Après une lésion cérébrale, une personne peut nier la présence d’un déficit moteur ou affirmer avoir applaudi avec une main paralysée. Le phénomène porte un nom : l’anosognosie.
Un déficit visible pour l’entourage ne devient pas forcément une information accessible à la personne concernée.
L’anosognosie apparaît quand l’évaluation de son propre fonctionnement ne correspond pas aux capacités observables. Ce décalage peut concerner le mouvement, la vision ou certains symptômes psychiatriques.
Le désaccord ne suffit pas.
Quand le cerveau ne reconnaît plus son propre trouble
L’anosognosie désigne une absence de conscience, ou une conscience très inexacte, d’un déficit. Le mot décrit un phénomène, pas une cause unique. Il est utilisé dans différents contextes neurologiques et psychiatriques.
Dans les atteintes motrices, une personne peut ne pas reconnaître la paralysie d’un membre, minimiser ses conséquences ou déclarer avoir effectué un mouvement qui n’a pas eu lieu. Une affirmation inexacte ne suffit donc pas à conclure à un mensonge ou à un manque de volonté.
Le trouble concerne l’auto-évaluation : la personne éprouve des difficultés à juger correctement son état ou ses capacités. Cette difficulté peut rester limitée à un domaine. Elle peut reconnaître un problème physique tout en évaluant mal certains troubles cognitifscertains symptômes psychiatriques ou ses capacités dans la vie quotidienne.
Un même mot, plusieurs tableaux cliniques
La paralysie peut rester invisible à celui qui la vit
L’anosognosie des déficits moteurs est plus souvent associée aux lésions de l’hémisphère droit, notamment dans les régions pariétales postérieures, frontales et insulaires. Cette association ne signifie pas que l’hémisphère droit soit le seul à intervenir.
Une revue systématique publiée dans Frontiers in Neurology en 2025 a étudié les cas d’anosognosie motrice chez des patients présentant une lésion de l’hémisphère gauche. La recherche a identifié 893 études jusqu’au 28 février 2025puis en a retenu 25 selon les critères de la revue.
Cette publication examine la fréquence du phénomène, ses manifestations cliniques, les méthodes d’évaluation et les corrélats anatomiques. Elle aborde aussi le rôle possible de la latéralité manuelle et d’une spécialisation atypique des hémisphères. Les mécanismes des formes liées aux lésions gauches restent moins documentés que ceux des formes associées aux lésions droites.
La perte de vision ne se remarque pas toujours
Une revue publiée dans Trends in Cognitive Sciences décrit des cas où des déficits visuels importants passent inaperçus. Ils incluent la cécité totale, la perte partielle de la vision, certaines anomalies visuelles liées à des lésions cérébrales, le daltonisme et le glaucome sévère. Des maladies de l’œil peuvent aussi être concernées.
Le cadre proposé repose sur trois opérations. Le cerveau doit former une attente concernant une vision normale, comparer cette attente aux informations visuelles reçues, puis évaluer l’écart entre les deux. Une défaillance à l’une de ces étapes peut empêcher la personne d’identifier son déficit.
Ce modèle explique pourquoi la conscience d’un trouble ne dépend pas uniquement de la gravité apparente de la perte. Une altération importante peut rester mal évaluée si le système chargé de comparer l’attendu et le réel ne produit pas une information exploitable.
Dans la schizophrénie, le problème touche aussi l’auto-évaluation

Dans la schizophrénie, l’anosognosie est souvent décrite par les expressions manque d’insight ou défaut de conscience de la maladie. Elle ne concerne pas uniquement l’acceptation d’un diagnostic. Elle peut toucher le jugement porté sur la réalité d’un symptôme, l’humeur, les capacités cognitives, les compétences du quotidien et la probabilité de réussir une tâche future.
Une revue publiée dans CNS Spectrums distingue l’exactitude de l’auto-évaluation et le biais qui oriente une réponse inexacte. Une personne peut donc mal évaluer une expérience ou une capacité, puis maintenir cette évaluation dans une direction donnée. Elle peut aussi reconnaître une difficulté concrète sans établir de lien avec la schizophrénie.
Ces erreurs d’auto-évaluation sont associées à des difficultés d’adhésion aux traitements, à une plus grande sévérité des symptômes, à davantage de limitations dans la vie quotidienne, à une réponse réduite à certaines interventions d’entraînement cognitif et à un besoin accru d’accompagnement pour rester dans la communauté. Ces associations ne prouvent pas qu’un défaut de conscience cause à lui seul ces difficultés.
Un désaccord sur le diagnostic ne renseigne pas, à lui seul, sur la raison d’un refus de soin. La personne peut juger ses symptômes irréels, considérer son expérience comme cohérente ou ne pas comprendre la demande de son entourage. La première réponse utile consiste à chercher ce qui fait problème pour elle.
Comment parler sans transformer l’échange en procès
Une discussion centrée sur la victoire argumentative laisse peu de place à l’expérience de la personne. Pour ouvrir un échange praticable, l’approche LEAP propose quatre appuis :
- Écouter l’expérience. Demander ce que la personne pense de la situation permet d’identifier sa logique, ses craintes et ses priorités.
- Accueillir l’émotion. On peut reconnaître qu’une situation semble pénible ou injuste sans confirmer une interprétation factuellement erronée.
- Trouver un accord concret. Le sommeil, la fatigue, un effet indésirable ou une difficulté précise offrent un point de départ plus maniable qu’un débat général sur le diagnostic.
- Construire un partenariat. Proposer deux horaires, demander un avis médical sur un effet secondaire ou choisir un premier sujet de consultation laisse une place active à la personne.
LEAP correspond à quatre verbes anglais : écouter, faire preuve d’empathie, trouver un accord et devenir partenaire. Cette approche ne fait pas apparaître la conscience du trouble en une conversation. Elle donne une méthode pour avancer sur un problème partagé sans humilier la personne.
Ce que l’entourage doit surveiller chez les personnes âgées
L’anosognosie peut aussi être étudiée dans les troubles cognitifs. Une étude observationnelle publiée le 1er juillet 2025 dans Geriatric Nursing a réuni 30 personnes présentant un trouble cognitif léger et leurs proches aidants.
Les scores de charge des aidants étaient corrélés à leur stress perçu et à leurs stratégies d’évitement. Le score d’anosognosie était associé à la dimension objective de la charge. Les stratégies de résolution de problèmes étaient, quant à elles, associées à une charge psychologique, sociale et émotionnelle plus faible chez les aidants.
Ces résultats décrivent des associations dans un échantillon de 30 participants. Ils ne démontrent pas qu’une stratégie particulière réduit la charge. Ils rappellent toutefois que l’évaluation doit inclure le proche aidant, dont la fatigue peut s’installer autour des traitements, des rendez-vous et des activités quotidiennes.
Pour l’entourage, un repère concret consiste à distinguer trois éléments : ce que la personne affirme, ce qu’elle parvient effectivement à faire et la situation qui déclenche le conflit. Cette distinction évite de transformer chaque désaccord en preuve de mauvaise volonté. Elle aide aussi à formuler une demande précise à un professionnel.
La conscience du trouble ne se commande pas.
La relation, elle, se travaille.
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- Schizophrenia Podcast: Understanding Anosognosia (Lack of Awareness).
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