Des infections, des maladies auto-immunes et des troubles atopiques sont associés à un risque plus élevé de schizophrénie dans plusieurs études épidémiologiques.
Des travaux génétiques et biologiques retrouvent aussi des différences dans les marqueurs immunitaires, les cytokines ou certains anticorps.
Ces résultats décrivent un terrain et des associations, pas une cause unique ni un test capable d’expliquer chaque cas.
L’immunité n’explique pas chaque cas.
Le cerveau reçoit des signaux immunitaires
Le système immunitaire ne se limite pas à combattre les microbes. Il communique avec le cerveau par des molécules comme les cytokines, par des anticorps et par des cellules capables de modifier l’inflammation. Un dérèglement de cette communication ne signifie pas automatiquement maladie auto-immune.
Une revue systématique publiée en 2022 dans Frontiers in Psychiatry a examiné les anomalies possibles de plusieurs composantes de l’immunité, de l’immunité innée à l’immunité adaptative et des réponses cellulaires aux réponses humorales. Les résultats les moins exposés au risque de biais concernent notamment la protéine C-réactive, certaines cytokines et chimiokines, les neutrophiles, des auto-anticorps et le microbiote.
Les signes d’inflammation sévère ne concernent qu’environ un tiers des personnes atteintes de schizophrénie. Il n’existe donc pas un profil immunitaire unique partagé par tous les patients. La revue évoque plutôt des sous-groupes, dont certains pourraient répondre à des traitements anti-inflammatoires. Cette hypothèse demande encore une validation clinique précise.
Association ne signifie pas auto-immunité

Infections, allergies et maladies auto-immunes : des liens, pas une preuve de cause
En 2020, Benros et Mortensen ont publié dans Current Topics in Behavioral Neurosciences une revue consacrée aux infections, aux maladies auto-immunes et aux troubles atopiques dans la schizophrénie. Les études épidémiologiques analysées associent ces problèmes de santé à un risque accru de schizophrénie. Elles retrouvent aussi des marqueurs immunitaires plus élevés au moment du diagnostic.
Plusieurs mécanismes sont envisageables. Une infection atteignant directement le système nerveux central pourrait déclencher des symptômes psychotiques. Une inflammation située ailleurs dans l’organisme pourrait aussi agir indirectement sur le cerveau par l’intermédiaire de cytokines ou d’anticorps réactifs au tissu cérébral. Ces mécanismes restent des explications possibles, pas une description de tous les cas de schizophrénie.
La chronologie complique l’interprétation. Le risque de maladies liées à l’immunité semble aussi augmenter après le diagnostic de schizophrénie et chez certains membres de la famille. Une partie de l’association pourrait donc venir de facteurs héréditaires ou de gènes partagés. Une maladie immunitaire observée chez une personne ne permet pas, à elle seule, d’identifier l’origine de ses symptômes psychotiques.
Le rôle du complexe HLA reste difficile à lire
La région HLA, située dans le complexe majeur d’histocompatibilité, participe au fonctionnement du système immunitaire. Elle figure aussi parmi les régions génétiques les plus associées à la schizophrénie. Cela nourrit l’hypothèse d’un lien entre immunité et troubles psychotiques, sans faire de la schizophrénie une maladie auto-immune au sens strict.
Une méta-analyse publiée en 2020 dans Molecular Genetics & Genomic Medicine a étudié le lien génétique entre polyarthrite rhumatoïde et schizophrénie. Elle a retrouvé un signal commun dans la région du complexe majeur d’histocompatibilité, sur le chromosome 6. En revanche, les loci situés en dehors de la région HLA ne montraient pas d’association significative à l’échelle du génome, et les scores de risque génétique pondérés ne confirmaient pas de relation statistiquement significative entre les deux maladies.
Ce résultat montre qu’un même locus peut être associé à plusieurs maladies sans fournir une explication unique de leur lien. La génétique ne donne donc ici ni mécanisme complet ni verdict individuel.
Le signal BAFF monte pendant les épisodes aigus
En juillet 2024, une étude publiée dans Brain, Behavior, and Immunity s’est intéressée au BAFF, une molécule qui participe à la régulation des lymphocytes B. Les chercheurs ont comparé 255 personnes atteintes de schizophrénie, 407 personnes présentant un trouble bipolaire et 185 témoins en bonne santé.
Les taux sanguins de BAFF soluble étaient plus élevés dans les deux groupes cliniques que chez les témoins. Chez les personnes atteintes de schizophrénie, ils étaient aussi plus importants pendant les épisodes aigus que durant les périodes de stabilité.
Dans ce groupe, les taux élevés étaient associés à davantage de symptômes positifs, à un antécédent d’abus physique pendant l’enfance et à un fonctionnement global plus faible. L’étude a également relié la distribution de certains génotypes du gène TNFSF13B aux niveaux circulants de BAFF. Ces résultats peuvent aider à repérer des profils biologiques différents, mais ils ne permettent pas d’affirmer que le BAFF provoque les hallucinations, les idées délirantes ou la baisse du fonctionnement.
Anti-NCAM : une piste, pas une étiquette

Une revue publiée en 2023 dans le Journal of Psychiatric Research s’est penchée sur les anticorps dirigés contre NCAM. Cette molécule intervient dans le neurodéveloppement et dans la plasticité cérébrale. L’article rassemble des arguments en faveur d’un rôle possible de l’auto-immunité et des anomalies de NCAM dans la schizophrénie.
La revue cite une étude menée chez la souris, dans laquelle des anticorps anti-NCAM ont été associés de manière causale à des comportements liés à la schizophrénie. Ce résultat aide à étudier un mécanisme possible, mais il ne démontre pas qu’un anticorps anti-NCAM explique les symptômes d’une personne. Un résultat obtenu chez la souris ne devient pas automatiquement un test clinique chez l’être humain.
Les auteurs évoquent cinq hypothèses pour expliquer la production de ces anticorps : le mimétisme moléculaire, une dysbiose intestinale, une infection virale, l’exposition à des polluants environnementaux et une anomalie de production de NCAM. Ce sont des pistes de recherche, pas une liste de causes établies ni une méthode d’auto-évaluation.
Ce que cela change pour le suivi d’une psychose
Ces recherches écartent deux raccourcis opposés. Le premier consiste à dire que la schizophrénie serait uniquement une maladie du cerveau, coupée du reste du corps. Le second revient à affirmer qu’elle serait une maladie auto-immune que l’on pourrait repérer par une simple prise de sang. Les données actuelles ne valident ni l’un ni l’autre.
La question devient plus précise : quelles personnes présentent un profil inflammatoire, à quel moment, avec quels symptômes et avec quelle réponse aux traitements? La revue de 2022 suggère que certains paramètres immunitaires pourraient aider à distinguer des sous-groupes. Pour l’instant, cette perspective ne remplace pas l’évaluation psychiatrique et médicale.
Une hallucination ou une idée délirante ne permet pas, à elle seule, d’inférer un mécanisme immunitaire. Un dosage isolé ne suffit pas davantage à établir la cause d’un trouble psychotique. Les traitements anti-inflammatoires ne doivent pas être commencés en automédication sur la base d’un article ou d’un résultat biologique.
Un marqueur affine, il ne tranche pas.
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