer un climat différent.
Poser ses propres limites relationnelles
Un enjeu majeur du travail en solo consiste à clarifier ce qui est acceptable ou non dans la relation : types de communication, gestion de la colère, respect des besoins de chacun, place de la vie intime. En séance, ces limites sont nommées, confrontées à la réalité de ce que vit la personne, puis traduites en positions concrètes : ce qu’elle est prête à tolérer, ce qu’elle souhaite négocier, ce qu’elle refuse catégoriquement. Cette clarification permet souvent de sortir de la confusion entre « aimer » et « supporter », entre « comprendre l’autre » et « se renier ». Poser des limites ne signifie pas menacer sans cesse de rupture, mais se donner les moyens d’habiter la relation sans se perdre, ou, si nécessaire, de partir en restant fidèle à ce qui compte vraiment.
Pour certains, la thérapie de couple en solo devient ainsi un espace privilégié où ils réapprennent à se tenir aux côtés d’eux‑mêmes avant de décider comment, et avec qui, ils souhaitent continuer à avancer.
