Le 1er juillet 2026, Deemer et ses collègues ont publié dans Annals of Palliative Medicine une revue systématique consacrée à la psychothérapie proposée aux personnes recevant des soins palliatifs ou des soins de hospice.
La question paraît simple : cette psychothérapie réduit-elle la détresse liée à une maladie avancée? La réponse dépend de la personne accompagnée, de l’approche utilisée et du résultat mesuré.
Les 27 études portent sur des patients, des proches aidants et des dyades patient-aidant.
Les interventions sont conduites par des professionnels de la santé mentale formés à la psychothérapie.
Les résultats mesurés varient selon les modalités et les populations étudiées.
Les promesses brouillent le soin.
La psychothérapie ne désigne pas un seul soin

En apparence, le mot psychothérapie rassemble une seule famille de pratiques. Dans cette revue, il recouvre pourtant des modalités et des objectifs variés. Les auteurs ont retenu des interventions menées par des professionnels de la santé mentale ayant reçu une formation formelle à la psychothérapie.
Le périmètre de l’étude est également défini par la mesure utilisée : les interventions devaient être évaluées au moyen d’instruments quantitatifs validés. Cette condition permet d’examiner l’évolution d’indicateurs psychologiques définis, sans transformer une impression de soutien en résultat clinique mesuré.
Les populations ne sont pas fondues dans une même moyenne. Un patient, un proche aidant et une dyade patient-aidant ne vivent pas la situation depuis la même place. La revue les considère donc comme trois configurations distinctes.
Vingt-sept études, une réponse qui résiste aux slogans
Les auteurs ont retenu 27 études après l’examen des titres, des résumés et des textes intégraux. Elles couvrent une grande variété de modalités psychothérapeutiques et de résultats cliniques. La revue ne teste donc pas un protocole unique appliqué de la même façon à tous les participants.
Le constat principal est nuancé : la psychothérapie n’améliore pas de manière uniforme les résultats quantitatifs chez les patients en soins palliatifs, les aidants et les dyades. Le terme inégal décrit mieux ces données que le terme inefficacequi effacerait les différences entre les approches, les personnes et les indicateurs.
Les interventions sont souvent bien tolérées et appréciées par les participants. Ce retour compte, mais il ne remplace pas une mesure clinique. Une personne peut juger les échanges utiles sans que son score de dépression, d’anxiété ou de désespoir diminue de façon statistiquement significative.
Deux approches disposent des appuis les plus solides

En réalité, deux modalités présentent la base de preuves actuelle la plus solide parmi celles examinées : l’approche existentielle phénoménologique et la thérapie centrée sur la revue de vie et la spécificité des souvenirs.
L’approche existentielle phénoménologique
Cette approche s’intéresse à l’expérience vécue et aux questions de sens associées à la maladie, aux pertes et à la fin de vie. Sa présence parmi les modalités les mieux étayées ne signifie pas qu’elle convient à chaque patient ou à chaque proche.
La revue de vie et les souvenirs spécifiques
Cette thérapie travaille sur le récit de l’histoire personnelle et sur l’évocation de souvenirs précis. Elle se distingue ainsi d’un échange qui resterait centré sur des formulations générales. La revue lui attribue, avec l’approche existentielle phénoménologique, le socle de données le plus consistant dans l’ensemble étudié.
Cette hiérarchie reste limitée à la littérature examinée. Elle ne démontre pas la supériorité de ces deux approches dans toutes les situations et ne transforme aucune d’elles en protocole universel.
Quand les scores ne bougent pas

Sauf que les résultats sont beaucoup moins favorables pour deux autres modalités. Les études consacrées à la thérapie cognitive et comportementale ainsi qu’à la thérapie de la dignité n’ont presque uniformément pas trouvé de résultats statistiquement significatifs sur les indicateurs étudiés.
Cette observation ne permet pas de conclure que ces méthodes ne servent à rien. Elle indique que les études rassemblées n’ont pas montré de manière suffisamment régulière une évolution mesurable des résultats quantitatifs retenus. Un score sans changement ne résume ni la relation thérapeutique ni toute l’expérience de la personne, mais il doit être rapporté comme tel.
La prudence porte donc sur la formulation. Dire qu’une méthode possède une base de preuves moins consistante n’est pas dire qu’elle est sans intérêt. Dire qu’une personne apprécie une intervention n’est pas démontrer une efficacité statistique.
Patient, proche aidant, dyade : trois unités d’analyse
Autre valeur de cette revue : elle inclut les personnes touchées par la situation palliative sans les confondre. Chez le patient, les indicateurs peuvent concerner la dépression, l’anxiété, le désespoir ou la peur de la mort, des difficultés citées dans le cadre de la revue. Chez le proche aidant, la même détresse s’inscrit dans une position différente, celle de la personne qui accompagne.
La dyade patient-aidant ajoute une unité d’analyse relationnelle. Le résultat observé chez le patient ne décrit pas automatiquement celui de l’aidant. De même, une intervention proposée aux deux personnes ne se lit pas comme une intervention individuelle donnée à l’une d’elles.
Cette distinction change la question posée au professionnel. Il ne s’agit pas de chercher une méthode supposée fonctionner pour tout le monde, mais de définir qui demande de l’aide, quelle détresse est ciblée et quel résultat peut être observé.
Choisir un accompagnement sans fabriquer de certitude

Quatre repères avant une prise en charge
- Identifier la personne concernée. Le patient, le proche aidant et la dyade ne forment pas le même cadre de travail.
- Nommer la détresse ciblée. Dépression, anxiété, désespoir et peur de la mort ne correspondent pas à un seul indicateur.
- Demander quel cadre est proposé. Le professionnel doit pouvoir présenter la modalité utilisée, son objectif et sa formation en psychothérapie.
- Associer mesure et expérience. Lorsque cela est pertinent, un instrument validé peut suivre l’évolution d’un indicateur. Le vécu de la personne reste une information distincte, à recueillir pendant l’accompagnement.
Cette démarche ne réduit pas la psychothérapie à un chiffre. Elle évite de faire dire aux études plus qu’elles ne montrent. La revue publiée par Deemer et ses collègues décrit un soutien souvent apprécié, mais des effets mesurés variables selon les modalités et les groupes étudiés.
Une psychothérapie se choisit sur son ajustement, pas sur son étiquette.
Sources et références scientifiques
- Deemer DA, Applebaum AJ, Lee JY, Safian N, Milner GE, Wexler MG, Willson G, Baharlou S.. A systematic review of psychotherapy for persons receiving palliative and hospice care, their caregivers, and patient-caregiver dyads.. Annals of palliative medicine. 2026. DOI: 10.21037/apm-2026-0025 · PMID: 42576466. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
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