Un test génétique peut aider à explorer une maladie héréditaire, une histoire familiale ou le métabolisme d’un médicament. Il ne confirme pas, à lui seul, une dépression, un trouble bipolaire ou une schizophrénie.
Pour ces troubles, les symptômes, leur évolution, les antécédents et le fonctionnement quotidien restent au centre de l’évaluation. Les gènes comptent parmi les facteurs possibles, avec le stress, un traumatisme ou une infection pendant la grossesse, mais ils ne racontent pas toute l’histoire.
La question utile tient en une phrase : quelle décision ce résultat pourrait-il modifier?
Le résultat ne suffit pas.
Le diagnostic psychiatrique ne tient pas dans un tube
En apparence, un prélèvement ADN promet une réponse nette, positive ou négative. Pour les troubles mentaux courants, cette lecture binaire ne fonctionne pas. Aucun résultat génétique ne remplace l’observation clinique, l’entretien, l’étude de l’évolution des symptômes et la recherche d’autres causes médicales ou neurologiques.
Les travaux consacrés à la génétique psychiatrique décrivent des troubles multifactoriels. Plusieurs facteurs génétiques peuvent intervenir avec le stress, les traumatismes, les infections, le développement et les conditions de vie. Un gène peut contribuer à une vulnérabilité sans expliquer, à lui seul, l’apparition d’un trouble chez une personne donnée.
Cette distinction vaut aussi pour une personne déjà suivie. Un résultat associé à un risque statistique ne confirme pas le diagnostic posé à partir des symptômes. À l’inverse, l’absence d’anomalie identifiée ne suffit pas à exclure toute composante génétique.
Quand le test répond à une question précise

Rechercher une maladie héréditaire
Le test prend un autre sens lorsqu’une maladie génétique est déjà envisagée, notamment en présence d’une histoire familiale ou d’un tableau clinique particulier. Dans ce contexte, l’objectif n’est pas de trouver le gène d’une dépression, mais de vérifier si une affection héréditaire connue peut expliquer une partie des difficultés observées.
Le conseil génétique aide alors à distinguer ce qui est établi, ce qui reste incertain et ce qu’un résultat pourrait changer pour les proches. Un test peut apporter une information familiale utile sans fournir une explication complète de tous les symptômes.
Éclairer la pharmacogénétique
La pharmacogénétique pose une question différente : comment les caractéristiques génétiques d’une personne peuvent-elles influencer sa réponse à certains médicaments? Elle ne cherche donc pas à diagnostiquer une dépression ou un trouble bipolaire.
Une publication parue en 2024 dans Frontiers in Psychiatry a étudié les opinions de la population et de professionnels autrichiens sur le conseil génétique et les tests pharmacogénétiques. L’enquête incluait 1 000 personnes actives en ligne et 145 professionnels, dont 83,4 % de psychiatres. Le conseil génétique était jugé important par 68,8 % du public et 54,2 % des experts.
Ces chiffres décrivent des attitudes en Autriche. Ils ne démontrent ni l’efficacité d’un test précis ni la capacité d’un résultat à choisir automatiquement un traitement. La pharmacogénétique doit donc rester liée à une décision clinique clairement définie.
Donner une place au conseil familial
Le conseil génétique ne consiste pas à remettre un compte rendu technique. Dans une revue publiée en février 2007 dans Psychiatric ServicesJoan C. Austin et William G. Honer proposaient une collaboration entre psychiatre et conseiller en génétique.
La consultation doit expliquer les contributions génétiques et environnementales possibles, aider la personne à examiner ses craintes et ses représentations, puis soutenir une décision sans lui imposer une conduite. Cette approche permet aussi de parler de culpabilité, de stigmatisation et des conséquences possibles pour la famille, sans transformer une probabilité en certitude.
Quand un changement de comportement brouille le diagnostic

La variante comportementale de la démence frontotemporale, ou DFTvc, montre pourquoi le raisonnement clinique reste indispensable. Cette maladie, qui compte parmi les causes de démence précoce, peut présenter des signes proches d’un trouble dépressif, bipolaire, schizophrénique, obsessionnel compulsif, autistique ou de la personnalité.
Une revue publiée dans Brain en juin 2020 rapporte qu’environ la moitié des personnes atteintes de DFTvc avaient reçu auparavant un diagnostic psychiatrique. Le délai entre le début des symptômes et le diagnostic pouvait atteindre cinq à six ans. L’erreur peut aussi se produire dans l’autre sens : une personne atteinte d’un trouble psychiatrique primaire peut recevoir à tort un diagnostic de DFTvc.
Le bilan commence par la chronologie
Les recommandations du consortium international consacré à la DFT donnent la priorité à une histoire clinique détaillée, à l’évaluation psychiatrique et neurologique, puis aux examens cognitifs et neuropsychologiques. Elles recommandent d’ajouter au moins un test formel de cognition sociale à la batterie neuropsychologique.
L’imagerie a sa place, mais ses limites doivent rester visibles. La revue recommande une IRM cérébrale 3D pondérée en T1, examinée avec un protocole standardisé et des échelles d’atrophie validées. Dans les premiers stades, la précision de l’imagerie peut rester limitée. En l’absence de biomarqueur moléculaire permettant à lui seul de trancher, le diagnostic repose toujours sur l’ensemble du dossier.
Ce que le patient doit attendre d’un conseil génétique
Une consultation utile commence par la question médicale, pas par le catalogue des gènes disponibles. Elle précise ce que le test cherche, ce qu’il ne peut pas montrer et les conséquences possibles d’un résultat positif, négatif ou incertain.
Une étude rétrospective publiée en 2017 dans The Breast Journal fournit un exemple dans un autre domaine médical. Elle portait sur 308 femmes atteintes d’un cancer du sein nouvellement diagnostiqué et éligibles à une recherche de mutations associées au risque héréditaire du cancer du sein et de l’ovaire. Cinquante-sept pour cent avaient bénéficié d’un conseil génétique et 54 % avaient réalisé un test BRCA. Dans cette cohorte issue d’un centre universitaire urbain, la présence d’un trouble mental ou d’un traitement psychiatrique n’était pas associée à une moindre participation au conseil génétique.
Cette étude ne permet pas de généraliser le résultat à tous les systèmes de soins ni à toutes les situations psychiatriques. Elle rappelle toutefois qu’un diagnostic mental ne suffit pas à présumer la manière dont une personne participera à une démarche génétique.
La démarche la plus solide suit un ordre simple : préciser le problème clinique, rechercher une éventuelle cause familiale ou neurologique, définir la décision attendue, puis interpréter le résultat avec un professionnel formé. Le test peut informer le patient, ses proches et les soignants. Il ne décide pour personne.
Le test informe, pas davantage.
Sources et références scientifiques
- Recommendations to distinguish behavioural variant frontotemporal dementia from psychiatric disorders – PMC. Brain : a journal of neurology. DOI: 10.1093/brain/awaa018 · PMID: 32129844.
- Al Shweiki MR, Steinacker P, Oeckl P, Hengerer B, Danek A, Fassbender K, et al. Neurofilament light chain as a blood biomarker to differentiate psychiatric disorders from behavioural variant frontotemporal dementia. J Psychiatr Res 2019; 113: 137-40. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Alberici A, Geroldi C, Cotelli M, Adorni A, Calabria M, Rossi G, et al. The Frontal Behavioural Inventory (Italian version) differentiates frontotemporal lobar degeneration variants from Alzheimer’s disease. Neurol Sci 2007; 28: 80-6. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Amodio DM, Frith CD. Meeting of minds: the medial frontal cortex and social cognition. Nat Rev Neurosci 2006; 7: 268. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- APA. Diagnostic and statistical manual of mental disorders. 5th ed. Arlington, VA: American Psychiatric Publishing; 2013. [Google Scholar].
- Baez S, Couto B, Torralva T, Sposato LA, Huepe D, Montanes P, et al. Comparing moral judgments of patients with frontotemporal dementia and frontal stroke. JAMA Neurol 2014; 71: 1172-6. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Baez S, Pinasco C, Roca M, Ferrari J, Couto B, Garcia-Cordero I, et al. Brain structural correlates of executive and social cognition profiles in behavioral variant frontotemporal dementia and elderly bipolar disorder. Neuropsychologia 2019; 126: 159-69. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Bergeron D, Beauregard JM, Guimond J, Fortin MP, Houde M, Poulin S, et al. Clinical impact of a second FDG-PET in atypical/unclear dementia syndromes. Jad 2016; 49: 695-705. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Bertoux M, Delavest M, De Souza LC, Funkiewiez A, Lépine JP, Fossati P, et al. Social cognition and emotional assessment differentiates frontotemporal dementia from depression. J Neurol Neurosurg Psychiatry 2012; 83: 411-6. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Bertoux M, Flanagan EC, Hobbs M, Ruiz Tagle A, Delgado Derio C, Miranda M, et al. Structural anatomical investigation of long term memory deficit in behavioral frontotemporal dementia. J Alzheimers Dis 2018; 62: 1887-900. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Bian H, Van Swieten JC, Leight S, Massimo L, Wood E, Forman M, et al. CSF biomarkers in frontotemporal lobar degeneration with known pathology. Neurology 2008; 70 (19 Pt 2): 1827-35. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
- Blass DM, Rabins PV. Depression in frontotemporal dementia. Psychosomatics 2009; 50: 239-47. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Block NR, Sha SJ, Karydas AM, Fong JC, De May MG, Miller BL, et al. Frontotemporal dementia and psychiatric illness: emerging clinical and biological links in gene carriers. Am J Geriatr Psychiatry 2016; 24: 107-16. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
- Austin JC, Honer WG.. The genomic era and serious mental illness: a potential application for psychiatric genetic counseling.. Psychiatric services (Washington, D.C.). 2007. DOI: 10.1176/ps.2007.58.2.254 · PMID: 17287384. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- The Impact of Mental Illness on Uptake of Genetic Counseling for Hereditary Breast Cancer and Ovarian Cancer in a Multiethnic Cohort of Breast Cancer Patients – PMC. The breast journal. DOI: 10.1111/tbj.12791 · PMID: 28323373.
- en S, Parmigiani G. Meta-analysis of BRCA1 and BRCA2 penetrance. J Clin Oncol 2007;25:1329-33. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
- 2.Warner E, Hill K, Causer P, Plewes D, Jong R, Yaffe M, et al. Prospective study of breast cancer incidence in women with a BRCA1 or BRCA2 mutation under surveillance with and without magnetic resonance imaging. J Clin Oncol 2011;29:1664-9. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
- 3.Warner E, Messersmith H, Causer P, Eisen A, Shumak R, Plewes D. Systematic review: using magnetic resonance imaging to screen women at high risk for breast cancer. Ann Intern Med 2008;148:671-9. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- 4.Domchek SM, Friebel TM, Singer CF, Evans DG, Lynch HT, Isaacs C, et al. Association of risk-reducing surgery in BRCA1 or BRCA2 mutation carriers with cancer risk and mortality. JAMA 2010;304:967-75. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
- 5.Rebbeck TR, Kauff ND, Domchek SM. Meta-analysis of risk reduction estimates associated with risk-reducing salpingo-oophorectomy in BRCA1 or BRCA2 mutation carriers. J Natl Cancer Inst 2009;101:80-7. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
- 6.Narod SA, Brunet JS, Ghadirian P, Robson M, Heimdal K, Neuhausen SL, et al. Tamoxifen and risk of contralateral breast cancer in BRCA1 and BRCA2 mutation carriers: a case-control study. Hereditary Breast Cancer Clinical Study Group. Lancet 2000;356:1876-81. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- 7.Kurian AW, Sigal BM, Plevritis SK. Survival analysis of cancer risk reduction strategies for BRCA1/2 mutation carriers. J Clin Oncol 2010;28:222-31. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
- 8.Sivell S, Iredale R, Gray J, Coles B. Cancer genetic risk assessment for individuals at risk of familial breast cancer. Cochrane Database Syst Rev 2007;18:CD003721. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- 9.Genetic/Familial High-Risk Assessment: Breast and Ovarian 2010. Available at: (accessed August 02, 2016)..
- 10.Cragun D, Bonner D, Kim J, Akbari MR, Narod SA, Gomez-Fuego A, et al. Factors associated with genetic counseling and BRCA testing in a population-based sample of young Black women with breast cancer. Breast Cancer Res Treat 2015;151:169-76. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
- 11.Armstrong K, Micco E, Carney A, Stopfer J, Putt M. Racial differences in the use of BRCA1/2 testing among women with a family history of breast or ovarian cancer. JAMA 2005;293:1729-36. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- 12.Kaplan CP, Haas JS, Perez-Stable EJ, et al. Breast cancer risk reduction options: awareness, discussion, and use among women from four ethnic groups. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2006;15:162-6. [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- A survey in Austria supports the significance of genetic counseling and pharmacogenetic testing for mental illness – PMC. Frontiers in psychiatry. DOI: 10.3389/fpsyt.2024.1436875 · PMID: 39421071.
- 1. McGrath JJ, Al-Hamzawi A, Alonso J, Altwaijri Y, Andrade LH, Bromet EJ, et al. Age of onset and cumulative risk of mental disorders: a cross-national analysis of population surveys from 29 countries. Lancet Psychiatry. (2023) 10:668-81. doi: 10.1016/S2215-0366(23)00193-1 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/S2215-0366(23)00193-1.
- 2. Uher R, Pavlova B, Radua J, Provenzani U, Najafi S, Fortea L, et al. Transdiagnostic risk of mental disorders in offspring of affected parents: a meta-analysis of family high-risk and registry studies. World Psychiatry. (2023) 22:433-48. doi: 10.1002/wps.21147 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1002/wps.21147.
- 3. Sullivan PF, Daly MJ, O´Donovan M. Genetic architecture of psychiatric disorders: the emerging picture and its implications. Nat Rev Genet. (2012) 13:537-51. doi: 10.1038/nrg3240 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1038/nrg3240.
- 4. Andreassen OA, Hindley GFL, Frei O, Smeland OB. New insights from the last decade of research in psychiatric genetics: discoveries, challenges and clinical implications. World Psychiatry. (2023) 22:4-24. doi: 10.1002/wps.21034 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1002/wps.21034.
- 5. Smeland OB, Kutrolli G, Bahrami S, Fominykh V, Parker N, Hindley GFL, et al. The shared genetic risk architecture of neurological and psychiatric disorders: a genome-wide analysis. medRxiv. (2023). doi: 10.1101/2023.07.21.23292993 [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1101/2023.07.21.23292993.
- 6. Brainstorm Consortium. Anttila V, Bulik-Sullivan B, Finucane HK, Walters RK, Bras J, et al. Analysis of shared heritability in common disorders of the brain. Science. (2018) 360:eaap8757. doi: 10.1126/science.aap8757 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1126/science.aap8757.
- 7. Jacquemont S, Huguet G, Klein M, Chawner SJRA, Donald KA, van den Bree MBM, et al. Genes to mental health (G2MH): a framework to map the combined effects of rare and common variants on dimensions of cognition and psychopathology. Am J Psychiatry. (2022) 179:189-203. doi: 10.1176/appi.ajp.2021.21040432 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1176/appi.ajp.2021.21040432.
- 8. Patch C, Middleton A. Point of view: an evolution from genetic counseling to genomic counseling. Eur J Med Genet. (2019) 62:288-9. doi: 10.1016/j.ejmg.2019.04.010 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.ejmg.2019.04.010.
- 9. Inglis A, Koehn D, McGillivray B, Stewart SE, Austin J. Evaluating a unique, specialist psychiatric genetic counseling clinic: uptake and impact. Clin Genet. (2015) 87:218-24. doi: 10.1111/cge.12415 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1111/cge.12415.
- 10. Hippman C, Ringrose A, Inglis A, Cheek J, Albert AY, Remick R, et al. A pilot randomized clinical trial evaluating the impact of genetic counseling for serious mental illnesses. J Clin Psychiatry. (2016) 77:e190-8. doi: 10.4088/JCP.14m09710 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.4088/JCP.14m09710.
- 11. Moldovan R, Pintea S, Austin J. The efficacy of genetic counseling for psychiatric disorders: a meta-analysis. J Genet Couns. (2017) 26:1341-7. doi: 10.1007/s10897-017-0113-8 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/s10897-017-0113-8.
- 12. Semaka A, Austin J. Patient perspectives on the process and outcomes of psychiatric genetic counseling: an “empowering encounter. J Genet Couns. (2019) 28:856-68. doi: 10.1002/jgc4.1128 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1002/jgc4.1128.
- Podcast: Is There a Genetic Test to Diagnose Mental Illness?.
