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    Accueil » Maladie mentale et itinérance : un logement ne remplace ni les soins ni les liens
    A woman sits on a sofa looking unwell, emphasizing a sense of illness or fatigue indoors.
    Photo de Pavel Danilyuk sur Pexels.
    Troubles mentaux

    Maladie mentale et itinérance : un logement ne remplace ni les soins ni les liens

    MarinePar Marine12 septembre 2026Mise à jour:12 septembre 2026Aucun commentaire17 Minutes de Lecture

    Une maladie mentale sévère ne mène pas automatiquement à la rue. L’itinérance, les troubles psychiques, les addictions et l’isolement peuvent toutefois se renforcer, jusqu’à rendre plus difficiles le suivi d’un traitement, l’accès aux droits ou la recherche d’un hébergement stable.

    Le logement stabilise le quotidien.
    Les soins ne remplacent pas un toit.
    Les interactions sociales évoluent dans le temps.

    La coordination reste la réponse.

    La rue n’est pas un diagnostic

    Cardboard shelter setup near garage doors with bowls outside in Singapore.
    Photo de David Gan sur Pexels.

    En réalité, l’itinérance ne décrit pas une maladie. Elle recouvre des situations différentes, du sommeil dans la rue à l’hébergement instable, en passant par les expulsions répétées et les solutions temporaires. Une personne peut vivre avec une schizophrénie, un trouble bipolaireune dépression sévère ou une addiction sans connaître l’itinérance. À l’inverse, une personne peut perdre son logement sans avoir de trouble psychique.

    Le cumul des difficultés change la trajectoire. Les troubles sévères peuvent compliquer l’accès aux ressources, la gestion administrative et le maintien d’un emploi. L’absence de logement expose au stress, aux violences, aux privations de sommeil et aux ruptures de soins. Les discriminations et la criminalisation de certains comportements liés à la survie ajoutent une pression institutionnelle. Aucune de ces dimensions ne suffit, seule, à expliquer une situation individuelle.

    Cette distinction évite deux erreurs. La première consiste à réduire l’itinérance à un problème médical, comme si un traitement pouvait régler à lui seul le manque de logement. La seconde consiste à expliquer chaque parcours par un choix personnel. Les besoins peuvent se présenter ensemble : une adresse stable, un suivi psychiatrique, une aide sociale, des soins physiques, une prise en charge des addictions et des relations fiables.

    Six ans de suivi font apparaître trois trajectoires

    Une étude publiée en 2025 dans le Canadian Journal of Psychiatry a suivi 559 adultes ayant une maladie mentale sévère et une expérience de l’itinérance à Toronto. Les participants appartenaient à l’essai canadien At Home/Chez Soi et ont été suivis de 2009 à 2017. Les chercheurs ont étudié les trajectoires d’incarcération sur la période, et non une simple présence ou absence en prison.

    Trois groupes sont apparus : une trajectoire faible pour 66,3 % des participants, une trajectoire décroissante pour 23,1 % et une trajectoire élevée pour 10,6 %. Ce dernier groupe était minoritaire, mais il présentait une incarcération persistante sur le long terme. Les trajectoires élevées ou décroissantes étaient associées à un âge plus jeune, une entrée précoce dans l’itinérance, une durée plus longue sans logement, le sexe masculin, des troubles liés à l’alcool ou aux drogues et des antécédents de traumatisme crânien.

    Ces résultats décrivent des facteurs associés à des parcours différents. Ils ne désignent pas des causes uniques et ne permettent pas de prédire le parcours d’une personne. Un traumatisme crânien, une addiction ou une première expérience de rue peuvent eux-mêmes être liés à d’autres événements sociaux, médicaux ou familiaux.

    Ne pas confondre association et cause

    Dans l’étude de Toronto, les facteurs prédictifs indiquent que certains profils étaient davantage associés à une trajectoire d’incarcération élevée. Ils ne signifient pas qu’une caractéristique donnée provoque mécaniquement l’incarcération, ni qu’elle permet de juger une personne.

    Le logement agit, mais pas au même endroit que la justice pénale

    Three women waving to an elderly woman on an apartment balcony in Prague.
    Photo de Jsme MILA sur Pexels.

    Le programme Housing First, ou Logement d’abord, propose un accès direct à un logement permanent avec un accompagnement. Son objectif premier est la stabilité résidentielle et l’accès aux soins, pas la réduction automatique des contacts avec la justice pénale.

    Dans l’analyse de Toronto, le fait de recevoir l’intervention Housing First n’était pas associé de manière statistiquement significative à l’appartenance à l’une des trois trajectoires d’incarcération. Cette donnée ne signifie pas que le logement serait inutile. Elle rappelle qu’un résultat favorable sur la stabilité résidentielle ne se transpose pas automatiquement à l’incarcération. Les mécanismes, les délais et les services concernés ne sont pas les mêmes.

    Le logement crée une base. Il ne modifie pas à lui seul les difficultés qui ont précédé l’entrée dans la rue, ni les relations avec les services de justice. Ces résultats plaident pour une coopération entre les équipes du logement, de la santé mentale et de la justice, en particulier pour les personnes exposées à une incarcération répétée.

    Après l’hôpital, les trois mois qui comptent

    Sign indicating patient pick-up and discharge area at a healthcare facility.
    Photo de Pixabay sur Pexels.

    La sortie d’hospitalisation psychiatrique concentre plusieurs risques : retour dans un hébergement instable, interruption du traitement, rupture avec l’équipe soignante et réadmission rapide. Une étude australienne publiée en 2024 dans l’Australian and New Zealand Journal of Psychiatry a évalué le programme Choices, en Tasmanie, auprès d’adultes de 18 à 64 ans confrontés à une maladie mentale et à l’itinérance après une hospitalisation.

    Le programme associait trois mois d’hébergement de crise, d’intervention psychosociale intensive et d’accompagnement vers un logement plus autonome. Le groupe accompagné comptait 124 personnes; le groupe recevant les soins habituels en comptait 122. L’étude n’était pas randomisée, ce qui limite la comparaison entre les deux groupes.

    À la fin des trois mois, les participants de Choices présentaient une amélioration significative du fonctionnement social. L’étude évaluait aussi les symptômes cliniques, le taux de réhospitalisation et la durée des séjours. Le suivi trois mois après la fin du programme concernait uniquement les participants accompagnés, ce qui ne permettait pas une comparaison complète avec le groupe témoin sur cette période.

    Organiser le relais avant la sortie

    Un relais utile associe une solution d’hébergement, un rendez-vous de soins déjà fixé, un professionnel identifié et un moyen simple de reprendre contact en cas de crise. Une ordonnance déposée seule ne remplace pas cette continuité, surtout lorsqu’une personne n’a pas d’adresse stable.

    Le lien social ne vient pas après les soins

    A bustling urban scene with diverse people walking on a tree-lined city street.
    Photo de Cameron Casey sur Pexels.

    La solitude peut compliquer l’accès aux services et réduire les occasions de soutien. Le lien social mérite donc d’être observé comme un élément du rétablissement, et non comme un décor ajouté une fois le logement obtenu.

    Une étude publiée en 2025 dans le Journal of Mental Health a suivi 29 personnes ayant une maladie mentale sévère et une expérience récente de l’itinérance. Pendant sept jours, les participants renseignaient à plusieurs moments leurs interactions sociales et leur motivation à aller vers les autres ou à les éviter. Cette méthode, appelée évaluation écologique momentanée, recueille des variations proches de la vie quotidienne.

    La motivation d’approche était davantage associée aux interactions futures que la motivation d’évitement. Mais l’évitement était lui aussi associé à davantage d’interactions ultérieures. Le nombre d’interactions influençait ensuite les deux types de motivation, avec un effet légèrement plus marqué sur l’approche.

    L’échantillon était petit et la période d’observation courte. On ne peut pas en déduire une méthode universelle. Le résultat invite cependant à ne pas confondre peur du contact et absence de désir de relation. Une personne peut rechercher un lien tout en redoutant ce qu’il implique.

    Une aide qui suit la personne, pas un modèle unique

    Un accompagnement cohérent commence par les priorités de la personne. Pour certains, l’urgence sera une chambre sécurisée. Pour d’autres, ce sera la reprise d’un traitement, la réduction d’une consommation, la récupération de papiers ou la réparation d’un lien familial. Les objectifs peuvent se succéder, mais ils ne devraient pas être imposés dans un ordre administratif qui ignore la vie quotidienne.

    Sur le terrain, la coordination peut suivre une séquence simple :

    1. Stabiliser l’adresse et les besoins immédiats. Un hébergement durable ou une solution transitoire fiable permet de travailler les autres difficultés sans déplacer chaque rendez-vous avec la personne.
    2. Préparer la continuité des soins. Le professionnel qui connaît le dossier, le prochain rendez-vous et le numéro à appeler doit être identifié avant la sortie de l’hôpital ou d’un dispositif d’urgence.
    3. Associer santé mentale, santé physique et addictions. Les troubles liés à l’alcool ou aux drogues, les traumatismes crâniens et les symptômes psychiatriques peuvent se croiser. Les traiter dans des circuits séparés laisse des angles morts.
    4. Mesurer plusieurs résultats. Le nombre de nuits en logement, les réhospitalisations, les contacts sociaux, le fonctionnement quotidien et les passages par la justice ne racontent pas la même histoire. Les suivre ensemble évite de déclarer une réussite sur un seul indicateur.

    Cette logique rejoint le rétablissement en santé mentale : une trajectoire se construit avec des ressources, des choix et des relations, pas uniquement avec une diminution des symptômes. Elle demande aussi d’accepter les retours en arrière. Une expulsion ou une hospitalisation ne résume pas les progrès réalisés avant l’événement.

    Le contexte change la réponse

    A candid scene of elderly women engaging in conversation inside a rustic room, fostering community spirit.
    Photo de Nguyen Duc Toan sur Pexels.

    Un protocole de revue publié en 2026 dans NIHR Open Research prépare une analyse des interventions destinées aux personnes confrontées à l’itinérance et à une maladie mentale sévère. Ce travail n’apporte pas encore de résultats sur l’efficacité d’un programme. Il pose une question plus précise : qu’est-ce qui fonctionne, pour qui, dans quel contexte, par quels mécanismes et avec quels résultats?

    Cette approche évite de transposer mécaniquement un dispositif d’un territoire à l’autre. Les ressources disponibles, l’organisation des soins, l’accès au logement et les liens entre services peuvent modifier les effets d’une intervention. Le protocole prévoit d’examiner ces interactions plutôt que de chercher une recette valable partout.

    La maladie mentale et l’itinérance ne forment donc pas un problème à résoudre par une intervention unique. Les études disponibles dessinent une chaîne de besoins : un logement qui tienne, des soins accessibles, un relais au moment des transitions, une attention aux addictions et aux traumatismes, des relations sociales possibles et une coopération entre les services.

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    53. Podcast: Untold Stories: Homelessness and Mental Illness.
    54. Untold Stories: Homelessness and Mental Illness – PodcastHealth.
    55. Untold Stories: Homelessness a…-Inside Mental Health – Apple Podcasts.
    56. Untold Stories: Homelessness and Mental Illness – Inside Mental Health – Podcast – Podtail.
    Table des matières afficher
    1 La rue n’est pas un diagnostic
    2 Six ans de suivi font apparaître trois trajectoires
    3 Le logement agit, mais pas au même endroit que la justice pénale
    4 Après l’hôpital, les trois mois qui comptent
    5 Le lien social ne vient pas après les soins
    6 Une aide qui suit la personne, pas un modèle unique
    7 Le contexte change la réponse

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    Une passionnée de psychologie qui observe les comportements humains au quotidien et s’efforce d’apporter plus de positivité dans la vie des autres grâce à la psychologie.

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