Une étude publiée dans le numéro d’août 2026 de Bipolar Disorders a suivi pendant dix semaines 74 participants. Parmi eux, 37 avaient obtenu un score supérieur à 7 au Mood Disorder Questionnaire, le MDQ, et 37 un score plus faible. Les chercheurs ont associé des évaluations répétées de l’humeur à des données recueillies à distance et par actigraphie, un dispositif qui mesure les rythmes de repos et d’activité.
Le trouble bipolaire ne se lit pas dans une humeur qui change à midi.
Il se repère dans la durée, l’intensité et les conséquences des épisodes, puis dans les rythmes qui les précèdent ou les accompagnent.
Des travaux publiés entre 2024 et 2026 examinent aussi le sommeil, l’anxiété, les images mentales, les antécédents traumatiques et la sexualité.
Le diagnostic se fait cliniquement.
Une humeur qui bouge n’est pas encore un diagnostic
En apparence, une irritabilité soudaine, une journée d’euphorie ou une baisse d’énergie peuvent évoquer un trouble bipolaire. Ces changements existent pourtant aussi en dehors de cette maladie. Le stress, le manque de sommeil, l’alcool ou les drogues, certains médicaments, les variations hormonales et d’autres troubles psychiques peuvent modifier l’humeur.
Le diagnostic tient compte de plusieurs éléments : la durée, la fréquence, l’intensité et les répercussions sur la vie quotidienne. Un épisode maniaque dure habituellement au moins une semaine, sauf si sa gravité conduit à une hospitalisation. Un épisode hypomaniaque dure au moins quatre jours. Un épisode dépressif caractérisé s’inscrit généralement sur au moins deux semaines.
Ces seuils sont des repères cliniques, pas un test à remplir seul. Une personne peut avoir une humeur très instable sans présenter de trouble bipolaire. À l’inverse, une phase d’activation peut sembler agréable ou productive au début, alors que la diminution du besoin de sommeil, les pensées accélérées, les dépenses inhabituelles ou les décisions impulsives signalent une perte de contrôle progressive.
Le sommeil donne des indices, pas un verdict
Pour rappel, les rythmes circadiens ne désignent pas uniquement le nombre d’heures dormies. Ils comprennent l’horaire du sommeil, la régularité des périodes de repos et d’activité, ainsi que l’écart entre l’activité diurne et nocturne. Des perturbations du sommeil et de l’activité peuvent aussi être observées entre les épisodes d’un trouble bipolaire.
L’étude publiée dans Bipolar Disorders apporte une nuance. Un score élevé au MDQ était associé à davantage d’instabilité de l’humeur, d’affects négatifs, de symptômes thymiques et de profils circadiens modifiés. En revanche, l’instabilité de l’humeur ne semblait pas directement liée aux indices circadiens mesurés pendant les dix semaines. Le sommeil et l’humeur peuvent donc évoluer ensemble sans que l’un soit démontré comme la cause de l’autre.
Le MDQ a permis de constituer un groupe présentant une histoire d’élévation de l’humeur et un risque accru de trouble bipolaire. Il ne posait pas un diagnostic. Un questionnaire ou un dispositif de suivi peut repérer une variation, mais il ne suffit pas à en déterminer l’origine.
L’anxiété peut arriver avant les symptômes thymiques

Une analyse secondaire publiée en septembre 2024 dans Clinical Psychology & Psychotherapy a utilisé une analyse de réseau pour étudier les liens temporels entre anxiété, humeur et images mentales. Les données concernaient 55 personnes suivies chaque semaine pendant 32 semaines, dans deux groupes randomisés : une thérapie cognitive centrée sur les images mentales et une psychoéducation de groupe.
Dans le groupe de psychoéducation, l’anxiété et les images mentales négatives intrusives semblaient occuper une place centrale dans le réseau. Elles étaient associées à des augmentations ultérieures des symptômes maniaques et dépressifs. Dans le groupe ayant reçu la thérapie centrée sur les images, seule l’anxiété restait associée aux changements ultérieurs de ces symptômes.
Ces résultats sont exploratoires. Ils décrivent des relations temporelles et ne prouvent pas qu’une pensée anxieuse déclenche à elle seule un épisode. Ils peuvent néanmoins préciser les questions posées en consultation : quand l’anxiété augmente-t-elle? Des images pénibles reviennent-elles? Apparaissent-elles avant une modification du sommeil ou une montée d’énergie?
Trauma et sexualité, deux repères à ne pas écarter
Une revue systématique publiée le 1er septembre 2025 dans East Asian Archives of Psychiatry a rassemblé 13 études longitudinales portant sur 5 418 personnes avec un trouble bipolaire. Les auteurs ont évalué le risque de biais comme faible dans les 13 études. Un antécédent de traumatisme durant l’enfance était associé à des symptômes maniaques plus sévères, à davantage de difficultés fonctionnelles et à des risques plus élevés de rechute, de suicidalité et de comorbidités psychiatriques.
Les résultats restaient inconclusifs pour les symptômes dépressifs, l’hospitalisation, la réponse au traitement et la récupération fonctionnelle. Ces associations ne permettent donc pas de prédire l’évolution d’une personne à partir de son histoire. Un traumatisme peut être abordé en consultation avec prudence, sans imposer un récit ni réduire quelqu’un à son passé.
La sexualité constitue un autre sujet clinique. Une étude longitudinale publiée le 3 juin 2026 dans le Journal of Psychiatric Research a suivi pendant six mois 236 personnes âgées de 18 à 68 ans ayant reçu récemment un diagnostic de trouble bipolaire. Les chercheurs ont utilisé des évaluations de la dépression et de la manie, des mesures quotidiennes de l’humeur sur smartphone, un questionnaire du désir sexuel et une échelle de détresse sexuelle.
Un score dépressif plus élevé était associé à un désir sexuel plus faible et à une détresse sexuelle plus importante. Le résultat décrit une association, pas une causalité. Il faut aussi distinguer le désir et la souffrance liée à la sexualité : une baisse du désir peut être vécue sans détresse, tandis qu’une modification de la sexualité peut devenir une source d’angoisse ou de conflit. Un changement sexuel isolé ne suffit pas à prouver une manie.
Transformer les signaux en décisions
À ce stade, le suivi utile ne consiste pas à surveiller chaque émotion comme une alarme. Il consiste à repérer les changements qui précèdent, chez une personne donnée, une perte de stabilité. Une méthode simple peut aider :
- décrire son fonctionnement habituel, notamment le sommeil, l’énergie, l’activité sociale et la façon de prendre des décisions;
- repérer les écarts qui se répètent, comme une diminution du besoin de sommeil, une anxiété inhabituelle, une accélération des pensées ou un retrait marqué;
- partager ces observations avec le psychiatre ou le psychologue, en précisant les dates et les conséquences concrètes;
- définir à l’avance les personnes à prévenir et les démarches à engager si plusieurs signaux apparaissent ensemble.
Une note datée aide davantage qu’une impression isolée. Elle permet de comparer le fonctionnement habituel avec les changements observés, puis de discuter de leur évolution avec un professionnel.
Ces observations ne permettent pas de décider seul d’une modification de traitement. Elles ne remplacent pas non plus l’évaluation d’un épisode en cours, surtout lorsque le jugement se modifie ou que la personne ne reconnaît plus le caractère préoccupant de son comportement.
Une donnée isolée alerte. Une évolution datée aide à décider.
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